Ce spectacle musical et théâtral part d'une page blanche. Une page où se glissent, en filigrane, une voix et un personnage : Billie Holiday. En point de départ de cette création éponyme de Michel Dezoteux, une chanson-phare que l'artiste noire interpréta tout au long des vingt dernières années de sa vie. " Strange Fruit " faisait, pour la première fois, allusion à ces corps pendus aux arbres, tels des fruits étranges, à l'ombre du Ku-Klux-Klan.
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Ce spectacle musical et théâtral part d'une page blanche. Une page où se glissent, en filigrane, une voix et un personnage : Billie Holiday. En point de départ de cette création éponyme de Michel Dezoteux, une chanson-phare que l'artiste noire interpréta tout au long des vingt dernières années de sa vie. " Strange Fruit " faisait, pour la première fois, allusion à ces corps pendus aux arbres, tels des fruits étranges, à l'ombre du Ku-Klux-Klan. " Des arbres du Sud portent un fruit étrange/ Du sang sur les feuilles et du sang aux racines/ Un corps noir oscillant à la brise du sud/ Fruit étrange pendu dans les peupliers/ Scène pastorale du valeureux Sud/ Yeux exorbités, bouche tordue/ Parfum de magnolia doux et frais/ Et une odeur soudaine de chair brûlée !/ Ce fruit sera cueilli par les corbeaux/ Ramassés par la pluie, aspiré par le vent/ Pourri par le soleil, lâché par un arbre/ C'est là une étrange et amère récolte. " Les paroles de cette chanson écrite en 1937 par Abel Meeropol, enseignant juif dans le Bronx et militant communiste, sonnent comme un vibrant réquisitoire contre les lynchages de Noirs perpétrés par les Etats du Sud américain. Billie Holliday interprétera ce chant, quitte à être boycottée par la plupart des radios, quitte à être chassée de concerts. Mais elle finira par imposer ce texte à la fin de chacun de ses récitals et entrera, avec " Strange Fruit ", dans la légende du jazz. Première chanson à avoir fait prendre conscience du racisme et de la ségrégation, " Strange Fruit " a survécu aux années. Jusqu'à pousser, aujourd'hui, le metteur en scène Michel Dezoteux (" Richard III ", " L'Avare "), passionné de jazz, à en faire le centre de sa nouvelle création. Sur scène, cependant, nulle actrice n'incarne Billie Holliday dont la vie n'est pas non plus racontée. Ce qui surgit de ces textes et musiques, ce sont des restes du passé et des fantômes. Avec, en fond, une question : de tout cela, que retiennent nos temps modernes ? Seulement les airs qui se fredonnent et les paroles qui s'envolent ? Qu'en est-il aujourd'hui ? L'interprétation, en jeu et en musique, est signée Rosario Amedeo, Karim Barras, Frédéric Dezoteux, Michel Dezoteux, Daphné D'Heur, Fanny Marcq, Denis Mpunga, Achille Ridolfi et Santo Scinta (lire aussi p.91). Jusqu'au 21 avril prochain, Varia, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 640 82 58. Internet : www.varia.beMarie Liégeois