L a rue est discrète, enserrée entre de hauts murs de briques. Une porte entrouverte laisse deviner l'agréable jardin de la Manufacture Dewit, un atelier de tissage où sont restaurées les plus prestigieuses tapisseries anciennes du monde. Quelques dizaines de mètres plus loin, une haute grille s'ouvre sur une cour intérieure pavée et une imposante bâtisse. Situé au c£ur de Malines, ce bâtiment est le produit de constructions successives. Un siècle sépare d'ailleurs les deux plus importantes parties. Tour à tour, cloître, maison de notable, brasserie, ébénisterie... la propriété a aussi vécu au rythme de l'évolution de la ville et de sa société.
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L a rue est discrète, enserrée entre de hauts murs de briques. Une porte entrouverte laisse deviner l'agréable jardin de la Manufacture Dewit, un atelier de tissage où sont restaurées les plus prestigieuses tapisseries anciennes du monde. Quelques dizaines de mètres plus loin, une haute grille s'ouvre sur une cour intérieure pavée et une imposante bâtisse. Situé au c£ur de Malines, ce bâtiment est le produit de constructions successives. Un siècle sépare d'ailleurs les deux plus importantes parties. Tour à tour, cloître, maison de notable, brasserie, ébénisterie... la propriété a aussi vécu au rythme de l'évolution de la ville et de sa société. Avec son épouse et ses deux filles, Koen Van Gestel a emménagé ici en décembre 2000. Son objectif ? Donner un lustre nouveau à l'affaire textile lancée par son grand-père. " Certes, notre maison est aussi notre carte de visite, explique-t-il. Elle intègre, en effet, les espaces destinés à l'exposition et à la vente de tissus. Mais elle est surtout l'expression de la passion qui nous habite pour l'habillage intérieur : papiers peints et, bien entendu, tissus. " Mis à part les salles où sont soigneusement alignés tous les échantillons, le reste de l'habitation est conçu comme une succession d'espaces à vivre. Avec sa vue plongeante sur les jardins de l'archevêque, le grand salon aménagé au premier étage donne toute la mesure de la rénovation opérée (les aménagements lourds ont pris plus de huit mois). La pièce comptait trois fenêtres côté cour, mais aucune côté jardin. Aujourd'hui, la symétrie est rétablie : les Van Gestel profitent ainsi généreusement de la lumière du soleil levant et de l'éclairage naturel. L'autre transformation notable, même si elle est peu perceptible, a consisté à cacher la structure peu élégante des poutres en abaissant la hauteur sous plafond, ce qui a permis de créer des moulures. La cheminée, elle aussi est superbe. Quant à la couleur sombre des murs, elle valorise tous les éléments décoratifs : ils ressortent davantage, à commencer par les gravures de David Roberts, lithographe écossais du début du xixe siècle. Du plus petit objet aux deux fauteuils baroques garnis de velours rouge antique de Zoffany, tout ici témoigne d'une extrême sophistication. Admirables : les contrastes de matières entre les coussins garnis de soieries Rubelli, le plaid animalier signé Pierre Frey et le grand tapis de sol tissé à la main selon une technique du Moyen Age. Dans la salle à manger, la table dressée pour un petit déjeuner aux allures champêtres arbore tout simplement un tissu en vichy rouge et écru, un coton tissé main. Le papier peint " Early Views of India " est une véritable pièce unique, peinte sur mesure. On le croit posé depuis cent cinquante ans au moins, mais il est de fabrication récente. Inspiré des aquarelles de Thomas & William Daniells (fin xviiie siècle), cette vue panoramique fait le tour de la pièce, s'interrompant à chaque ouverture pour mieux continuer ensuite. A noter : le fabricant dispose d'une collection de motifs qui peuvent être mis en scène selon les souhaits du client (ce qui confirme le caractère exclusif de l'£uvre achevée). Le soubassement est, lui, une réalisation maison : il est constitué de lamelles de bambous peintes posées à la diagonale et sertissant des rectangles de papier relief. Comme le sol peint, le canapé canné Louis XV, dit en confident, s'insère à merveille dans l'ensemble ; ses parties les plus sombres évoquant le rouille profond de certains motifs du papier peint. Un même raffinement personnalise la chambre d'amis. Lustre vénitien, petit canapé et lit à baldaquin cohabitent pour créer une ambiance volontiers anglaise. Exécuté selon les dessins et mesures des propriétaires, le lit est habillé de toiles brodées de Zuber, agrémentées de lambrequins de lin. Les deux filles de la maison occupent ce qui était autrefois le grenier latéral. L'espace initial, unique, a été divisé en trois parties : un couloir et deux chambres. Celle de l'aînée est typiquement d'inspiration française. Le lit en acajou a été inséré dans une alcôve, qui, à l'instar de toute la pièce, est entièrement garnie d'un tissu d'inspiration provençale. Le tout rehaussé d'une fine tenture en lin soulignée par une passementerie en soie. Quant au couvre-lit, il s'agit d'une toile de coton Pierre Frey s'inspirant de silhouettes de camées anciens. La cadette, passionnée de musique, s'est choisi un environnement plus contemporain, tant dans les couleurs que dans leur mise en scène, à savoir le rouille du papier peint et les rayures horizontales des tentures de lin Pierre Frey. Au dernier étage se trouvent un salon à l'anglaise et la chambre de Suzy et Koen Van Gestel. Avec ses poutres de toiture volontairement apparentes, le salon se situe dans la partie la plus ancienne de la maison, tandis que la chambre, le dressing et le petit salon qui les prolongent sont installés, eux, dans un immeuble communicant, mais plus récent d'environ cent ans. Avec son plancher simplement teinté, ses bibliothèques murales fabriquées sur mesure, son papier peint Braquenié, évocation d'un pêle-mêle de profils de personnages, sa cheminée en bois peinte en blanc, le salon à l'anglaise s'inscrit dans une forme de continuité avec les étages inférieurs. Chaque élément de l'enfilade qui lui succède témoigne, en revanche, d'un désir de modernité. Les couleurs sont nettement affirmées : le blanc du plancher peint, des murs et du couvre-lit (un coton de Jim Thompson) ; le noir du tapis, des stores en métal Luxaflex, des céramiques et même des tirages de Jeanloup Sieff ; le rouge du velours qui habille les deux fauteuils aux lignes rectangulaires de Designers Guild. La salle de bains, enfin, fait figure de chef-d'£uvre tant elle est époustouflante. La baignoire est installée en son milieu, de manière à diviser l'espace. A l'arrière, de part et d'autre, on trouve une douche très commode et un dressing pour le linge de toilette. La pièce est entièrement habillée de tissu û également signé Pierre Frey û qui a été tendu, à la manière d'une tente, avec de la corde sur une structure intermédiaire en tubulures métalliques, quasi invisibles. Derrière la baignoire, le motif inspiré des bains antiques est de Züber. Une merveille ! Jean-Pierre Gabriel