Ne dites pas à JBSB que sa carafe " Cool " est toute simple. Non pas qu'il le prendrait mal mais c'est faux. En forme de vase en faïence émaillée, son bord courbe dessine un évidement. " Cool " (Ligne Roset, 2004) se démarque ainsi de la carafe classique sans pour autant être un gag. Pour Jean-Baptiste Sibertin-Blanc, telle est la mission d'un designer, renouveler le paysage. " L'inventeur, c'est un menteur ", martèle-t-il. Il serait plutôt fan de " redesign " à la Castiglioni (le célèbre créateur italien dont le talent a explosé dans les années 1950 et qui a insufflé au mobilier ces formes rondes si prisées aujourd'hui). Pour lui, redessiner une fourchette, c'est tenir compte de la technique, de la culture d'un éditeur, des matériaux, des coûts et des gens à l'atelier. L'évolution du goût modifiant le contexte dans lequel le designer crée, innover n'est " en aucun cas réinventer le monde. Il faut être plus soft, plus humble ".
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Ne dites pas à JBSB que sa carafe " Cool " est toute simple. Non pas qu'il le prendrait mal mais c'est faux. En forme de vase en faïence émaillée, son bord courbe dessine un évidement. " Cool " (Ligne Roset, 2004) se démarque ainsi de la carafe classique sans pour autant être un gag. Pour Jean-Baptiste Sibertin-Blanc, telle est la mission d'un designer, renouveler le paysage. " L'inventeur, c'est un menteur ", martèle-t-il. Il serait plutôt fan de " redesign " à la Castiglioni (le célèbre créateur italien dont le talent a explosé dans les années 1950 et qui a insufflé au mobilier ces formes rondes si prisées aujourd'hui). Pour lui, redessiner une fourchette, c'est tenir compte de la technique, de la culture d'un éditeur, des matériaux, des coûts et des gens à l'atelier. L'évolution du goût modifiant le contexte dans lequel le designer crée, innover n'est " en aucun cas réinventer le monde. Il faut être plus soft, plus humble ". Jean-Baptiste parle avec franchise. Vêtu de sombre, silhouette effilée de marathonien, c'est lui qui aborde les questions les moins lisses... Jusqu'à quand aura-t-on besoin de designers ? Cela fait longtemps qu'il y pense, en lecteur d'Ezio Manzini, auteur de " La Matière de l'invention " (éditions du Centre Pompidou, 1985), une de ses bibles. Sans jouer les devins, il rappelle l'impact des nouveaux matériaux sur la production et le fait que l'on produise parfois plus facilement du séduisant que du nécessaire. Aujourd'hui, ses objets balisent bien les étapes de son parcours. A Paris, place du Marché Saint-Honoré, en longeant les murs de verre transparents du bâtiment Paribas de Ricardo Bofill, on peut voir un fauteuil noir dessiné à l'époque où JBSB créait du mobilier pour l'architecte espagnol, de 1987 à 1991. Ce grand fauteuil de salle d'attente a survécu à des régiments de popotins. Le cuir noir patiné est resté tendu sur une structure d'équerre, faite pour durer. Depuis 1999, il est directeur artistique de Daum. Il insiste sur l'éclectisme des choix de cette maison. Aux côtés des artistes qui réalisent des pièces en édition limitée, il a invité douze de ses pairs à faire de même, d'Enzo Mari à Stefano Poletti. Il maintient ainsi Daum captif de la modernité sans fêler ni son image, ni son savoir-faire. Il crée et initie vases et sculptures pour des collectionneurs ou des amateurs qui n'achètent ni sur un nom de designer ni sur une impulsion. En janvier dernier, Jean-Baptiste a présenté au salon Maison & Objet, à Paris, sa " Fleur envolée ", une vraie sculpture modélisée sur ordinateur, une première chez Daum. Editée à 275 exemplaires dans la collection Daum Art, cette fleur vert acide est fixée sur un socle de cristal miroir qui reflète ses contours. JBSB est d'autant plus familier de ce travail d'atelier qu'avant de passer par l'Ensci (Ecole nationale supérieure de Création industrielle, à Paris) de 1983 à 1987, il avait décroché un CAP (Certificat d'Aptitudes pédagogiques) d'ébéniste à l'école Boulle. La tête penchée des heures sur l'établi, il connaît. Plus tard, avant de créer son studio en 1991 après son passage chez Bofill, il réalise ses projets dans plusieurs grandes maisons, de Christofle (couverts " Intégrale ", 1990) à Puiforcat. Les créations de JBSB évoquent le luxe paisible d'avant les logos criards. Pour les bureaux chics, chez Puiforcat, la ligne " Kigoma " marie l'argent et le palissandre pour un cadre, une loupe, un coupe-papier et un porte-lettres qui semblent puiser leur inspiration dans une Afrique intemporelle. Le plus fondant est un cadeau de naissance. " Polichinelle " est un petit bibendum en métal argenté et résine polyester, dont la tête est une cuillère, le torse un rond de serviette et le reste du corps une timbale. Le tout pour un prix raisonnable. En 2006, le designer continue ce travail très réfléchi. Chez l'italien Valli & Valli, il dessine une collection de poignées de portes. On est dans le microproduit qui s'avère capital le jour où l'on cherche quelque chose de différent qu'on ne changera pas de sitôt. Le dopant de Jean-Baptiste, c'est son feeling des matières et des hommes qui les façonnent. Pour le verre, il y a dix ans, le directeur du Centre européen de recherche et de formations aux arts verriers l'invite à enseigner auprès de futurs artisans verriers, pas nécessairement sortis des Beaux-Arts. Il se souvient de ces missions, deux fois par an, pendant une semaine, à parler de design, s'adressant autant à l'ignorant qu'au sceptique. Lui, en retour, s'intéresse davantage au verre. Pour Saint-Gobain Glass récemment, il a développé avec l'architecte Patrick Nadeau d'esthétiques carreaux de verre à poser au mur. Plus tôt, de 1992 à 1997, il s'est partagé entre la France et des missions à Madagascar ou aux Comores toujours pour transmettre son expérience. Pas idéaliste non plus, il rappelle que ce genre de projets demande un financement durable. Revenir d'un mois de cours à Madagascar ne l'a pas empêché de développer ses projets dans l'univers du luxe. Auprès de ces artisans-là, il se souvient de celui du quotidien des pays pauvres. Dans les deux cas, et pour des raisons opposées, on recherche du durable. Au-delà du travail des ateliers, Jean-Baptiste satisfait son envie de recherche sur la matière, sa curiosité aussi. C'est ainsi qu'avec le Frac (Fonds régional d'Art contemporain) de la Réunion, sur les 25 km de la route de Maïdo reliant la terre à l'Océan, à parfois 500 mètres d'altitude, il avait démarré un projet de " Table du silence ", posée comme un balcon sur le vide, une main courante sur le calme de l'espace. Aujourd'hui, il s'attache à sculpter des formes, sans refuser l'ornement, " parce que la forme a un pouvoir d'évocation important ". Lucide mais optimiste, il se dit que " le designer a longtemps dépendu de l'industrie, maintenant, c'est le contraire ". Son diagnostic ? L'industriel a juste besoin d'un supplément d'âme. Guy-Claude Agboton