UN SALUT

Celui des petites mains des ateliers Dior, des artisans en blouse blanche que l'on n'a guère l'habitude de voir ainsi applaudis/applaudir à la fin du défilé (mis à part chez Maison Martin Margiela). C'est que chez Dior, on sait comment transformer un scandale en opportunité. Exit John Galliano, voici " le c£ur de la maison " qui porte " sans compter les heures les valeurs de Christian Dior ". Le début d'une nouvelle ère ?
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Celui des petites mains des ateliers Dior, des artisans en blouse blanche que l'on n'a guère l'habitude de voir ainsi applaudis/applaudir à la fin du défilé (mis à part chez Maison Martin Margiela). C'est que chez Dior, on sait comment transformer un scandale en opportunité. Exit John Galliano, voici " le c£ur de la maison " qui porte " sans compter les heures les valeurs de Christian Dior ". Le début d'une nouvelle ère ?Tout est noir - la forêt d'arbres au fusain, comme calcinés par une éruption volcanique, les graviers et les cailloux de lave, les jeans, les vestes en tweed, les jumpsuits, la dentelle, le gazar et les boots. Chanel est passé du côté obscur de la force. " Ce n'est pas du noir, affine Karl Lagerfeld, mais du gris. " On nuance donc. La fourrure a toujours la cote. Mais lors du retour du grand froid, elle sera accompagnée - de cuir, de drap de laine, qu'importe. Les créateurs travaillent l'effet de contrastes et proposent des vêtements bi-matières. Mention toute particulière aux manches volumineuses en poil (Versace, en photo) ou aux cols colorés qui tiennent chaud autant qu'ils enjolivent la silhouette. Voire plusieurs collages. Dries Van Noten, en chef de file, n'a peur de rien, surtout pas du choc des civilisations. Sur ses tissus, se superposent, s'opposent, se marient des imprimés bonsaï, ikat, pop, années 50 et motifs plume. Un métissage au fil près, une leçon de maître.Du cuir, oui, mais à condition qu'il soit laqué, ciré, lustré. Tellement brillant qu'on le dirait mouillé. S'en donnent à c£ur joie Roberto Cavalli (photo), Prada, Versace ou Marc Jacobs. À noter que les matières techniques, d'aspect vinyle ou latex, ne sont pas non plus en reste. Dans un décor grand hôtel, noir et or, un lobby avec ascenseurs en fer forgé et grooms de service, plus soubrettes au plumeau, mannequins enchaînés à leur sac et Kate Moss en dernier passage, clope à la main et mini-short aux fesses. La version théâtrale du fétichisme Louis Vuitton selon Marc Jacobs, plus " fit " que jamais.La mini a vécu, sur les podiums. L'heure est à la jupe midi, soit longueur genou, voire en dessous. Si le format évasé à plis - qui s'ouvre en corolle lorsque l'on tourne sur soi-même - se retrouve de temps à autre, l'heure est plutôt au modèle près du corps (Emporio Armani, en photo). Et tant pis si c'est plus difficile pour marcher ! Les Fashion Weeks ne se limitent pas aux défilés. Présentations, inaugurations et soirées viennent compléter l'agenda. Pour fêter avec faste ses 90 ans, Gucci a ainsi convié presse et VIP à admirer son nouveau bébé : la mythique Fiat 500, revue et corrigée par Frida Giannini, directrice artistique de la griffe (en photo, accompagnée de Lapo Elkann, héritier de la marque de voiture). Ou la rencontre de deux monstres sacrés du made in Italy. S'il ne faut en garder qu'un, ce serait celui-là : le chapeau. Stetson, Trilby, bonnet de bain, béret, ou casquette modernisée comme chez Hermès (photo). L'hiver prochain, on sort couvertes ! Une aube pâle se lève sur un vieux et magnifique saule pleureur sorti des brumes. Dessous, immobile, une fille en manteau court, droit, et chapeau de feutre à larges bords. On retient son souffle. On est ailleurs, chez Lanvin, là où " l'élégance traditionnelle " respire la contemporanéité. L'évidence, avec racines. Le vestiaire masculin ne lasse pas les créateurs. Chez Salvatore Ferragamo, Dolce & Gabbana (photo) ou encore Paul Smith, maître en la matière, on trouve des imprimés prince-de-galles, pantalons à pinces, manteaux d'officier, costumes, chemisiers boutonnés jusqu'au col... Les références sont légion mais pas d'abus de testostérone pour autant. Pièces transparentes ou jupes fendues apportent un contre-pied sensuel et féminin à la tendance. Bourgeoise. Et résolument lavallière. Mais avec un je-ne-sais-quoi de débridé instillé là par Jean Paul Gaultier d'humeur taquine. Nul n'interdit l'effeuillage, la néo-B. sait y faire. Son chignon banane de cheveux gris bécebèges ne bougera pas d'un poil, quoi qu'il arrive, prenez-en de la graine. Bordeaux, voire amarante, grenat ou carrément carmin. En tout cas, un ton au-dessus de celui de l'été. Mais toujours dans le champ chromatique du rouge, que New York a d'ailleurs préféré. Elie Saab soigne les détails et les accessoires de bon ton. Le monochrome en grand cru. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK