Il est rare que les actrices américaines associent la Belgique à autre chose que la douceur de ses chocolats. C'était mal connaître Julianne Moore que d'imaginer qu'elle aussi entrerait sagement dans le moule à pralines. Lorsqu'elle me tend la main, drapée dans une robe noire Lanvin mettant sublimement en valeur son teint diaphane de rousse flamboyante, elle s'exclame : " Vous êtes belge ? Alors, vous devez connaître l'architecte Vincent Van Duysen ? J'adore son travail. Je n'arrête pas de le dire dans mes interviews. Un jour, lors d'une soirée organisée pour la promo d'un de mes films, j'étais accompagnée par Francisco Costa (NDLR : le directeur artistique de Calvin Klein) qui le connaît bien. Vincent était là. Il me l'a présenté. C'est un de mes amis désormais. "
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Il est rare que les actrices américaines associent la Belgique à autre chose que la douceur de ses chocolats. C'était mal connaître Julianne Moore que d'imaginer qu'elle aussi entrerait sagement dans le moule à pralines. Lorsqu'elle me tend la main, drapée dans une robe noire Lanvin mettant sublimement en valeur son teint diaphane de rousse flamboyante, elle s'exclame : " Vous êtes belge ? Alors, vous devez connaître l'architecte Vincent Van Duysen ? J'adore son travail. Je n'arrête pas de le dire dans mes interviews. Un jour, lors d'une soirée organisée pour la promo d'un de mes films, j'étais accompagnée par Francisco Costa (NDLR : le directeur artistique de Calvin Klein) qui le connaît bien. Vincent était là. Il me l'a présenté. C'est un de mes amis désormais. " Son récit ponctué d'autant de " great " que d'" amazing " laisse exploser l'enthousiasme à l'état brut d'une groupie presque ordinaire. A 52 ans, celle qui a déjà tout incarné ou presque au cinéma - en 2012, elle a même " été " Sarah Palin dans le téléfilm de Jay Roach Game Change, un rôle de pure composition qui lui a valu l'Emmy Award de la meilleure actrice en décembre dernier - peut s'offrir le luxe d'afficher sans faux-semblant ses passions comme ses convictions. Pour le président Barack Obama, par exemple, avec lequel elle partage une autre idée du rêve américain que celui prôné par les conservateurs républicains. Un rêve qui passe par le mariage pour tous, le droit des femmes à disposer de leur corps et une protection sociale minimale garantie pour les plus faibles. " Actuellement, un enfant sur quatre vit dans la pauvreté aux Etats-Unis, s'indigne-t-elle. Ce qui est totalement absurde dans un pays aussi riche que le nôtre. " Au jeunisme rampant qui gangrène tout, elle répond par un " même pas peur ", prouvant une fois de plus que tout vient à point à qui sait laisser le temps au temps. Fière de ses " premières fois " plutôt différées par rapport à la moyenne - elle a attendu d'avoir " 26 ans pour apprendre à nager, 27 pour se mettre à conduire, 35 pour décrocher un "vrai" grand rôle, 37 pour devenir maman, 45 pour monter sur des skis ", énumère-t-elle -, elle rejoint aujourd'hui, la cinquantaine bien entamée, la dream team des égéries de L'Oréal Paris, avec un plaisir teinté de revanche pour la petite fille complexée par ses taches de rousseur qu'elle fut autrefois. D'avoir toujours dû la protéger ! Ma mère qui était d'origine écossaise avait une peau de rousse comme moi et quand elle était adolescente, elle a eu un terrible coup de soleil : elle était tellement brûlée qu'on a dû l'hospitaliser. Plus tard, elle a mis un point d'honneur à ce que cela n'arrive jamais à aucun de ses enfants. Elle nous a toujours tenus à l'abri du soleil. Dès que les crèmes avec filtres solaires ont été disponibles, j'ai commencé à en utiliser tous les jours. S'il y a bien une chose que vous pouvez toutes faire pour protéger votre peau des effets du temps, c'est choisir un soin avec un SPF dedans. Honnêtement ? Je ne sais pas. Il n'y a pas si longtemps que cela on entendait dire que 30 ans, c'était déjà la fin de tout. Alors que l'on devenait à peine adulte. Je me sens chanceuse de vivre à une époque où l'âge ne semble