Pendant les années 1960, le décor, lugubre à souhait, se serait prêté au tournage de " L'Espion qui venait du froid ". La base militaire de Brand, en RDA, à 60 km au sud de Berlin, était alors un des plus importants aérodromes stratégiques de l'ancien bloc soviétique. Aujourd'hui on pourrait y tourner un nouvel épisode de la saga des " Bronzés ". A moins que les bouleversements de ce site n'inspirent une de ces success story économiques qu'on magnifie dans la presse financière. Pensez donc : après la réunification allemande, la multinationale Siemens et ses associés ont voulu réhabiliter le dirigeable comme moyen de transport moderne en usant de cet ancien hangar d'assemblage de zeppelins. Mais, ce plan appelé CargoLifter ayant échoué ( lire l'encadré en page 58), le plus grand dôme autoportant du monde - déjà construit pour ce projet fou - abritera non pas des dirigeables géants dans ce hangar conçu pour devenir le deuxième plus grand bâtiment en volume apr...

Pendant les années 1960, le décor, lugubre à souhait, se serait prêté au tournage de " L'Espion qui venait du froid ". La base militaire de Brand, en RDA, à 60 km au sud de Berlin, était alors un des plus importants aérodromes stratégiques de l'ancien bloc soviétique. Aujourd'hui on pourrait y tourner un nouvel épisode de la saga des " Bronzés ". A moins que les bouleversements de ce site n'inspirent une de ces success story économiques qu'on magnifie dans la presse financière. Pensez donc : après la réunification allemande, la multinationale Siemens et ses associés ont voulu réhabiliter le dirigeable comme moyen de transport moderne en usant de cet ancien hangar d'assemblage de zeppelins. Mais, ce plan appelé CargoLifter ayant échoué ( lire l'encadré en page 58), le plus grand dôme autoportant du monde - déjà construit pour ce projet fou - abritera non pas des dirigeables géants dans ce hangar conçu pour devenir le deuxième plus grand bâtiment en volume après le hall de montage des Boeing, à Everett, près de Seattle, mais bien des légions de tou- ristes en mal d'exotisme. Ce virage à 180 degrés est l'£uvre d'un homme d'affaires malaisien. Colin Au est le président de Star Cruises, le troisième plus grand opérateur de croisières au monde qui exploite une vingtaine de paquebots. Lors d'un séjour en Allemagne à l'occasion de la commande de quatre nouveaux navires devant agrandir sa flotte, il est frappé par la météo particulièrement froide et maussade, qui lui donne une idée pour le moins originale : pourquoi ne pas importer au c£ur du continent européen l'atmosphère idyllique des îles tropicales ? Deux ans et 70 millions d'euros d'investissements plus tard, en décembre 2004, le paradis artificiel de Tropical Islands est ouvert à tous ceux qui n'ont pas envie de se faire vacciner pour aller goûter les charmes de la Thaïlande, de Bornéo, de Bali ou de la Polynésie. " Si tu ne pars pas en vacances, les vacances viendront à toi ", telle est l'idée qui a présidé à la création de ce Center Parc à la puissance 10 : sur 66 000 m2 au sol (360 mètres en longueur, 210 mètres en largeur, le " ciel " protecteur s'élevant à 107 mètres) est reconstitué un véritable biotope sous serre, moustiques en moins. Aucun détail n'est laissé au hasard. Une " mer du sud " artificielle de 4 000 m2 (l'équivalent de quatre piscines olympiques) invite à la baignade. En son centre émergent deux îles accessibles par un pont et servant aussi de scène à un spectacle avec danseurs, musiciens, acrobates... Elle est bordée d'une plage de sable fin équipée de centaines de transats. Un lagon tropical est truffé de cascades, d'une grotte, de bains bouillonnants. La température de l'air est d'au moins 25 °C, la température de l'eau est de 28 °C dans la " mer du sud " et de 32 °C dans le " lagon balinais ". Vingt mille plantes exotiques de plus de 500 espèces dépaysent plus d'un hectare, bénéficiant des conseils des experts en botanique les plus réputés. Un chemin d'un kilomètre de long serpente dans cette jungle où ont été transplantés deux arbres centenaires - des Ficus Thai - de 8 tonnes. Un village tropical comporte les répliques d'habitat typique de Thaïlande, de Bornéo, de Bali, de Polynésie, mais aussi des régions amazoniennes et du Kenya. Une plaine de jeux pour les enfants et des terrains de beach-volley agrémentent l'ensemble. Le site de Brand/Niederlausitz, à une heure de route de Berlin, est ouvert 24 h sur 24 et 365 jours par an. Le ticket d'entrée (autour des 20 euros, variable selon la saison, moins cher pour les enfants, gratuit pour les tout-petits) donne le droit de rester à Tropical Islands pour une durée illimitée. Cependant, pour faire vivre les nombreux restaurants (2 500 places) et bars du site, il n'est pas permis d'apporter ses propres vivres et boissons. Pour la nuit, il est possible de louer des tentes igloo et d'emprunter des matelas, mais on peut également dormir simplement sur une chaise longue au bord du lagon, doucement bercé par le bruit très réaliste des vagues et celui des animaux de la jungle diffusé par des haut-parleurs dissimulés dans la végétation. On s'y croirait... somme toute, les tropiques sans la dépense, la fatigue et les aléas du voyage, les inconvénients du décalage horaire, sans le risque d'être incommodé par des bestioles ou d'être mordu par un serpent, les catastrophes naturelles telles que tremblements de terre, cyclones ou tsunamis, ou bien encore les risques d'attentats terroristes... Bref, le paradis terrestre à quelques kilomètres de chez soi et le dépaysement garanti pour pas cher. Ambiance plaisante et décontractée, public familial... La formule est inédite en Europe - les Etats-Unis et le Canada comptent de nombreux parcs aquatiques géants - et le succès commercial est au rendez-vous. D'après les promoteurs, la fréquentation annuelle devrait bientôt atteindre les 2,4 millions de visiteurs. Internet : www.my-tropical-islandsWalter Simonson