J'ai accepté l'invitation pour Denver sans hésiter. Enregistrer un album aux pieds des Rocheuses avec l'un des pères fondateurs du " Denver sound ", difficile de titiller. Aussi, j'ai un vieux compte à régler avec la Mile High City. Car si je suis musicien aujourd'hui, c'est un peu à cause d'elle. Ou plutôt de son amphithéâtre naturel : Red Rocks. Site astral rougeoyant où jadis U2 délivra un concert décisif, pour moi-même et pour beaucoup d'autres, ainsi que nous le verrons plus tard. Slim, grand échalas rieur à l'incisive en or, nous reçoit chez lui le premier soir. Trois chiens complètement lunés hantent la maisonnée. Nous faisons connaissance autour d'un burrito et de nombreuses Coors, la pils locale bue à même la canette dorée. Nous évoquons bien sûr le " Denver sound ", ce mélange folk, country, rock'n'roll, traditionnel et gothique. Que Slim qualifie simplement de musique américaine. C'est la musique d'ici et qui raconte les gens d'ici.

Au détour de deux éclats de rire, Slim me demande ce qu'évoque pour moi Denver. Et de lui raconter mon émerveillement adolescent pour le concert de U2 à Red Rocks en 1983. D'un coup, son regard se peuple d'étoiles. " J'y étais, mec ! J'avais 18 ans et ce concert a changé ma vie. Si je suis musicien, c'est grâce à ça. " Je n'en crois pas mes oreilles. Et lui d'ajouter : " Tu vois le drapeau blanc dans Sunday Bloody Sunday ? C'est moi qui le tenait. " C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Slim Cessna. Nous avons bossé quinze jours durant, nous avons beaucoup parlé sur la terrasse en bois de sa maison de Lakewood. De Trump et de l'hiver. De la route et d'animaux. Slim nous a emmenés très haut dans les Rocheuses visiter des villages presque déserts. Nous avons chanté dans une prairie enneigée, entourés par les montagnes. Slim nous a emmenés très loin tout court. Ainsi j'ai fait la connaissance de Slim Cessna.