Il n'y a pas plus étrange objet artistique, quand on y pense, qu'un maquillage de défilé. Visible aux quatre coins du monde par réseaux sociaux interposés dès que la première silhouette apparaît sur le catwalk, il doit faire parler de lui, mais pas trop, pour ne pas écraser les vêtements de la collection. Offrir aussi un peu de rêve griffé à celles qui n'auront, bien souvent, que cette porte d'entrée-là pour s'inviter dans l'univers d'un créateur qui les fascine, et sans doute plus encore quand le show est inscrit au calendrier exclusif de la haute couture parisienne. S'il fallait encore démontrer la puissance du tailoring de l'empereur de la mode italienne, la force tranquille des tailleurs-pantalons du défilé Armani Privé automne-hiver 16-17 suffisait à redéfinir les contours d'une féminité conquérante, aux accents un brin eighties, plus que bienvenue en ces temps où les droits des femmes semblent à nouveau chahutés. La mise en beauté se devait d'être à l'avenant : pure, sans faille, presque dure dans le regard. Un look imaginé par la make-up artist Linda Cantello et peaufiné jusque dans les moindres détails alors que les premiers invités commençaient déjà à s'installer. En backstage, le calme règne pourtant, l'équipe, il est vrai, est entre de bonnes mains. Celle que l'on surnomme " The Queen " sait ce que déléguer sans démissionner veut dire : c'est en observant ses gestes que ses assistants se familiarisent avec les subtilités du maquillage à reproduire sur une bonne trentaine de filles de carnations et de phénotypes différents. Si ça coince, elle est la première à donner un petit coup de pinceau là où il faut, jusqu'à ce que toutes les filles s'alignent, prêtes à ent...

Il n'y a pas plus étrange objet artistique, quand on y pense, qu'un maquillage de défilé. Visible aux quatre coins du monde par réseaux sociaux interposés dès que la première silhouette apparaît sur le catwalk, il doit faire parler de lui, mais pas trop, pour ne pas écraser les vêtements de la collection. Offrir aussi un peu de rêve griffé à celles qui n'auront, bien souvent, que cette porte d'entrée-là pour s'inviter dans l'univers d'un créateur qui les fascine, et sans doute plus encore quand le show est inscrit au calendrier exclusif de la haute couture parisienne. S'il fallait encore démontrer la puissance du tailoring de l'empereur de la mode italienne, la force tranquille des tailleurs-pantalons du défilé Armani Privé automne-hiver 16-17 suffisait à redéfinir les contours d'une féminité conquérante, aux accents un brin eighties, plus que bienvenue en ces temps où les droits des femmes semblent à nouveau chahutés. La mise en beauté se devait d'être à l'avenant : pure, sans faille, presque dure dans le regard. Un look imaginé par la make-up artist Linda Cantello et peaufiné jusque dans les moindres détails alors que les premiers invités commençaient déjà à s'installer. En backstage, le calme règne pourtant, l'équipe, il est vrai, est entre de bonnes mains. Celle que l'on surnomme " The Queen " sait ce que déléguer sans démissionner veut dire : c'est en observant ses gestes que ses assistants se familiarisent avec les subtilités du maquillage à reproduire sur une bonne trentaine de filles de carnations et de phénotypes différents. Si ça coince, elle est la première à donner un petit coup de pinceau là où il faut, jusqu'à ce que toutes les filles s'alignent, prêtes à entrer en scène. Un instant enivrant dont elle ne se lasse jamais. Compte à rebours enclenché. " Quelques semaines avant le défilé, nous recevons les premières notes d'intention, parfois accompagnées de l'un ou l'autre échantillon de tissus qui seront utilisés pour la fabrication des tenues, et, si nous avons de la chance, une photo d'inspiration ! Il ne s'agit jamais d'instructions à suivre à la lettre, cela nous donne davantage une impression de ce que sera la collection. Cela me sert de point de départ pour imaginer un premier draft make-up. " " C'est véritablement dans les quelques jours qui précèdent le jour J que tout se joue. D'habitude, je retrouve Orlando Pita, le hair stylist, le samedi qui précède le show pour jeter un coup d'oeil aux silhouettes, et nous revenons ensemble le lendemain pour assister à un fitting rapide et faire de premiers essais cheveux. Mais pour des questions d'agenda, cette fois-ci, nous avons dû tout concentrer le samedi. Le maquillage avait été validé par monsieur Armani dans la foulée, malheureusement