L'endroit idéal pour découvrir le c£ur historique de Bologne, c'est la terrasse du Caffé Vittorio Emanuele, avec vue sur la basilique San Petronio et plus particulièrement sur sa façade ornée de marbreà sur sa moitié inférieure uniquement, triste témoin à la fois de la richesse passée de la ville et de la jalousie que celle-ci a suscitée. En commençant à bâtir San Petronio, en 1390, les Bolonais rêvaient en effet d'une basilique plus imposante que Saint-Pierre de Rome, Bologne entretenant depuis des siècles des relations tendues avec les autorités pontificales - au cours de son histoire, la ville fut successivement intégrée puis détachée des États pontificaux. Quoi qu'il en soit, en 1565, le pape Pie iv s'opposa aux projets d'extension du lieu de culte, jugeant plus profitable d'allouer les fonds à l'Archiginnasio, le siège de l'université.
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L'endroit idéal pour découvrir le c£ur historique de Bologne, c'est la terrasse du Caffé Vittorio Emanuele, avec vue sur la basilique San Petronio et plus particulièrement sur sa façade ornée de marbreà sur sa moitié inférieure uniquement, triste témoin à la fois de la richesse passée de la ville et de la jalousie que celle-ci a suscitée. En commençant à bâtir San Petronio, en 1390, les Bolonais rêvaient en effet d'une basilique plus imposante que Saint-Pierre de Rome, Bologne entretenant depuis des siècles des relations tendues avec les autorités pontificales - au cours de son histoire, la ville fut successivement intégrée puis détachée des États pontificaux. Quoi qu'il en soit, en 1565, le pape Pie iv s'opposa aux projets d'extension du lieu de culte, jugeant plus profitable d'allouer les fonds à l'Archiginnasio, le siège de l'université. La basilique fut, au fil du temps, le théâtre de bien des événements historiques. On retiendra particulièrement l'année 1530, au cours de laquelle Charles Quint y fut sacré empereur, tandis qu'un autre visiteur, un simple moine du nom de Martin Luther, fut si choqué par cette décoration tape-à-l'£il qu'il décida, à son retour chez lui, de lancer la Réforme. Quand on arrive à Bologne, on est d'abord frappés par ses hautes tours médiévales. À l'époque où les bourgeois ne savaient que faire de leurs richesses et de leur vanité, la ville en compta jusqu'à 180 ! Construites à la va-vite, la plupart ont aujourd'hui disparu. Mais, au bout de la Via Rizzoli, on peut encore voir le fruit de la rivalité qui opposa, en 1119, deux familles bien déterminées à convaincre le bon peuple de leur savoir-faire. L'étroite Torre degli Asinelli domine toujours la ville du haut de ses presque 100 mètres, tandis que sa concurrente, la tour penchée dite Torre della Garisenda , dut être étêtée en 1360, de peur que sa partie supérieure ne s'effondre sur les maisons avoisinantes. Le tout à un jet de pierre de la Piazza Maggiore, flanquée par la basilique et par trois autres imposantes bâtisses historiques. Au Moyen Âge, la ville était également parcourue de canaux qui furent couverts au fil du temps, privant les habitants d'une fraîcheur bienfaisante que l'on trouve cependant encore en empruntant les nombreuses galeries qui parcourent la ville. L'une des plus belles longe la basilique pour rejoindre la Piazza Galvani, plus intimiste, où le beau monde vient, le dimanche, savourer un café sur la terrasse de Zanarini. À deux pas, les grandes marques étalent leurs vitrines chics dans la Via Farini. Entre ces enseignes internationales, s'insèrent ici, un petit antiquaire, là, une modeste boutique proposant des lampes anciennes, ou la curieuse Libreria Morgana, qui ravira les bibliophiles. Bologne est aussi la cité natale du peintre Giorgio Morandi, dont l'écrivain Umberto Eco affirmait très justement qu'il était capable de faire chanter la