Rares sont ceux qui restent de marbre devant Rome. Aux yeux de Carine Cuypers, il s'agit carrément d'une histoire d'amour. Une fois lancée, elle peut en parler pendant des heures, tant elle semble transportée par la capitale italienne. Le coup de foudre se produit à 18 ans. Etudiante à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers, elle est envoûtée par " cette ville qui est comme un grand livre d'histoire. Préférant la découvrir à travers les textes littéraires, elle se laisse séduire, dit-elle, par " sa beauté, ses couleurs et sa lumière. Sa vivacité provenant de ce mélange de folie, de tranquillité, de foule et de verdure ". C'est pour mieux capturer Rome que cette " rêveuse " a imaginé un livre singulier (*). A l'encontre des guides touristiques, il se veut un voyage au c£ur de son expérience personnelle. Et cette immersion en dehors des sentiers battus se révèle tout simplement splendide. Chaque page est nourrie de ses photos poétiques, de citations d'auteurs admirés, de notes de son journal ou encore de souvenirs glanés ici et là. Carine a aussi mis tout son talent de graphiste (mise en page et couleurs exceptionnelles, typo et motifs personnels) au service d'une £uvre de longue haleine. " J'aime Rome comme si elle était une personne. Si je l'ai tellement dans la peau, c'est parce que ça fait plus de vingt ans qu'elle m'est fidèle ", s'enthousiasme-t-elle. En exclusivité pour Weekend, elle commente avec passion les photos de ses 15 lieux préférés. Que d'émois à Roma !
...

Rares sont ceux qui restent de marbre devant Rome. Aux yeux de Carine Cuypers, il s'agit carrément d'une histoire d'amour. Une fois lancée, elle peut en parler pendant des heures, tant elle semble transportée par la capitale italienne. Le coup de foudre se produit à 18 ans. Etudiante à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers, elle est envoûtée par " cette ville qui est comme un grand livre d'histoire. Préférant la découvrir à travers les textes littéraires, elle se laisse séduire, dit-elle, par " sa beauté, ses couleurs et sa lumière. Sa vivacité provenant de ce mélange de folie, de tranquillité, de foule et de verdure ". C'est pour mieux capturer Rome que cette " rêveuse " a imaginé un livre singulier (*). A l'encontre des guides touristiques, il se veut un voyage au c£ur de son expérience personnelle. Et cette immersion en dehors des sentiers battus se révèle tout simplement splendide. Chaque page est nourrie de ses photos poétiques, de citations d'auteurs admirés, de notes de son journal ou encore de souvenirs glanés ici et là. Carine a aussi mis tout son talent de graphiste (mise en page et couleurs exceptionnelles, typo et motifs personnels) au service d'une £uvre de longue haleine. " J'aime Rome comme si elle était une personne. Si je l'ai tellement dans la peau, c'est parce que ça fait plus de vingt ans qu'elle m'est fidèle ", s'enthousiasme-t-elle. En exclusivité pour Weekend, elle commente avec passion les photos de ses 15 lieux préférés. Que d'émois à Roma !Voici une véritable £uvre de beauté. Situé au c£ur de la vieille ville, le Panthéon offre un énorme contraste entre extérieur et intérieur. Imposant, il donne l'impression de pénétrer un utérus. Au sein de ce cocon harmonieux, l'impact est tel qu'il impose d'emblée le silence et le respect. Deux mille ans d'histoire sont préservés là. L'atmosphère mystérieuse est renforcée par la coupole ouverte, qui relie la terre au ciel. A Rome, afin d'apaiser l'ambiance et la chaleur estivale, les places comptent de nombreuses fontaines. Chaque fois que j'y séjourne, je passe devant celle-ci. Je salue au passage cette belle femme. C'est ma façon de montrer que mon amour pour Rome reste intact. Ces trois naïades ont une histoire. Elles ont dû se battre pour imposer leur sensualité. Le premier roi d'Italie, Umberto Uno était tellement choqué par tant de volupté, qu'il a ordonné de les recouvrir. Il a même envisagé de les remplacer par des sphinx ! Aujourd'hui, elles savourent la revanche d'une féminité retrouvée. Niché tout près de l'escalier de la place d'Espagne (à découvrir le matin avant qu'il ne soit surpeuplé !), ce palais a été construit par le peintre David, dont l'atelier se trouvait à quelques pas de là. Ce bâtiment a servi d'aile à l'Académie de Rome, avant de devenir une bibliothèque scientifique. Ses célèbres fenêtres, affublées de monstres, en ont fait un héros de roman. On voit souvent la Palazzo Zuchari sur des cartes postales, mais rares sont ceux qui savent où il se trouve. Cette sculpture fascinante habite le musée du Capitole. Outre une vue magnifique, on peut y admirer une collection de grande valeur. Les £uvres présentées sont grecques, romaines ou égyptiennes. Ici, on est rarement oppressé et le billet d'entrée est si démocratique, qu'il permet même d'aller voir la légendaire statue de Romulus et Remus. Je préfère toutefois le discret Galate mourant. Pendant la guerre, cette figure mythologique a été dûment protégée par des sacs de sable. Dynamique et quasi charnelle, elle révèle mille et une séductions. Le Palazzo Altemps est l'un de mes musées préférés. Il abrite des trésors