LA GROTTE, UN MONDE MAJESTUEUX

Trois étoiles au Guide vert de Michelin : c'est peut-être un détail pour certains visiteurs, mais pour le Domaine des Grottes de Han, ça veut dire beaucoup. Cette marque de reconnaissance - qu'il est le seul à posséder parmi les " attractions " belges - lui permet d'attirer un public large venant à la fois des quatre coins du pays et de tout le continent. Un chiffre qui résume tout ? En 250 ans, on estime que ce sont plus de 20 millions de curieux qui se sont aventurés dans ces souterrains à la beauté immuable. Un succès mérité : les gardiens du lieu mettent tout en oeuvre pour en préserver chaque recoin, tandis que les guides offrent aux visiteurs un circuit d'environ 1 h 45 qui n'épargne aucun détail sur la manière dont la Nature a façonné ce bijou en sous-sol.
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Trois étoiles au Guide vert de Michelin : c'est peut-être un détail pour certains visiteurs, mais pour le Domaine des Grottes de Han, ça veut dire beaucoup. Cette marque de reconnaissance - qu'il est le seul à posséder parmi les " attractions " belges - lui permet d'attirer un public large venant à la fois des quatre coins du pays et de tout le continent. Un chiffre qui résume tout ? En 250 ans, on estime que ce sont plus de 20 millions de curieux qui se sont aventurés dans ces souterrains à la beauté immuable. Un succès mérité : les gardiens du lieu mettent tout en oeuvre pour en préserver chaque recoin, tandis que les guides offrent aux visiteurs un circuit d'environ 1 h 45 qui n'épargne aucun détail sur la manière dont la Nature a façonné ce bijou en sous-sol. C'est un tram centenaire, fonctionnant à l'énergie électrique depuis peu, qui emmène les visiteurs jusqu'au Trou au Salpêtre, entrée touristique du site depuis 1857. Ensuite, place à l'émerveillement : un parcours où l'on croise les inévitables stalactites et stalagmites, bien sûr, mais aussi des galeries somptueuses dont les murs et les plafonds de calcaire offrent des formes qui semblent sorties de l'imagination d'un artiste torturé. Ici, des petites salles où règne le silence sourd de la terre et où des cristaux font scintiller la roche. Là, des galeries dont les couleurs varient en fonction de la profondeur. Un peu partout, des colonnes, des coulées ou des draperies toutes plus surprenantes les unes que les autres, où s'invite l'écho ruisselant de la Lesse. Des escaliers (508 marches au total), des couloirs et des passerelles servent de relais entre ces endroits aux noms énigmatiques : la Salle des Scarabées, les Mystérieuses, le Styx, le Trophée ou encore la Salle du Dôme. Surprise : à mi-chemin, la Salle d'Armes offre un joli son et lumière... " Il y a environ sept kilomètres de galeries, mais les visiteurs n'en découvrent que deux, explique Guy Evrard, conservateur de ce trésor minéral. C'est déjà beaucoup : vous voyez qu'on est ici dans un endroit exceptionnel, à la fois au niveau de sa surface et des décors variés qui montrent la richesse de son histoire. Et ce n'est pas fini : les géologues continuent à fouiller, car il y a de fortes chances pour que d'autres passages se cachent quelque part. La Lesse a mis des milliers d'années à creuser la grotte, celle-ci ne va donc pas nous révéler tous ses secrets en quelques décennies seulement. " Reste à l'arpenter avec un équipement adéquat : des chaussures non glissantes (le sol est humide et perlant), ainsi qu'un vêtement chaud : " C'est simple, la température sous terre correspond toujours à la température moyenne du pays dans lequel on se trouve. Ici, c'est 13 °C maximum... " Revenu à l'air libre, après le traditionnel coup de canon, direction le PréhistoHan, un musée qui ne paye pas de mine mais qui renferme des récits passionnants. Et, actuellement, une exposition à voir les yeux grands ouverts, qui figure sur la (longue) liste des projets Archéo 2014 (www.archeo2014.be), un programme de manifestations qui célèbre 25 ans d'archéologie en Wallonie. Le lien avec la grotte est fait dès l'entrée : on se retrouve face à une sorte d'" aspirateur à objets ", communément appelé air-lift, qui permet d'explorer le sable, les graviers et les pierres. " Les fouilles ont commencé en 1902, explique Michel Timperman, conservateur du musée. Même si on y a très vite mis au jour des vestiges, au début, les scientifiques ont dit que ça n'avait aucun intérêt. Mais les archéologues ont fait des découvertes exceptionnelles, en remontant à la surface des objets allant de la fin de l'âge du bronze aux Temps modernes. En 1963, on a commencé les fouilles subaquatiques, qui ont permis d'aller encore plus loin. Et désormais, on peut dire que Han est devenu une référence en Europe occidentale, surtout pour la période de l'âge du bronze final, tant par la quantité que par la qualité des trouvailles. " Des poignards ou des pointes de flèche du néolithique, des parures en or ou des perles en verre datées de 1 000 av. J.