Un portrait par Sonia Sieff

On a fait ce portrait avec Sonia Sieff le jour, ou la veille, de la mort d'Yves Saint Laurent, que son père Jeanloup avait photographié nuà Je n'ai que deux tenues : ou tout noir ou noir et blanc. Je m'habille toujours pareil, si j'essaie de porter d'autres couleurs, je me sens mal ! Et puis c'est délicieux de n'avoir que deux tenues, c'est comme une deuxième peau, aucune question à se poser le matin. Je me souviens, dans les années 1970, à Porto Alegre, au Brésil, j'avais 10 ans, j'étais déjà fou de mode, j'ai fait des pieds et des mains pour avoir un pantalon blanc devant et noir derrière, avec pattes d'ef. Il me le fallait absolument, c'était le summum du summum pour moi. Il fallait avoir une passion totale pour le vêtement pour le désirer si ardemment ! De quoi avais-je l'air ? Je n'en sais rien mais c'était un bonheur de pouvoir marcher avec ce pantalon-là. Depuis, le noir et le blanc, on les retrouve en permanence dans mes collections.
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On a fait ce portrait avec Sonia Sieff le jour, ou la veille, de la mort d'Yves Saint Laurent, que son père Jeanloup avait photographié nuà Je n'ai que deux tenues : ou tout noir ou noir et blanc. Je m'habille toujours pareil, si j'essaie de porter d'autres couleurs, je me sens mal ! Et puis c'est délicieux de n'avoir que deux tenues, c'est comme une deuxième peau, aucune question à se poser le matin. Je me souviens, dans les années 1970, à Porto Alegre, au Brésil, j'avais 10 ans, j'étais déjà fou de mode, j'ai fait des pieds et des mains pour avoir un pantalon blanc devant et noir derrière, avec pattes d'ef. Il me le fallait absolument, c'était le summum du summum pour moi. Il fallait avoir une passion totale pour le vêtement pour le désirer si ardemment ! De quoi avais-je l'air ? Je n'en sais rien mais c'était un bonheur de pouvoir marcher avec ce pantalon-là. Depuis, le noir et le blanc, on les retrouve en permanence dans mes collections. J'aime son élégance profonde, sa classe intemporelle. Un jour, c'était il y a une quinzaine d'années, Sean Ferrer, le fils d'Audrey Hepburn me téléphone et me dit qu'il veut me rencontrer, qu'il a entendu parler de ma passion pour sa mère, je pense qu'on me fait une blague, il me demande s'il peut me tutoyer et m'annonce qu'il veut venir me voir, dans trois jours. Bon, très bien. En réalité, il voulait que je fasse une collection " Audrey Hepburn " au Japon. Nous sommes partis là-bas ensemble, mais cela ne s'est jamais concrétisé - c'était le début de Paule Ka, il fallait développer la marqueà C'est la proposition la plus flatteuse que l'on m'ait jamais faite !Mon père dirigeait une usine de fabrication de fils de laine au Brésil. Pendant les vacances, on passait par New York, ma mère y faisait du shopping, chez Bergdorf et Goodman, notamment, j'adorais ça. Ma mère avait le goût du beau. C'était une époque merveilleuse, c'était les années Kennedy. Je me souviens de l'enterrement du président (photo) que j'ai regardé à la télévision, au Brésil, quand j'ai vu Jackie, cette femme en noir aussi digne, élégante et belle, cela a été un coup de foudre. Ma mère m'avait raconté qu'elle achetait ses chaussures par cent ou par dix, je ne sais plus, dans toutes les couleurs, j'avais trouvé que cette femme était formidable. Tout chez lui est un hommage à la femme, à la courbe. C'est très inspirant. Le vêtement est une architecture, et la vie aussi - on construit sa vie avec des vêtements qui peuvent nous aider à nous construire. Je ne suis pas un génie du tout. Je tiens à le dire, Paule Ka, c'est un vrai travail d'équipe avec les stylistes, les chefs de produit, les modélistes, les mécaniciennes, les stagiairesà Je serais incapable de faire ça tout seul. Et j'adore l'idée de l'équipe, chacun apporte sa petite pierre. Avec le même idéal, créer de belles choses.C'était une petite robe noire en piqué de coton, avec