matièreà Si le deuxième étage du Palazzo Comunale regroupe déjà une jolie collection de ses £uvres, l'appartement de la Via Fondazza qui abrite l'atelier de l'artiste, est plus marquant encore : d'une grande simplicité, à l'instar du travail du maître, ce lieu est incontournable pour les amoureux de peinture. Les amateurs de grandeur et de panache trouveront plutôt leur bonheur du côté de la pinacothèque. Dès la cage d'escalier, on y tombe en arrêt devant les Noces de Cana de Gaetano Gandolfi - et ce n'est qu'un prélude à ce qui suit ! Il y en a pour tous les goûts, des petits panneaux du xive siècle représentant des personnages encore maladroits aux £uvres monumentales réalisées trois siècles plus tard. Si l'on se passionne pour l'histoire et la vie quotidienne d'antan, on se tournera vers le Museo Civico Medievale e del Rinascimento (dans le Palazzo Fava-Ghisilardi) qui possède de véritables petites merveilles en ivoire mais aussi des collections d'armes, de pierres tombales ou encore de chaussures - sans oublier l'aile égyptienne du Museo Civico Archeologico, situé en dessous de la galerie qui jouxte la basilique. Ne croyez pas, pourtant, que Bologne ne brille que par ses trésors anciens ! En dehors de la ville, dans le quartier de Fiera, se dressent les six tours du complexe imaginé par l'architecte japonais Kenzo Tange et, un peu plus loin, une copie de l'unité d'habitation bon marché de Le Corbusier, présentée pour la première fois en 1925 à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris. Mais Bologne, c'est évidemment aussi et avant tout la capitale de la gastronomie italienne, qui y est célébrée sur tous les tons ! Les revues snobs vous chanteront les louanges du Nu Loungeà Mais, en dépit d'une belle situation sous la large galerie de la Via dei Musei, l'adresse s'avère plutôt moyenne. Quant au Pappagallo, ouvert en 1919, c'est une véritable institution, sans doute plus réputée pour ses centaines de clichés de clients célèbres (Hitchcock, Sofia Loren, Gerry Mulligan, Sharon Stoneà) que pour sa cuisine. L'établissement reste un must, ne fût-ce que pour l'ambiance. Côté mode, la Via San Felice, une ruelle longue et étroite, met la création à l'honneurà Au n°55, un intérieur minimaliste abrite les singulières chaussures de Roberto Tassinarià qui a appris le métier chez Barrow, au n°32 de la même rue, où les hommes trouveront chaussure à leur pied, quels que soient leurs goûts. Plus modeste, le I love Shopping de Tamara Nocco ne ménage pas ses efforts pour lancer de jeunes créateurs venus de Roumanie, du Chili ou d'ailleurs - il y a même un petit bar contemporain où l'on peut, en début de soirée, déguster un apéritif accompagné de quelques amuse-gueules. Incontournables, les escaliers couverts, une galerie longue de quelque quatre kilomètres qui part du sud-ouest de la vieille ville puis monte la colline pour rallier le sanctuaire Madonna di San Luca, offrent par endroits un magnifique panorama sur la ville. La visite de la capitale de l'Émilie-Romagne ne pouvait s'achever sans un passage à Santo Stefano, un complexe d'édifices religieux imaginé - c'est du moins ce que raconte la légende - par saint Pétrone sur l'exemple des sept sites sacrés de Jérusalem. La restauration du site permit la découverte des ruines d'un temple datant de l'époque romaine, dédié à la déesse égyptienne Isis. L'ensemble, composé de trois églises romanes, d'un cloître du xxe siècle et, un peu plus loin, de la petite église de San Giovanni in Monte, a beaucoup de charme. Avant de repartir, un dernier espresso s'impose sur la Piazza Galvani, au milieu des familles endimanchées et des pigeons qui se gavent de miettes de croissants. Une délicieuse manière de dire au revoir à cette ville tout en élégance. Par Pierre Darge / Photos : Wouter Van Vaerenbergh