Souvenez-vous : nous sommes en 2001, au beau milieu de la saison 4 de la série culte Sex and the City, l'une des premières à avoir sorti la mode de son rôle de figuration. Sommée de trouver des fonds pour s'acheter un appartement, l'héroïne toujours sans le sou découvre avec effroi que si son compte est à sec, elle a en revanche " investi " plus de 50 000 euros en escarpins de luxe. Un fameux montant qui ne prend même pas en compte la valeur des tenues de créateurs qui occupent son dressing et qu'elle croit - bien à tort - perdue à jamais. Car s'il prenait aujourd'hui à ce personnage de fiction réputé pour son oeil averti et ses talents de chineuse l'envie de mettre aux enchères le contenu de sa garde-robe, il y a gros à parier qu'elle en tirerait un joli pactole.
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Souvenez-vous : nous sommes en 2001, au beau milieu de la saison 4 de la série culte Sex and the City, l'une des premières à avoir sorti la mode de son rôle de figuration. Sommée de trouver des fonds pour s'acheter un appartement, l'héroïne toujours sans le sou découvre avec effroi que si son compte est à sec, elle a en revanche " investi " plus de 50 000 euros en escarpins de luxe. Un fameux montant qui ne prend même pas en compte la valeur des tenues de créateurs qui occupent son dressing et qu'elle croit - bien à tort - perdue à jamais. Car s'il prenait aujourd'hui à ce personnage de fiction réputé pour son oeil averti et ses talents de chineuse l'envie de mettre aux enchères le contenu de sa garde-robe, il y a gros à parier qu'elle en tirerait un joli pactole. " En un peu plus d'une décennie, ce que l'on appelle le "vintage" a changé de nature et est devenu un véritable marché, confirme le collectionneur de prêt-à- porter Olivier Châtenet. Il suffit de regarder la cote des vêtements ! Une pièce que j'aurais achetée 20 euros début 2000 m'en coûtera dix fois plus aujourd'hui, c'est une certitude. Et l'on parle tout de même d'occasions, qui ont été portées. " L'époque bénie où l'on pouvait tomber dans une brocante de quartier sur un petit ensemble Cacharel ou Daniel Hechter est donc définitivement révolue, les créations des années 70 et 80 se retrouvant désormais presque exclusivement dans les boutiques et sur les sites spécialisés, voire, pour les plus iconiques, dans les salles de vente du monde entier. " Chacun sait qu'actuellement, on peut tirer quelque chose d'habits dont, il n'y a pas si longtemps encore, on se débarrassait pour rien ", poursuit le styliste parisien. Sans compter que parmi les acheteurs, on compte également les responsables des marques, qui essaient tant bien que mal de reconstituer leur patrimoine. " Lorsque je travaillais chez Thierry Mugler dans les années 80, il n'y avait pas d'archives, note-t-il encore. En fin de saison, ce qu'il restait des collections était donné aux rédactrices de mode et aux mannequins... et ce dont personne ne voulait finissait en boule dans des sacs plastiques. " Un constat qui n'étonnera pas Dominique Chombert, responsable du département Haute Couture auprès de la maison de ventes Cornette de Saint Cyr, à Paris. " Lorsque mon associée et moi avons ouvert le cabinet d'expertise Chombert & Sternbach, il y a vingt-cinq ans, nous nous étions spécialisées dans la fourrure, un métier par essence saisonnier, se souvient-elle. C'est comme cela que nous avons commencé à nous intéresser à la maroquinerie de luxe. A l'époque, cela ne serait venu à l'idée de personne de proposer dans une vente chez Drouot un sac Dior ou Vuitton ! On les retrouvait dans ce que l'on appelait les "mannettes", autrement dit des cartons ou des paniers en osier sans prix remplis de linge et de vaisselle dépareillée. Nous avons alors décidé de les sortir de là, de les dater et de les remettre en scène dans un écrin de luxe, avec des fiches descriptives les plus complètes possible. " Un sac qui, " en mannette ", aurait été estimé à une centaine de francs français d'alors - soit environ 15 euros - peut sans problème se négocier jusqu'à 1000 fois plus aujourd'hui, ces enchères ciblées devenant le théâtre de nouveaux records à vous donner le tournis, celui à battre étant détenu par un modèle iconique d'Hermès, un Birkin décliné en crocodile