Chanel le plus " couture "

La griffe au double C a décidément le sens de la mise en scène : elle accueille ses invités dans le décor second Empire d'une ancienne banque de la rue Cambon. On prend place autour de tables rondes couvertes de nappes en papier découpées façon feuillage. Sept mille fleurs, en papier blanc également, envahissent les murs et les colonnes. Très beau. Très pur. Les vêtements sont à l'unisson, tous d'un blanc immaculé ou d'un ivoire subtilement dégradé. L'émotion est à son comble. On retient son souffle devant ces corsages arachnéens, ces robes en rubans de dentelle de Calais, ces broderies de fleurs en relief, ces plumes peintes à la main et ces coiffes de camélias, de plumes ou de papillons (10 à 15 heures de travail par coiffe pour le plumassier Lemarié). Six silhouettes, toutes en lamé noir brillant, couronnent ce défilé époustouflant. " Cette collection met en avant les métiers qui sont l'essence de la couture. Elle agit, aussi, comme une page blanche et permet, par les temps agités et sombres, d'écrire quelque chose de neuf ", dixit Karl Lagerfeld, le directeur artistique. Sublime !
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La griffe au double C a décidément le sens de la mise en scène : elle accueille ses invités dans le décor second Empire d'une ancienne banque de la rue Cambon. On prend place autour de tables rondes couvertes de nappes en papier découpées façon feuillage. Sept mille fleurs, en papier blanc également, envahissent les murs et les colonnes. Très beau. Très pur. Les vêtements sont à l'unisson, tous d'un blanc immaculé ou d'un ivoire subtilement dégradé. L'émotion est à son comble. On retient son souffle devant ces corsages arachnéens, ces robes en rubans de dentelle de Calais, ces broderies de fleurs en relief, ces plumes peintes à la main et ces coiffes de camélias, de plumes ou de papillons (10 à 15 heures de travail par coiffe pour le plumassier Lemarié). Six silhouettes, toutes en lamé noir brillant, couronnent ce défilé époustouflant. " Cette collection met en avant les métiers qui sont l'essence de la couture. Elle agit, aussi, comme une page blanche et permet, par les temps agités et sombres, d'écrire quelque chose de neuf ", dixit Karl Lagerfeld, le directeur artistique. Sublime !Les Italiennes se sont déplacées en masse pour assister au défilé de " leur " self-made-man de la mode. Allure sobre, total look noir de rigueur, robes et tailleurs-pantalons coupés au cordeauà Quel contraste avec le spectacle sur le podium ! Giorgio Armani a tenu à rendre hommage à la Chine, son nouvel eldorado. Cheveux noirs coupés au carré ou chignon piqué d'un bandeau aigrette, les mannequins apparaissent dans des robes de sirène ou des jupes droites en soie laquée entravées sous le genou. Moult détails précieux retiennent l'attention : ceintures au fermoir en forme de dragon rouge, pompons de soie qui se balancent à la taille, épaules en pagode, motifs floraux d'inspiration Coromandel, broches accrochées au creux des reins... Dans le public, Glenn Close, Claudia Cardinale, Charlene - la fiancée du prince Albert II de Monaco -, Eric Cantona et son épouse, l'actrice Rachida Brakni applaudissent à cet exercice de style ultraraffiné. Comment concilier la philosophie de Christian Dior et l'esthétique des tableaux de Vermeer et Van Dyck ? Tel est le défi relevé par John Galliano. Dès les premières notes de La Maison où j'ai grandi, un des grands succès de Françoise Hardy, dans les années 1960, les premiers mannequins apparaissent pâles et cheveux flous, dans des jupes droites coupées sous le genou, le torse pris dans une veste Bar très cintrée, pièce iconique de Christian Dior. Des éclats de rire sonores fusent, çà et là, lorsque le tube des sixties est relayé par L'Amoureuse de Carla Brunià Une façon pour la maison de remercier la première dame de France pour la méga-pub planétaire - elle avait choisi Dior pour rencontrer la reine d'Angleterre - qu'elle lui a offerte l'an dernier ? Suivent des jupes aux métrages inouïs, des ourlets ondulant comme des vagues, des drapés, des feuilletés, des volutes, des grands cols foisonnant de guipure et de dentelle. Les colliers de perles évoquent les aristocrates flamandes de Van Dyck. C'est superbe, bien sûr, mais sir John a habitué son public à des " shows " plus extravagants. On l'a connu en meilleure forme.Regard brillant d'émotion, les