Il clôt les yeux. De plaisir, ostensiblement. Extase mystique ? Pas sûr. Sous sa kippa, tel un couvercle freudien parant aux injonctions répétées du désir, le débat est tendu : entre les directives de la communauté orthodoxe à la retenue sexuelle en solitaire et celles du corps à combler une libido naissante et irrépressible, qui écouter ? La règle ou l'envie ? Autour de ce dilemme vieux comme l'attente du Messie et commun à bon nombre d'obédiences, chrétienne en premier lie...

Il clôt les yeux. De plaisir, ostensiblement. Extase mystique ? Pas sûr. Sous sa kippa, tel un couvercle freudien parant aux injonctions répétées du désir, le débat est tendu : entre les directives de la communauté orthodoxe à la retenue sexuelle en solitaire et celles du corps à combler une libido naissante et irrépressible, qui écouter ? La règle ou l'envie ? Autour de ce dilemme vieux comme l'attente du Messie et commun à bon nombre d'obédiences, chrétienne en premier lieu, la jeune photographe israélienne Lea Golda Holterman a construit une série à l'esthétique picturale remarquable de densité. Empruntant à la dramatisation lumineuse de la peinture occidentale du XVIIe - on pense à Vélasquez, Caravage, surtout, pour l'ambiguïté lascive qui transpire de partout - la douzaine de portraits formant Orthodox Eros parvient à troubler notre regard dévitalisé par les charges érotiques qui l'assaillent en permanence. Sans jamais tomber dans le voyeurisme sinistre, Golda Holterman place en effet le spectateur dans une position inconfortable, dérangeante parfois, brouillant sa grille de lecture et les codes qu'il a assimilés. Ce n'est effectivement pas tous les shabbats qu'on voit ainsi se dévoiler de jeunes juifs orthodoxes généralement fermés au monde extérieur, protecteurs de leur image, cultivant l'austérité. C'est que si l'artiste nous parle de transgression, voyez l'allure dionysiaque d'un de ses modèles posant la main sur la Torah (page 75), elle nous invite également à nous interroger sur la puissance de l'image aujourd'hui et de son attractivité, par-delà les tabous. Avec le critique Igal Dotan qui signe un très beau texte à partir de cette série, on peut en effet se poser la question : " Quel est le fondement psychologique qui amène le personnage réfractaire à transgresser les interdits et les normes culturelles et religieuses, et à collaborer avec l'artiste dans la création d'une image ? " Lea Golda Holterman est une jeune photographe israélienne née à Tel-Aviv en 1976. Elle s'intéresse aux communautés marginales. Lauréate pour le Photo Folio Review and Gallery en 2009, elle a montré la série Orthodox Eros à Arles, l'été dernier. Orthodox Eros, jusqu'au 7 mai à la galerie Polar+NKA* photography, 108, chaussée de Charleroi, à 1060 Bruxelles. Vernissage ce samedi 19 mars, entre 14 et 18 heures. Tél. : 02 537 81 36. www.nka-gallery.comPAR BAUDOUIN GALLER