(*) " Madame Figaro ".
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(*) " Madame Figaro ". Carnet d'adresses en page 96.Milan mérite bien son titre de capitale de la mode et du design. Chaque année, lors des défilés haute couture ou du Salon du meuble et du design, la ville entière célèbre la création sous toutes ses formes. Mais, en dehors de ces prestigieuses manifestations internationales, la cité lombarde attire également les accros du shopping des quatre coins de la planète. Il suffit de flâner dans la Via Manzoni, la Via della Spiga ou encore la Via Monte Napoleone pour sentir monter la fièvre acheteuse. Les boutiques de luxe telles que celles, entre autres, de Prada, Louis Vuitton, Christian Dior, Chanel, Tod's ou encore Versace y rivalisent d'élégance. Cependant, pour séduire des consommateurs sans cesse plus exigeants et avides de nouveauté, certains créateurs jouent désormais la carte des concept stores, de vastes espaces entièrement dédiés à l'art du û très û bien vivre. Ces royaumes de l'éclectisme haut de gamme proposent, dans le désordre, des vêtements, des livres, des meubles, des parfums, des objets design, du linge de maison, des disques, des accessoires ou encore un espace beauté, un café branché ou un restaurant très chic. " Avec chaque produit, les clients des concepts stores acquièrent un goût, une idée, une transversalité, explique François Bernard, le directeur de Croisement, une société parisienne de conseil en style. Le public qui les fréquente est averti, consommateur mais pas blasé. Les concept stores établissent désormais un lien entre culture et commerce. " (*) La force de cette nouvelle race de magasins ? Des collections hyperpointues et un choix renouvelé en permanence. Pleins feux sur trois concept stores qui, à eux seuls, méritent une virée shopping à Milan. Domenico Dolce & Stefano Gabbana, les chantres de la mode sexy and fun, viennent d'ouvrir un vaste concept store consacré à l'homme dans un superbe palazzo milanais datant de la première moitié du xixe siècle. La décoration du Dolce & Gabbana Men's Store, situé à quelques pas de la Piazza San Babila, a entièrement été pensée par les créateurs italiens, en collaboration avec l'architecte David Chipperfield et le designer Ferruccio Laviani. " Dans le secteur de la mode masculine, notre démarche est innovante, précise Stefano Gabbana. En effet, nous n'entendions pas nous contenter d'ouvrir un simple flagship store. Nous rêvions d'un véritable Men's Club ressemblant aux célèbres gentlemen's clubs anglais. Cet endroit a été pensé pour que les hommes de tous âges prennent plaisir à y passer un û long û moment. " Le duo a ainsi créé différents espaces à thèmes répartis sur trois niveaux et 1 700 mètres carrés. Le rez-de-chaussée accueille les dernières créations vestimentaires et illustre les tendances de la saison par le biais de grands écrans plasma projetant des images de défilés. En empruntant une cage d'escalier minimaliste en pierre de lave, on accède au premier étage où sont exposées les collections d'accessoires : ceintures, sacs, chaussures et lunettes sont présentés sur des meubles en verre fumé noir. Au second niveau, le piano nobile des anciens palazzi où se trouvaient les pièces de réception, les créateurs ont aménagé trois salles réservées aux costumes et au département sur mesure. Les fresques peintes au plafond ont entièrement été restaurées sous la supervision des Beaux-Arts. Les collections sont présentées dans des garde-robes en noyer poli et éclairées par de gigantesques lustres en Murano noir. Des canapés et des fauteuils baroques offrent la possibilité de se reposer un instant tout en sirotant un verre entre deux essayages. Les amateurs de détente, eux, traverseront le rez-de-chaussée en passant par une petite piazza aménagée dans le style sicilien avant d'accéder au Barber Shop où l'on pratique le rasage à l'ancienne ou au grooming service, spécialement développé par Domenico Gabbana, où l'on prodigue des soins du corps et du visage à l'aide des produits