-C., un diplôme militaire de l'époque romaine ou encore un bénitier en bronze du Moyen Age... Impossible de ne pas donner raison à notre interlocuteur : quand on observe tout cela de plus près, on s'offre un véritable voyage dans le temps, en essayant d'esquisser le quotidien de nos ancêtres et, surtout, l'utilité de cette caverne à travers les âges. Que sont venus faire les Hommes à Han, dans ces grottes sombres et humides ? " Les fouilles ont déjà apporté plusieurs éléments de réponse, mais les historiens s'affrontent. La trace humaine la plus ancienne remonte au mésolithique, alors vous imaginez bien que le lieu a connu du passage... On peut dire qu'il a certainement servi de refuge ou d'abri, qu'il a constitué une sorte de sanctuaire pour des cérémonies religieuses (notamment funéraires) et qu'il fut aussi un repaire de brigands. On creuse le sol depuis cinquante ans pour en savoir plus, et on a encore beaucoup de choses à apprendre. " La visite du domaine pourrait s'arrêter là. Mais ce serait commettre une grave erreur que de ne pas poursuivre sa route vers la réserve animalière, qui se trouve à quelques pas. Ouvert au public depuis 1970, l'endroit répond au leitmotiv le plus cher de la Société des Grottes de Han et de Rochefort : préserver le patrimoine naturel et sauvage de la région, tant au niveau de ses paysages que de sa faune. A ce titre, les 250 hectares de ce parc verdoyant constituent une grande réussite, au point de faire aujourd'hui partie du fameux Réseau Nature de Natagora. La grande nouveauté de cette saison ? L'ouverture d'un sentier pédestre de 5,5 kilomètres, qui permet d'observer les animaux au plus près et qui constitue indéniablement un atout majeur. Oubliez donc le safari riquiqui du Monde Sauvage d'Aywaille, et allez donc faire un tour dans cette forêt, ces vastes plaines et ces beaux chemins de Han. Des animaux en semi-liberté y habitent : loups, lynx, ours bruns, chats forestiers, hiboux, tarpans, sangliers... Partout dans la vallée, on croise des rennes, des chevreuils ou des biches qui courent, mangent ou se reposent à l'orée des bois. " La chose la plus importante à savoir, c'est que les animaux sont ici chez eux, nous explique Anthony Kohler, responsable animation et guide de la réserve. Ils doivent donc être respectés. Comme vous le voyez, ils vivent dans de très grands espaces, et ils ne sont pas servis sur un plateau aux visiteurs. A travers ce sentier pédestre, il faut chercher, observer et prendre le temps... " Bien sûr, il est toujours possible de parcourir le parc via le safari-car, voire de combiner les deux. Le menu reste le même : des magnifiques panoramas sur le massif calcaire de Boine ou le gouffre de Belvaux, des postes d'observation disséminés ici ou là, qui permettent aux bons yeux ou aux jumelles de faire des rencontres inattendues. Des aires de pique-nique, aussi. Quelques animations, encore, qui laissent par exemple aux enfants l'opportunité de donner à manger aux bêtes. " On veut aussi que les gens repartent en ayant appris des choses, que ce soit sur l'environnement, les fleurs, les arbres ou les habitants du domaine. On discute avec eux. On leur explique notamment les programmes de protection et de réintroduction des animaux, qui nous tiennent à coeur. Au début de cette année, dix aurochs et deux bisons d'Europe ont quitté notre site pour aller retrouver la liberté dans un territoire du nord de l'Espagne. Et récemment, deux bisons, en transit chez nous depuis un an, ont rejoint les Carpates en Roumanie. Jusqu'il y a peu, c'était encore une espèce en voie d'extinction... " Reste à noter que, lors de notre visite, nous avons fait la connaissance de quatre bébés cigognes, et que des vautours originaires du Maroc sont attendus prochainement. On ne peut décidément pas reprocher au domaine de Han de refuser le mouvement. Dire que la Belgique a parfois tendance à oublier qu'elle possède des trésors sous ses propres yeux... www.grotte-de-han.bePAR NICOLAS BALMET / PHOTOS : FRÉDÉRIC RAEVENS