Comment expliquez-vous le succès de ces nouveaux produits " playful ", comme les appellent les professionnels ?

On est passé en dix ans d'une approche très fonctionnaliste du maquillage à quelque chose de beaucoup plus créatif. Avant, ce qui comptait, c'était la promesse du produit, elle se devait d'être claire, le résultat devait correspondre aux attentes que l'on avait d'un mascara volumateur ou d'un lipstick sans transfert. C'est un peu comme si le maquillage était la propriété des techniciens et des ingénieurs. C'est aussi à cette époque-là que l'influence des make-up artists en backstage des défilés ou sur les shootings est devenue de plus en plus grande. Ils ont regardé les produits autrement : ils ne se gênaient pas pour les appliquer différemment et les mélanger pour obtenir un résultat intéressant.

Certains d'ailleurs n'ont pas hésité à créer leur propre marque. Est-ce cela aussi qui a bousculé le marché ?

Tout à fait. Des marques comme M.A.C, Benefit, Make Up For Ever sont devenues des géants du secteur, Anastasia Beverly Hills que l'on trouve en exclusivité chez nous est d'ailleurs en train de prendre le même chemin. La promesse du produit, c'est un acquis, cela tombe sous le sens. C'est le plaisir de l'application qui compte, le côté fun. Plus aucune maison n'y échappe. Une marque comme Clinique l'a d'ailleurs bien compris lorsqu'elle a lancé ses fameux Chubby Sticks.

Ce sont surtout des produits qui séduisent les plus jeunes, non ?

Elles sont la cible, c'est sûr, mais pas uniquement. Ces produits plaisent à toutes celles qui ont un rapport beaucoup plus décomplexé au maquillage. Le make-up est toujours un reflet de l'air du temps et le non-make-up aussi d'ailleurs. Nous vivons dans un monde où la sensibilité artistique s'est considérablement développée. L'art est plus accessible, les frontières sont beaucoup moins claires. On a maintenant, à Bruxelles, un musée du street art. Et tout cela se reflète aussi dans ces objets qui sont souvent multiusages. Le but n'est jamais de détourner pour détourner, même si cela rencontre les préoccupations de la génération actuelle qui aime s'affranchir des codes.