spectateurs admirent l'extraordinaire créativité de l'enfant terrible de la couture. La collection est placée sous le signe de la résille et du filigrane. Les fourreaux, les trenchs, les robes longues, les combinaisons dévoilent des corps plus que parfaits à peine dissimulés derrière des motifs arachnéens d'une sophistication incroyable. Apparaît Inès de la Fressange, marchant très lentement, se penchant vers le public, distribuant des sourires enjôleurs, l'air de dire " Coucou, me revoilà ". Un tonnerre d'applaudissements accompagne le passage de la belle quinquagénaire, très élégante en fourreau à col de smoking asymétrique. A la sortie, on assiste à un mini-psychodrame. Les photographes, surexcités, hurlent en alternance " Kaïliiii " et " Looouuu " tout en mitraillant Kylie Minogue et Lou Doillon. Personne ne fait attention àCatherine Deneuve. Moue méprisante, drapée dans sa dignité et son vison, la star s'engouffre dans une limousine noireàSoulages, Brancusi, Ron Arad, Andrée Putman et l'art cinétiqueà Pour son premier défilé en tant que membre permanent de la haute couture (depuis décembre 2008), Stéphane Rolland s'est inspiré du beau monde. Les robes noires simplissimes animées de jeux de plissés évoquent les striures de la peinture au couteau de Soulages. Le sublime smoking au décolleté en U, en noir et blanc, rend hommage à Andrée Putman. On applaudit à l'apparition d'une spectaculaire robe rouge terminée par une longue traîne puis d'une robe blanche sertie de galets beiges et soulignée d'une fine ceinture laquée. Peu connu du grand public, Stéphane Rolland, âgé de 42 ans, a fait ses armes chez Jean-Louis Scherrer où il a tenu les rênes de la création pendant dix ans. Sa clientèle (la jet-set turque, chinoise, latino-américaine ainsi que quelques grandes dames d'Azerbaïdjan) devrait s'accroître prochainement, tant son style est moderne et non ostentatoire.Au couvent des Cordeliers, dans le quartier de l'Odéon, le sol est tapissé de milliers de pétales de roses en tissu. L'air embaumeà la rose. Le retard (en général une demi-heure) se prolonge. De guerre lasse, les hôtesses invitent le public debout à occuper les chaises vides. Dans une ambiance sombre et gothique, chère à Riccardo Tisci, sur fond de musiques orientalisantes, les mannequins défilent par thème chromatique, beige, blanc, parme délavé, céladon ou noir. Les silhouettes entièrement voilées de gaze de soie ou de dentelle transparente laissent entrevoir des bodys ou des robes Stretch, réalisés avec des bandes élastiques et des lanières de cuir noir. Une façon d'actualiser le concept, lancé par Hervé Léger il y a quinze ans. Ailleurs, des boutons surdimensionnés de cristaux vieillis retiennent les drapés des robes longues couleur lichen ou vert pomme délavé. Pas de paillettes ni de strass. Ici, le luxe se fait invisible. Fidèle à son habitude, le couturier a choisi le Centre Georges-Pompidou, dont il investit tout le rez-de-chaussée. A l'extérieur, des badauds scotchés aux baies vitrées profitent pleinement du show éblouissant. Une nuée de femmes-fleurs parées d'immenses boucles d'oreille strassées déboule sur le podium. La salle vibre d'émerveillement en découvrant progressivement ces drapés somptueux, ces n£uds liquides, ces jupettes froufroutantes et ces coups de pinceaux audacieux. Les couleurs virevoltent et les volumes dansent. " Ce n'est pas parce que la crise est là, qu'il faut se couvrir la tête de cendre, déclarait Christian Lacroix. J'aime être là pour colorier le monde. " Pari réussi. Que d'énergie, que d'optimisme, que de rêve dans ce fabuleux spectacle.Le couturier avait créé la surprise en ne présentant sa collection hiver 08-09 que sur le Net. Cette fois, il nous convie au cinéma Le Balzac. Dans le programme, on lit cette confidence : " Depuis des mois, je me demandais comment cette fois je pourrais aborder un nouveau chapitre de ma vie de couturier. Et puis cette idée un peu dingue de remplacer un défilé par un petit film est devenue évidente. " Le scénario de So what ? ! Vingt-trois noms de rues de Paris inspirent autant de sketchs muets, mettant en scène des vêtements. Une seule fille (Laetizia Venezia-Tarnowska) présente des tops, des vestes, une jupe sirène et un fourreau noir coupé dans le biais. On applaudit longuement le travail artisanal d'équipe, empreint de passion pour la perfection. Internet : www.francksorbier.com Barbara Witkowska