Carita. Mais le Dolce & Gabbana Men's Store se profile aussi comme un lieu de rencontre branché, puisque, en collaboration avec Martini e Rossi, le duo de créateurs a ouvert le Martini bar. Ce lieu, à l'esthétique très inspirée des années 1970 et 1980, a pour vocation de favoriser les échanges et les rencontres. Conçu en collaboration avec le Studio Gabellini, le concept store de Giorgio Armani, Armani/Via Manzoni, occupe pas moins de trois étages dans le centre historique de la ville. " C'est un projet très ambitieux étant donné le haut niveau d'investissement nécessaire pour créer une expérience enrichissante et surprenante pour les clients, précise Giorgio Armani. Chaque détail du magasin exprime ma vision esthétique. Je n'ai pas choisi les objets lors de mes déplacements dans le monde comme c'est souvent le cas. Bien au contraire, j'ai cherché à présenter un éventail de mes créations dans un espace et une atmosphère qui soient pour nos clients une expérience profonde. " Dans un univers architectural très minimaliste, le créateur italien propose ses collections de vêtements pour hommes et pour femmes, mais aussi ses parfums et sa collection de meubles et d'accessoires de décoration. Au rez-de-chaussée, Armani Fiori expose des créations florales très originales. Juste à côté, Armani Dolci invite les amateurs de douceurs cacaotées à goûter les chocolats griffés aux initiales de la marque. Côté gastronomie toujours, le restaurant Nobu, aux murs de verre dépoli et aux meubles en bois clair, peut accueillir jusqu'à 90 convives. Au premier étage, à côté de l'espace librairie où sont exposés de nombreux ouvrages d'art et de photographie, l'Armani Caffee, au style plus décontracté, propose une carte assez inventive de plats bio. Enfin, au sous-sol, l'Armani/Sony Gallery présente en permanence les produits les plus récents et les plus innovants de Sony : ordinateurs portables, lecteurs DVD, baladeurs MP3, appareils photo numériques, etc. Pour les amateurs de lounge music, quelques présentoirs exposent les dernières compilations branchées du moment ainsi que le CD " Armani "... Rendez-vous des globe-trotteurs branchés, 10 Corso Como, le concept store conçu par Carla Sozzani, ex-rédacteur en chef des versions italiennes de " Elle " et de " Vogue ", est plutôt discret vu de l'extérieur. Mais ce n'est qu'une impression. En franchissant le porche de cette ancienne bâtisse et en pénétrant dans la cour intérieure où résonne un air d'opéra, on découvre un univers plein de surprises. En haut d'un escalier extérieur, orné d'un grand mobile constellé de plumes colorées, une suite de salles d'exposition accueille des £uvres d'art parfois bizarres mais incontestablement hype. Plus loin, sur une multitude de tables design s'empilent des livres d'art, de photographie, d'architecture... Un petit salon de lecture tout en noir et blanc, agrémenté de sièges psychédéliques tout droit venus des années 1970, permet aux visiteurs de se reposer. Dans la pièce dédiée à la musique, on trouve des CD de musique classique, de jazz, de lounge, de dance et... un grand choix de vinyles qui s'attirent désormais les faveurs des aficionados de la branchitude. Au rez-de-chaussée, sur la gauche d'une cour, faisant office de snack en plein air, les espaces voués à la mode, au design et aux accessoires embaument l'encens. Sur fond de musique baba cool des années 1970, des dizaines de touristes japonaises s'extasient devant les dernières créations vestimentaires de Jean Paul Gaultier, Paco Rabane, Miucca Prada, Azzedine Alaïa, Yohji Yamamoto et Junya Watanabe, les chapeaux de Philip Treacy, les parfums de Stéphane Marais et les sex toys très design imaginés par Marc Newson, Tom Dixon et Mila. Le département design et déco, lui, promeut le mobilier de créateur, les parfums d'intérieur, les céramiques, etc. " Dans ce milieu privilégié, où l'on a besoin de rien, l'acte d'achat doit être un acte de plaisir, conclut Carla Sozzani. Je ne veux pas prescrire une tendance, je veux montrer ce que j'aime. " Serge Lvoff