issus de fouilles locales. J'aime ces vestiges. Ici, les sarcophages, bustes d'empereurs romains et fresques (exemple la maison d'Olivia ou la villa d'Auguste) sont à la fois réunis et datés. Habituellement, les cimetières ne sont pas ma tasse de thé, mais celui-ci est particulier. Il m'a appris le véritable sens d'un jardin des morts. Longeant l'un des murs auréliens de Rome, il est chargé d'histoire et de mémoire. Peu appréciés des catholiques, les protestants étaient enterrés de nuit, aux confins de la ville. Loin d'être morbide, ce lieu se veut enchanteur et poétique. L'apaisement qu'on y ressent est tel, que les Italiens y dégustent leurs tartines et que les mariés s'y font prendre en photo ! L'accueil est plutôt surréaliste... Une fois que la cloche retentit, un vieux monsieur vous tend un parapluie pour vous protéger des pins ! Pas étonnant que Shelley ou Keats soient enterrés ici. Les chats, qui se prélassent sur les tombes et monuments, nous signalent que la vie et la mort cohabitent parfaitement. J'ai choisi cette photo pour rappeler aux gens qu'ils doivent aussi se perdre dans une ville. Rome se parcourt à pied. Plus qu'un musée vivant, elle a eu l'intelligence de laisser des bribes artistiques sur les murs originels. Au lieu de suivre une carte, à la lettre, ou d'avoir les yeux rivés sur les bâtiments célèbres, osez vous aventurer dans de petites ruelles. C'est là qu'on perçoit le mieux le " italian way of life ". Ce cul-de-sac, bardé d'un " Ti amo " est presque une peinture en soi. Elle symbolise les Italiens, des passionnés, qui adorent vivre dans la rue. En été, c'est même leur salon ! La vue sur la ville y est imprenable. Le bon plan ? Loger dans les cloîtres, car ils sont bon marché et souvent bien placés. La première fois que je suis venue ici, c'était vraiment spartiate. Mais, la vue me faisait oublier le lavabo d'eau froide. Impossible de réaliser que je me trouvais dans une ville aussi bruyante que Rome. La verdure, la brume et les pins évoquent la fragilité des ruines des thermes de Caracalla. Et puis, comment oublier l'émotion du fabuleux concert des ténors italiens de l'opéra ? L'une des sept collines de Rome est le refuge des jardins de Farnèse, parmi les premiers à avoir été aménagés dans l'ancienne partie de la métropole, soit près du Forum Romanum. Alors qu'on est au c£ur de ses bruissements, on s'y sent coupé du monde. Tout y semble si irréel que Proust avait qualifié ce site de " sacré ". Cette voiture culte est un symbole. Lorsque je la vois, je ne peux m'empêcher de penser aux photos des paparazzis des années 1960-1970. Imaginez-la à côté d'une Rolls ( rires) ! Ville éternelle, Rome évolue avec son temps. Bien qu'elle respecte son patrimoine, elle doit continuer à vivre. Tel un clin d'£il au passé, la Fiat prouve qu'elle aussi a survécu. Signifiant littéralement " le marché aux fleurs ", cette petite plaine est incroyablement vivace. C'est pourtant ici que trône la statue de Giordano Bruno, qui évoque les sombres côtés de l'histoire de Rome. Aujourd'hui, les jeunes s'y donnent rendez-vous et les Romains aiment s'y rencontrer pour boire un café ou faire leur marché. Ce lieu insolite, situé près du Colisée, est une perle injustement ignorée. Ses lignes sobres et harmonieuses lui confèrent une certaine rigueur. Mais sa beauté se niche au c£ur de son jardin intérieur. Entouré d'un cloître, il abrite un puits, des citronniers, des orangers et du jasmin. Pour y entrer, il suffit d'actionner la cloche. Une bonne s£ur mutique vous ouvre alors les portes de ce lieu de repos total. Cette voie historique était l'une des routes principales menant à Rome. Dans le passé, il était très dangereux de l'emprunter car elle grouillait de bandits. Il valait mieux ne pas s'y aventurer. Dire qu'aujourd'hui je m'y promène toute seule. Ne prenez pas la peine de louer un vélo : les pierres sont si vieilles, qu'elles sont impraticables. Munissez-vous plutôt d'une bonne paire de chaussures. Rome étant réputée bruyante, c'est fascinant de longer une route aussi belle, calme et authentique. Au centre-ville, Sainte-Marie de Minerve est la seule église gothique. Lors de l'inquisition, le sort de Galilée a été décidé ici. On y trouve aussi la tombe du peintre Fra Angelico. Très dépouillée, cette pierre posée à même le sol convient parfaitement à celui qui était devenu moine. Lorsque le Bernin est chargé " d'habiller " l'obélisque adjacent, il opte d'abord pour Hercules. Face aux problèmes d'équilibre, le sculpteur imagine un éléphant. Symbole de force, celui-ci est toutefois si petit que les Italiens le qualifient de " poussin ". Il incarne tout un art en Italie. Son rituel est très précis : le matin, on prend un cappuccino rapido au bar. En guise de petit déjeuner, on avale une couque sucrée avant de disparaître aussitôt. Ne demandez jamais un cappuccino après 11 heures, sinon vous passez d'emblée pour un touriste ! L'Italie compte autant de variétés de café que de moments dans la journée. Alors, n'hésitez pas à goûter un arôme méconnu. (*) " La Magie de Rome ", par Carine Cuypers, Roularta Books, non paginé.Propos recueillis par Kerenn Elkaïm