Est-ce écrit dans les étoiles, quand on est jumelles dizygotes, qu'il arrive bien un jour où créer sa petite entreprise à deux est une évidence ? Une chose est sûre : elles en parlent depuis des lustres, Ségolène surtout, pour qui entreprendre tient lieu de respiration vitale. " Je suis plutôt math, Alex est créative, on s'est toujours dit qu'il faudrait qu'on exploite cela, on est très différentes, c'est pour cela qu'on est bien ensemble. " Un peu de temps leur aura été nécessaire pour entamer cette collaboration fantasmée depuis l'enfance. Que l'une tâte de la consultance, après avoir décroché un diplôme d'ingénieur puis étudié le business à la Vlerick School à Gand ; que l'autre se fasse les griffes, à Paris, chez Paule Ka, Martin Margiela et Jean Paul Gaultier après son cursus à La Cambr...

Est-ce écrit dans les étoiles, quand on est jumelles dizygotes, qu'il arrive bien un jour où créer sa petite entreprise à deux est une évidence ? Une chose est sûre : elles en parlent depuis des lustres, Ségolène surtout, pour qui entreprendre tient lieu de respiration vitale. " Je suis plutôt math, Alex est créative, on s'est toujours dit qu'il faudrait qu'on exploite cela, on est très différentes, c'est pour cela qu'on est bien ensemble. " Un peu de temps leur aura été nécessaire pour entamer cette collaboration fantasmée depuis l'enfance. Que l'une tâte de la consultance, après avoir décroché un diplôme d'ingénieur puis étudié le business à la Vlerick School à Gand ; que l'autre se fasse les griffes, à Paris, chez Paule Ka, Martin Margiela et Jean Paul Gaultier après son cursus à La Cambre mode(s). Que l'envie les surprenne à nouveau, ce rêve de petite fille qu'elles partageaient, travailler en duo sans pour autant devenir soeurs siamoises, la distance a du bon, Ségolène vit à Bruxelles, Alexandra dans la Ville lumière, c'est parfait ainsi, à l'heure du haut débit et du Thalys, qu'est-ce qui les en empêcherait ? Il aura aussi fallu qu'Alexandra se remette à dessiner pour elle - depuis la fin de ses études bruxelloises, elle n'avait plus osé se confronter à la création personnelle, l'angoisse la saisissait, elle avait fini par laisser tomber, se projetant dans l'univers des maisons pour lesquelles elle travaillait. Jusqu'à ce changement de cap, qui la vit quitter les studios pour devenir vendeuse dans la très belle boutique parisienne de Dries Van Noten, on était en 2014. Là, peu à peu, elle retrouve le goût, l'envie de créer, elle rassemble ses inspirations, des images, du vintage, contemple toutes ces pièces en denim qu'elle collectionne, ces bleus différents, si beaux qui lui indiquent la marche à suivre. Elle conçoit une collection entière sur papier, qui décline le jeans, dans une perspective minimale et sophistiquée. En décembre de cette année-là, " un peu gênée ", Alexandra dépose le tout devant Ségolène - " Je me souviens qu'elle est arrivée avec ses dessins, cela m'a épatée, c'était un peu mon cadeau de Noël. " Elles finalisent un calendrier, ce sera pour le printemps-été 2016, elles réussiront à tenir le timing, elles en sont encore étonnées. Il y aura donc une première collection, quinze pièces en denim venu d'Italie ou du Japon, revisitées en soie ou en popeline de coton, un vestiaire cohérent dans des nuances qui font envie, entièrement fabriqué en Europe, en Bulgarie et désormais enrichi de tissus qu'Alexandra a dénichés au Cambodge - sa destination de vacances/voyage d'études cet été. Elle n'a pas oublié son expérience chez Martin Margiela où elle développait la maille, il y en aura donc dans cette deuxième collection automne-hiver, de même un jeans oversize et un costume trois-pièces, avec gilet, veston à col châle et pantalon à baguette en soie indigo ramenée d'Asie, Alexandra a les yeux qui brillent. Qui la première a eu cette idée originale de s'offrir une boutique mobile ? Ségolène, qui n'avait pas envie d'une commercialisation " traditionnelle ", passer par des salons, des boutiques, des acheteurs, non merci, elle préférait " innover ", avec une camionnette qui s'arrêterait à Anvers et à Bruxelles, Alexandra craignait que cela ne fasse un peu " marché ", mais elle a embrayé. Et quand Ségolène a déniché, à Paris, cette Peugeot années 80, avec miroirs, cabine, tringle, elle s'est inclinée - il suffisait juste de rajouter le logo sur la carrosserie, un Façon Jacmin minimal mais stylisé qui leur sert désormais de signature doublement partagée. L'une a beau être brune et l'autre blonde, elles sont identiquement solaires, l'aura de la sororité enracinée. Pop-up, 154, Nationalestraat, à 2000 Anvers, et deux fois par mois, dans leur camionnette, place Sainte-Catherine à Bruxelles et à côté du Musée de la mode à Anvers. www.faconjacmin.comPAR ANNE-FRANÇOISE MOYSONTRAVAILLER EN DUO SANS POUR AUTANT DEVENIR SOEURS SIAMOISES.