deux n£uds sur les hanches, je l'ai dessinée il y a vingt ans. Nous l'avons rééditée pour l'été 2008, en satin de soie. C'est Alice Dellal ( photo) qui la porte, dans sa nouvelle version. Elle est jet-setteuse, fille d'un Anglais et d'une mannequin brésilienne sublimissime, qui fut modèle dans les années 1980. Je lui ai demandé si elle voulait porter ma première robe créée à l'époque où elle est née, elle a dit oui ; c'est une jolie série de photos. Je vis entre la France et le Brésil, j'ai un appartement à Rio, à Ipanema. C'est mon pays de c£ur, cela fait partie de ma personnalité et de mon équilibre, avec ce noir et ce blanc, cette Amérique du Sud et cette Europe, ce soleil et ce gris. Je l'ai quitté pour Lille en 1968 et quand j'y suis retourné, à 20 ans, je me suis dit : " Dieu existe, il est au Brésil. "J'ai un amour du n£ud. Dans ma boutique à Lille, avant de créer ma marque, j'ai un jour noué une écharpe très jolie sur une robe de Claude Montana. Les clientes ont adoré. Depuis, je fais des n£uds partout ! Je trouve cela séduisant. Et puis il y a un côté marquise, cour de Versailles, un truc très France romancée et romantique. C'est comme un bouquet de fleurs, un point final, cela ponctue une silhouette simple, graphique et cela lui donne de l'esprit. J'adore les essayages, il faut tout le temps que je fasse des n£uds, parfois j'en enlève, cela suffit, il y en a trop ! Ce sac a été lancé il y a vingt ans et dernièrement, une journaliste me demande pourquoi je ne le ressortais pasà Et voilà ! Il est tout simple, avec deux Zip, l'un en or et l'autre en argent. On rentre les anses, on le plie et il devient pochette. Il est simple et en même temps coquin. Le cuir miroir, c'est la version exagérée de l'été, mais il existe aussi en noir et en taupe, c'est un basique de la maison. Pour la collection de l'été 2006, on était partis sur l'idée d'une femme aquatique, il fallait donc qu'elle porte des chaussures aquatiques ! Nous avons creusé du Plexiglas, il y avait des bulles dedans. Nous voulions qu'elles fassent comme un piédestal pour que la silhouette soit comme une £uvre d'art, que ce soit photogénique. Cela a été un énorme succès dans la presse, on les a vues partout, ces chaussures, dans le monde entier, mais on n'en a presque pas vendues, du tout. Sauf à quelques fansàJe voulais mélanger la petite robe noire et la peau, que tout cela s'entrecroise. C'est un exercice d'esthétisme poussé à l'extrême, pour aller jusqu'au bout de nos rêves ! J'aime cette silhouette, c'est l'une de mes préférées. C'est la simplicité même et, en même temps, c'est totalement extrême, cette robe qui montre presque tout d'un côté et absolument rien de l'autre. J'ai un côté nostalgique, totalement. J'adore les photos anciennes, sublimes. Cela m'inspire, comme ce livre de Richard Martin et Harold Koda sur les maillots de bain des années 1950 et 1960, Splash ! : a history of swimwear (Rizzoli, 1990). J'ai aussi un livre merveilleux sur Audrey Hepburn que son fils m'a offert, Souvenirs et trésors d'une femme d'élégance (par Ellen Erwin et Jessica-Z. Diamond, Naive, 2006). On y trouve tous les documents, ses photos, ses diplômes, des télégrammes, même le faire-part de baptême de Sean, c'est d'une indiscrétion totale, c'est presque trop, mais c'est pour les fans, et je crois que nous sommes très nombreux. J'aime aussi les photos d'Avedon. Je l'ai rencontré une fois, au Brésil. J'étais sur une presqu'île, la plage était déserte, à part un ami mannequin, moi et un couple d'inconnus, lui jouait de la guitare et elle chantait, le soleil se couchait, c'était un moment unique au monde, d'émotion intense. Et derrière nous, un homme est arrivé, c'était Richard Avedon, le copain avait été photographié par lui, ils sont tombés dans les bras l'un de l'autre. Il n'y a pas de hasards dans la vie, les choses arrivent quand on s'y attend le moins. Propos recueillis par Anne-Françoise Moyson