"Pour les anciens propriétaires, cette maison était une seconde résidence qu'ils occupaient lors de leurs séjours en Belgique. On ne peut décemment mener un projet d'aménagement de jardin comme celui-ci si on n'y réside pas ", affirme l'actuelle maîtresse des lieux.
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"Pour les anciens propriétaires, cette maison était une seconde résidence qu'ils occupaient lors de leurs séjours en Belgique. On ne peut décemment mener un projet d'aménagement de jardin comme celui-ci si on n'y réside pas ", affirme l'actuelle maîtresse des lieux. Début 2000, le couple recherchait une propriété à la campagne, disposant d'une habitation de taille suffisante pour accueillir enfants et petits-enfants. Une vraie maison de famille. Lorsqu'il s'en porte acquéreur, l'ensemble de plusieurs hectares comporte des bois, une grande prairie émaillée d'un verger, un chapelet de plans d'eaux animé d'un élégant pavillon, des arbres centenaires et un quadrilatère ceint de murs comportant deux allées en croix. C'est à cette partie, proche de la maison, qu'ils s'attellent en priorité. " Ce qui importe d'évidence, c'est le contact immédiat avec les plantes. Nous avons accolé à la bâtisse une grande terrasse, de sorte que l'on puisse participer à la vie du jardin, voir évoluer les floraisons, humer les parfums qu'elles exhalent " précise le propriétaire. Le grand rectangle est d'abord divisé en deux zones. Dans l'axe de la demeure, la plus grande partie purement ornementale. A l'est de celle-ci, un potager conçu comme autrefois, mêlant parterres de fleurs et rangées de légumes. Le printemps y offre des brassées de pivoines et l'été, des gerbes de Delphinium. Pour l'automne, le long du mur sont plantés quantité d'Hydrangea quercifolia (hortensia). " J'adore l'Hydrangea sous toutes ses formes. De part et d'autre du chemin d'accès à la maison, je viens de planter des paniculata. Ailleurs, la variété " Annabelle ", qui est une plante extraordinaire pour la confection de bouquets, frais ou séchés. Avec ces derniers, l'automne venu, j'en fais d'ailleurs des brassées entières, qui décorent la maison tout l'hiver ", confie la maîtresse des lieux. Les bouquets sont ici une des raisons premières de ce jardin. Sa propriétaire a d'ailleurs implanté au-delà d'une haie de Taxus - qui masque aussi la piscine -, des parcelles de fleurs à couper : les Dahlias, les rosiers tiges, les Phlox et les Iris se succèdent ainsi de part et d'autre d'une allée. Pour faciliter à la fois l'entretien et la cueillette, les rangées de rosiers et d'Iris sont séparées par de longues planches peintes en blanc, posées sur la terre. L'effet est magnifique. " J'ai dessiné - à l'échelle - la forme des parterres dans lesquels je souhaitais placer arbustes et vivaces. Soit quatre larges U tracés dans la largeur de la parcelle. Afin de les séparer, j'ai placé au centre un long bassin rectangulaire. Il répond à un autre axe que nous avons tracé dans le bois. Cette petite forêt étant située trois mètres au-dessus du niveau du jardin, nous avons légèrement creusé entre les arbres pour accentuer l'effet de l'allée. Pour y accéder, nous avons établi un escalier bordé par deux coussins de Lonicera nitida ", souligne notre hôtesse. Les plantations sont organisées au sein de quatre grands parterres bordés d'un liseré en buis. Des centaines de vivaces fleurissent. On trouve ainsi des masses de Geranium, des Lupinus, des Aquilegia, des Aster, des Sedum, des Thalictrum... ou de simples marguerites. Mais ce qui séduit le plus, ce sont les rosiers qui fleurissent de longs mois durant. " Dans les parterres, vous rencontrez essentiellement des remontants. J'ai banni les couleurs jaune et orangé. Par contre, vous trouverez du blanc, du crème, du rose et, à l'autre extrémité, des rouges très foncés. Parmi ceux-ci je pense à Nuits de Young, The Dark Lady, Tradescant ou Rhapsody in Blue, plus violacé ", signale la propriétaire. Notre jardinière, qui aime aussi " Cornelia " et " Penelope ", deux rosiers de Pemberton, recommande " Françoise Drion ", un autre hybride de moschata dédié par le pépiniériste Louis Lens à une de ses amies. " Un jardin a aussi besoin de verticales. C'est pourquoi vous croisez ici de nombreux supports qui accueillent clématites, rosiers grimpants ainsi que quelques annuelles comme Rhodochiton atrosanguineum ou les incomparables pois de senteurs. Pour garantir une structure toute l'année, restent les arbustes. Pour la sortie de l'hiver, j'ai ainsi choisi Lonicera fragrantissima, aux toutes petites fleurs ou Exochorda racemosa, à la floraison blanche tout à fait spectaculaire. Pour l'automne, j'ai opté pour Leycesteria formosana que j'ai aussi planté sous sa forme dorée. Mais vous rencontrerez par ailleurs des plantes aussi banales que Buddleia davidii. Il pousse comme de la mauvaise herbe mais j'aime sa profusion et, sans doute davantage, les papillons qui le butinent ! " concède la propriétaire. " Comme les Britanniques, j'aime tout autant qu'une mésange se sente tellement à l'aise qu'elle se pose sur un arbuste proche de vous. Nous alimentons ainsi régulièrement des mangeoires. En hiver, nous prévoyons un appoint de nourriture pour les canards sauvages. Et puis, il y a tous les fruits de ces arbustes que j'ai plantés à leur intention. " C'est ainsi que ce jardin dégage, au fil des saisons, un mélange de spontanéité et de rigueur, à l'image des deux personnalités qui s'en occupent au quotidien. " Notre jardinier adore ce qui est structuré. Il suffit d'observer la manière dont il organise le potager, le soin avec lequel il réalise les supports en bambou pour les vivaces hautes. C'est aussi lui qui a eu l'idée de planter de petits panneaux pour numéroter les entités du jardin clos. Il y en a 23. Lorsque je me promène, il est ainsi aisé de noter qu'il faut, par exemple, ajouter quelques Nicotiana dans le numéro 17. Ou de lui demander de semer des bourraches à la volée pour combler un trou. J'aime que les parterres débordent de vie, de générosité ", conclut notre hôtesse. Texte et photos : Jean-Pierre Gabriel