rouge de 30 cm, avec fermoir en or blanc incrusté de diamants, vendu 163 629 euros par la maison Heritage aux Etats-Unis. Si de tels montants restent exceptionnels - on se souvient par ailleurs du Kelly sérigraphié à l'effigie de la princesse de Monaco, adjugé 52 000 euros en 2007 au profit de l'association Une maison, une vie, et du Birkin autographié par la chanteuse elle-même, qui a atteint sur eBay les 111 500 euros, en faveur des victimes du tsunami de 2011 au Japon -, il n'est pas rare pourtant que les sacs de grandes marques trouvent preneur dans ces ventes à des prix équivalents si pas supérieurs à ceux d'un modèle neuf acheté en magasin. Un phénomène touchant plus particulièrement les modèles Birkin et Kelly qui ne s'obtiennent que sur commande, la maison parisienne ayant fait le choix historique de limiter drastiquement sa production afin de préserver la qualité de son artisanat. " Certaines personnes voient dans ces ventes aux enchères un moyen efficace de contourner les listes d'attente, reconnaît Dominique Chombert. N'oubliez pas non plus que la valeur des accessoires de luxe augmente (NDLR : entre 6 à 10 % chaque année selon les marques) plus vite que l'inflation ! Un produit peu porté et bien conservé peut donc voir sa cote monter rapidement. A l'inverse, c'est l'un des rares biens que vous pouvez utiliser sans retenue tout en restant soigneux et dont vous pourrez toujours obtenir un bon prix. " Ainsi, comme le rappelle notre experte, les ventes Hermès Vintage, semblables à celle qui vient de se dérouler à Bruxelles ce 19 novembre chez Cornette de Saint Cyr, permettent à des femmes qui n'ont pas les moyens de s'offrir un sac neuf de trouver leur bonheur et à celles qui rêvent de " revivre " l'expérience d'un achat en boutique de se constituer un petit pécule de départ en se défaisant d'un modèle qui ne leur plaît plus autant pour en acquérir un neuf. " La majorité de nos clients, comme ceux des autres grandes maisons, ne sont pas des spéculateurs, insiste-t-elle. Ils existent bien sûr mais ne sont intéressés que par les pièces les plus rares, comme le modèle Himalaya en cuir d'autruche blanc qui est parti à 15 000 euros, soit au-delà de l'estimation. Je savais avant la vente qu'il se vendrait à coup sûr. " Si l'essor du commerce en ligne, qui a permis une mondialisation de l'offre, a très certainement contribué à modifier la donne, les acteurs du secteur s'accordent aussi pour reconnaître que le temps nécessaire pour qu'un vêtement ou un accessoire soit considéré comme " vintage " s'est considérablement raccourci. " Alors qu'on considérait au début du siècle qu'il fallait au moins attendre quarante à cinquante ans avant qu'une pièce prenne de la valeur, des créations signées John Galliano ou Alexander McQueen se vendent déjà très cher, constate Olivier Châtenet. Martin Margiela est un autre très bel exemple : le Belge a été collectionné tout de suite car c'était l'un des créateurs les plus forts des années 90. A l'instar de Jean Paul Gaultier et Azzedine Alaïa parce qu'ils étaient en prise sur leur époque, comme Yves Saint Laurent a pu l'être avec la sienne. " Mieux vaudrait donc alors miser sur les jeunes créateurs mais surtout sur la rareté du produit si l'on espère un retour sur investissement lors de sa prochaine virée shopping. Au " it " bag assemblé à la chaîne en plusieurs millions d'exemplaires, les pros comme les amateurs éclairés préfèreront la pièce - pas toujours la plus chère d'ailleurs - plus typée réalisée à moins grande échelle. A ce titre, la dernière collection Homme du Belge Raf Simons - qui occupe la fonction prestigieuse de directeur artistique de Dior, chose qui ne peut avoir qu'un impact positif sur sa cote - réalisée en collaboration avec l'artiste Sterling Ruby fait déjà l'objet de spéculation. Cette capsule exécutée de concert - les deux amis ont promis qu'il s'agissait bien d'un one shot - comprend à la fois des modèles uniques, comme cette parka peinte à la main par l'Américain et vendue au prix de 22 254 euros, des modèles fabriqués en série strictement limitée car retravaillés par Sterling Ruby et d'autres, conçus à partir de simples imprimés. Après un début de saison un peu timide - les collectionneurs acharnés ayant eu la