plus avoir autant d'importance qu'avant, où chaque décennie est vibrante et apporte son lot de surprises. C'est ce qui m'a plu aussi dans l'idée de devenir égérie pour L'Oréal Paris : c'est une marque de beauté globale dont les ambassadrices proviennent non seulement de différentes nations, de différentes cultures mais représentent aussi tous les âges. Et il ne s'agit pas de femmes qui " ont l'air bien conservées pour 30, 50 ou 70 ans " comme on entend dire parfois, mais de personnalités bien dans leur peau. C'est un encouragement pour toutes à profiter de tous les instants. La perspective de la mort sans doute. On parle constamment de l'âge, à quel point c'est difficile de vieillir. Mais finalement ce n'est qu'une représentation progressive de la fin de l'histoire, de ce qui nous attend au bout. Quand vous êtes jeune, vous n'avez aucune conscience de la mort. Et le temps devant vous est synonyme de toutes les choses que vous allez un jour accomplir. Plus vous prenez de l'âge, plus les signes physiques du vieillissement apparaissent, plus vous réalisez, tout à coup, émotionnellement surtout, que tout est temporaire. Et que cela va vous arriver à vous aussi. Cette vie que vous vivez, ces choses qui vous appartiennent, ce que vous avez construit : rien de tout cela n'est éternel. C'est une chose importante à rappeler même lorsque l'on parle de beauté. Parce que la beauté, c'est bien plus que le simple physique. La beauté de quelqu'un, c'est avant tout ce qu'il est, comment il ou elle se voit, comment il ou elle se sent. Je ne crois pas, malheureusement, mais je ne peux parler que de ma propre expérience. Il y a longtemps que j'exerce ce métier maintenant et j'ai toujours trouvé du travail. Néanmoins, j'ai souvent entendu les acteurs, quel que soit leur âge et qu'ils soient hommes ou femmes d'ailleurs, dire à quel point il est difficile de décrocher des rôles intéressants. C'est oublier que le job de Hollywood ce n'est pas d'obtenir des rôles intéressants pour les acteurs mais de faire des films que les gens aimeront. Et de gagner de l'argent. Que les films mettent en scène des robots, des personnes âgées ou des teen-agers, les producteurs s'en fichent tant que cela rapporte. Heureusement, le public est aussi en demande d'histoires qui le touchent, qui parlent de gens de tous les âges. C'est pour cela que l'on a envie d'aller au cinéma. Dès qu'il s'agit d'une personne publique, tout est très documenté aujourd'hui. C'est bien simple, toutes ses apparitions télévisées, tous ses speechs se retrouvent sur Youtube. Je l'ai regardée, écoutée en boucle surtout, pendant des heures. Mais, au final, ce n'était pas tant un téléfilm sur Sarah Palin que sur le processus politique des élections aux Etats-Unis, sur la manière dont nous choisissons nos futurs leaders et sur la responsabilité des médias là-dedans. Je crois qu'il est grand temps de réformer le financement des campagnes politiques : cette fois encore, des milliards de dollars ont été claqués en campagnes publicitaires. Des fonds qui auraient sans nul doute été bien mieux utilisés autrement. Car, en fin de compte, tous ces spots n'ont rien changé : ce n'est pas grâce à eux que Barack Obama a été réélu. Je suis tellement soulagée surtout ! D'abord parce que Barack Obama incarne tout ce en quoi je crois : il se préoccupe d'éducation, de santé, il est soucieux du droit des femmes - une des premières lois qu'il a signées imposait une égalité de salaire pour un même travail -, il soutient le mariage pour tous, il est pro choice (NDLR : en faveur du droit à l'avortement). En réalité, ce qui m'a le plus choqué pendant cette campagne, c'est que le camp de Mitt Romney soit à ce point anti-femmes ! Je n'imaginais même pas qu'on puisse revenir sur certains acquis au XXIe siècle. Je suis fière surtout que Barack Obama ait été réélu : c'est un signal fort vis-à-vis des femmes et de toutes les minorités. L'Amérique n'est plus la même aujourd'hui : c'est la preuve que nous avons le pouvoir de faire changer les choses en votant. PAR ISABELLE WILLOT