C'est sur le territoire éthiopien que la vallée du Rift est considérée comme le berceau de l'humanité depuis qu'on y a trouvé les restes de Lucy et des plus anciens hominidés. A l'extrême nord-est du pays, la région frontalière avec l'Erythrée - à ce titre réputée dangereuse, on ne peut s'y rendre que sous la protection de militaires et de miliciens locaux dépenaillés - est un désert de sable (Danakil), de sel (...

C'est sur le territoire éthiopien que la vallée du Rift est considérée comme le berceau de l'humanité depuis qu'on y a trouvé les restes de Lucy et des plus anciens hominidés. A l'extrême nord-est du pays, la région frontalière avec l'Erythrée - à ce titre réputée dangereuse, on ne peut s'y rendre que sous la protection de militaires et de miliciens locaux dépenaillés - est un désert de sable (Danakil), de sel (lac Assal), de lave et autres produits de l'activité géothermique (Dallol) formant une dépression de plusieurs milliers de kilomètres carrés qui s'enfonce jusqu'à 130 mètres sous le niveau de la mer. Plusieurs volcans y crachent encore le feu, dont le fameux Erta Ale et son lac de magma en fusion au creux d'une immense caldeira. Nous en avons entrepris l'ascension de nuit pour éviter la trop forte chaleur. Et profiter pleinement des couleurs du spectacle. Quatre heures de grimpette sur un océan de lave durcie par le temps, sous une lune pleine comme un phare, pour arriver sur les bords d'un chaudron d'une puissance diabolique... L'un des moments les plus forts du voyage. Une nuit au sommet et à la belle étoile plus tard, on s'enfonce dans le désert pour atteindre le Dallol, ce site géothermique unique pour ses interactions entre activité volcanique - sources chaudes acides, montagnes de soufre, geysers gazeux... - et colonnes de sel. Un paysage de fin du monde où les couleurs explosent et que la nature a sculpté en formes spectaculaires. Dantesque. On achève cette incursion extra-planétaire sur la rencontre des nomades afars et de leurs caravanes de sel. Au coeur du désert, là où la mer Rouge a déposé des monceaux de sel avant de s'évaporer au fil des millénaires, ces pauvres diables taillent le sol sous un soleil de plomb pour façonner des blocs qu'ils attachent à leurs chameaux pour les convoyer trois jours durant jusqu'à la ville, où ils les vendent avant de revenir creuser. Un cycle immuable depuis la nuit des temps. Le peu d'eau qu'on leur offre paraît dérisoire. Mais suffisant pour arracher un sourire et un moment de partage.