possibilité d'acheter chaque lundi à partir du 15 juillet dernier une sélection de pièces via un site Internet éphémère désormais fermé -, la boutique Stijl, à Bruxelles, a vu progressivement diminuer les piles de tee-shirts et de sweats sur ses étagères, certains modèles étant épuisés, et ce en dépit des prix nettement supérieurs à ceux demandés pour des pièces équivalentes les autres années. " Les clients qui achètent les modèles de la ligne de base, le font parce qu'ils leurs plaisent, la plupart du temps sans même savoir qu'il s'agit d'une collection particulière réalisée avec un artiste coté, nuance Hendrik, en charge du département Homme. Et, clairement, dans le but de les porter. En revanche, j'ai reçu des commandes spéciales, venant parfois de l'étranger, pour les vêtements édités en série limitée. Un Britannique notamment, collectionneur de Raf Simons, qui m'appelle chaque saison juste après le défilé pour choisir la pièce qu'il veut acquérir. Cette fois, il a choisi un caban et deux sweats très typés. J'avais aussi quatre sacs en magasin, trois d'entre eux se sont vendus tout de suite, malgré leur prix élevé. Acquis par des gens qui vont certainement les utiliser mais qui voient en parallèle en eux de potentiels collectors. " En s'associant ainsi à un artiste renommé, Raf Simons marche sur les traces de Marc Jacobs qui, pendant toute la durée de son " règne " de directeur artistique chez Louis Vuitton, a multiplié les collaborations, dopant l'intérêt du public pour les modèles de sacs classiques de la maison, tout en mettant sur le marché des produits rares susceptibles de voir un jour leur prix s'envoler, buzz à la clé... ce qui est toujours bon à prendre, dans les ventes aux enchères. " Un Keepall customisé par Yayoi Kusama en 2012 a aujourd'hui déjà triplé de valeur, confirme Dominique Chombert. Dans ce genre de collaborations, les marques spéculent aussi sur l'artiste sans pouvoir toujours préjuger de sa cote future. " Pour son dernier grand coup médiatique, le malletier français a en tout cas misé sur six valeurs sûres - Christian Louboutin, Karl Lagerfeld, Cindy Sherman, Frank Gehry, Marc Newson et Rei Kawakubo -, six " iconoclastes " chargés de bousculer juste ce qu'il faut son précieux monogramme. Une opération win-win qui ne nuit plus aujourd'hui à la carrière des artistes tant ces escapades en terre commerciale, loin de faire polémique, sont devenues la norme. Les créateurs eux-mêmes font d'ailleurs de plus en plus tôt leur entrée au musée et attirent les foules, comme en témoignent les récentes expositions consacrées à la carrière de Jean Paul Gaultier et Dries Van Noten. Une forme de sanctification qui ne peut que doper la valeur future des vêtements un jour aperçus aux cimaises du MoMA à New York ou des Arts Décoratifs à Paris. Autres " marqueurs " importants, les changements de directions artistiques qui signent aussi, d'une certaine manière, la fin d'une époque, tant les turnovers ont eu tendance à s'accélérer ces dernières années. " Quand Nicolas Ghesquière quitte Balenciaga pour entrer chez Louis Vuitton, c'est une "période" de son oeuvre qui se termine, pointe Olivier Châtenet. Il n'y a aucun doute que certaines de ses collections pour Balenciaga feront partie de ce qu'il faudra retenir de la mode des années 2000, comme ont pu l'être les jeans rebrodés à l'indienne de Tom Ford pendant ses années Gucci ou les corsets et la collection russe de Jean Paul Gaultier. " Pas partisan de la conservation muséale à tout prix, Olivier Châtenet qui possède aujourd'hui l'une des plus importantes collections de prêt-à-porter siglé Yves Saint Laurent mais également des vêtements de la même époque - celle où l'on ne parlait pas encore de designers mais de modélistes ou de stylistes - signés Kenzo, Sonia Rykiel, Emmanuelle Khanh ou Chloé par Karl Lagerfeld, insiste sur le fait qu'un vêtement, aussi précieux soit-il, ne vit que lorsqu'il remplit sa fonction : celle d'être porté. Sous peine, s'il reste enfermé dans sa housse, de n'avoir jamais existé.PAR ISABELLE WILLOT" La valeur des accessoires de luxe augmente plus vite que l'inflation ! " " Le temps nécessaire pour qu'un vêtement ou un accessoire soit considéré comme "vintage" s'est considérablement raccourci. "