Avec sa casquette de base-ball, ses tee-shirts à messages et ses lunettes d'assureur-conseil, Jeffrey Swartz ressemble à un type resté à quai dans les années 90. La décennie gagnante de son père, Sydney. Qui a eu le flair de choisir le temps béni du grunge pour exporter ses grosses bottines à lacets vers une Europe fantasmant sur Seattle et les mecs en chemises de bûcheron. Il ne faut pourtant pas s'y tromper : Jeffrey Swartz est un patron de son époque, voire de la suivante, un PDG 2.0, soit un Patron Durable et Green.
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Avec sa casquette de base-ball, ses tee-shirts à messages et ses lunettes d'assureur-conseil, Jeffrey Swartz ressemble à un type resté à quai dans les années 90. La décennie gagnante de son père, Sydney. Qui a eu le flair de choisir le temps béni du grunge pour exporter ses grosses bottines à lacets vers une Europe fantasmant sur Seattle et les mecs en chemises de bûcheron. Il ne faut pourtant pas s'y tromper : Jeffrey Swartz est un patron de son époque, voire de la suivante, un PDG 2.0, soit un Patron Durable et Green. Car si l'entreprise de Stratham (New Hamsphire) reste bien à flot, pesant plus de 1 milliard de dollars (743 millions d'euros) à la Bourse de New York fin 2009, avec ses 6 000 employés et une réputation robuste comme une semelle étanche à entretenir auprès de 85 pays distributeurs, c'est en grande partie grâce au virage social et écolo que Swartz junior imprime à cette marque de chaussures (de chantiers, initialement). Une maison encore familiale, fondée il y a plus de cinquante ans par son grand-père Nathan. " Il ne voulait pas que je travaille pour l'entreprise, confie Jeffrey Swartz à nos confrères de L'Express. Il trouvait que c'était trop dur. Mais à sa mort, c'était le seul endroit où je me sentais bien. " Ce fut en effet dur. Mais pour ce petit-fils-là, c'est comme dans les comédies : quand ça commence mal, ça finit généralement bien. Héritier du navire Timberland en 1998, Jeffrey Swartz n'a pas trouvé tout de suite le bon rythme de croisière. Séduit par les sirènes de la fashion, le nouveau capitaine d'industrie capitalise sur le succès de ses produits dans le monde hip-hop au tournant des années 2000. On connaît les lascars : ce n'est pas parce que le producteur star Timothy Mosley se rebaptise " Timbaland " que la chaussure ne subit pas le traitement Kleenex réservé par les rappeurs aux griffes de mode : un jour reine du bitume, le lendemain bonne pour l'égout - c'est comme les couleurs, ça ne se discute pas. " L'une de nos plus grosses erreurs, c'est d'avoir voulu jouer la carte du cool, alors que ce n'est pas dans nos gènes ", avoue l'intéressé. En 2007, pour éviter de sortir les bouées et les radeaux, changement de cap, et retour vers l'ADN de la marque : la nature, le bon air pur de la campagne. Timberland signifie littéralement " Terre des arbres ". Pour que cela veuille encore dire quelque chose à nos enfants, Swartz décide donc de redorer son blason. Il réajuste l'image et valorise l'engagement éthique que la société défend depuis plusieurs années (une fois par an, les employés ont le droit de prendre un congé au service bénévole d'une ONG). Bien au-delà du ravalement de façade cosmétique, loin du green washing illusionniste, Swartz profite de la très médiatique prise de conscience écofriendly pour mettre au point un indice vert qui calcule l'empreinte écologique de ses produits. Il lance en parallèle la ligne Earthkeepers, made in matériaux recyclés. Aujourd'hui, il est même possible de ramener ses " Timber " usées dans tous les points de vente du chausseur. Idéaliste, il pense qu'un CEO téméraire et volontaire peut être aussi bénéfique pour le développement social qu'un homme politique. Malin, " je ne suis pas parfait, mais je suis honnête ", " Jeff ", comme disent ses amis, est à l'image de la nouvelle Amérique, du moins celle qui plaît aux Européens. D'humeur " tape-dans-le-dos " et audacieuse, pour ne pas faire insulte à la réputation fonceuse et entrepreneuriale de l'Oncle Sam. Mais plus subtile, plus sociale et soucieuse des intérêts qui dépassent ses frontières. Ce qui ne l'excuse pas de porter ses horribles casquettes de teen-ager. Dommage collatéral de l'idéalisme, sans doute. Baudouin GallerJe ne suis pas parfait, mais je suis honnête.