sans que tous les essais lumière aient pu être réalisés. Le problème lorsque l'on imagine un look sous un vilain éclairage, une fois sur le catwalk, le résultat peut s'avérer très différent de ce que l'on imaginait. Lorsque nous sommes arrivés le mardi matin à 6 h 30, nous avons dû procéder à une série d'ajustements : j'ai d'abord rendu le regard plus sombre. Mais c'était trop dur car le reste du look était nude. Tout était focalisé sur les yeux. J'ai diminué l'intensité du noir sur les paupières, ajouté du blush, joué avec différentes nuances de rouge sur les lèvres. Nous étions prêts quelques minutes avant le début du défilé. " " Monsieur Armani est de plus en plus fier de l'ADN de sa maison, il sait ce qu'il fait, il sait ce qu'il est. Et ce qu'il recherche de plus en plus, c'est à vraiment embellir les femmes, à travers le maquillage également, et certainement pas à être trendy à tout prix. Il n'est pas du genre à demander des make-up extravagants comme peuvent le faire certains fashion freaks. Il est tout à fait conscient que ce que l'on peut voir dans les photos de mode n'est pas toujours en phase avec ce à quoi aspirent les femmes dans la vraie vie. Il veut à la fois que les looks que nous proposons soient portables, mais aussi que le maquillage soit un accessoire au service des femmes. Sans que ça prime sur le vêtement, ni l'inverse d'ailleurs. Ce qui compte finalement, c'est la vue d'ensemble. Derrière tout cela, il y a toujours l'idée de ne jamais en faire trop, de baisser le volume si l'on peut dire. " " Cela fait sept ans que je crée le maquillage de tous les défilés et que je gère la cabine (NDLR : l'ensemble des mannequins choisis pour un show). J'ai travaillé pour d'autres maisons où tout était très dramatique en coulisses. Chez nous, c'est toujours calme car monsieur Armani aime que tout le monde soit bien prêt à l'heure et je sais de combien de temps j'ai besoin. L'expérience m'a aussi appris que cela ne sert à rien de paniquer ni de devenir complètement hystérique même si vous devez prévoir un changement de dernière minute. C'est ma responsabilité de faire en sorte que cela fonctionne : je suis la main de sa vision. Je comprends aussi de mieux en mieux son esthétique et je suis tout à fait consciente de ce qu'il n'aime pas du tout ! Il déteste les fards lourds qui créent un effet masque sur le visage : le teint doit être le plus naturel possible. Si l'on part sur du nude, il faut que cela ne se voie pas, même s'il y a un énorme travail de make-up derrière. Jamais d'eye-liner qui remonte non plus, il préfère un trait droit, il trouve que cela rend le regard plus beau. Avec lui, il n'y a pas de place pour la demi-mesure. Suivre le gimmick du moment ne l'intéresse pas. " " Armani Privé est le joyau de sa couronne. Il en est très fier et y consacre beaucoup de temps. Du côté de la cabine maquillage, il y a peut-être un peu plus de pression parce qu'il veut que tout soit parfait. Mais c'est le cas en prêt-à-porter aussi, où il y a plus de filles à maquiller sur les défilés, jusqu'à 65 parfois. En haute couture, le show est plus édité. Cette fois-ci, il y avait 70 passages et 37 modèles avec nous. Sur Emporio comme sur Privé, il exige la même précision : j'engage simplement plus de make-up artists pour m'assister. " " Normalement, chaque assistant prend en charge 2 à 3 looks. Sur le show automne-hiver 16-17, ils étaient 21, certains avec lesquels je travaillais pour la première fois. L'une d'elles a mis trois heures pour maquiller une fille, c'est ingérable évidemment. Le show reste le meilleur test, ça passe ou ça casse. Mais d'habitude, ça roule plutôt bien. Je leur expose le mood board ainsi que les photos qui ont été prises lors des premiers essayages. J'explique comment réaliser le look étape par étape sur un mannequin à l'aide de tous les produits que chaque make-up artist aura à sa disposition. Il ne leur reste plus ensuite qu'à reproduire mes gestes. Tout le monde travaille avec le même matériel pour garantir l'homogénéité du résultat final. La première fille prend toujours un peu plus de temps à maquiller mais en principe, une heure suffit. Pendant que l'équipe bosse, je fais le tour, je vérifie en continu ce qui se passe, je conseille, je corrige. Chaque modèle doit m'être montré pour que je puisse le valider. " " Pendant le prêt-à-porter, nous avons pris l'habitude, depuis quelques saisons, de créer des produits pour le show grâce à notre Lab Armani Runway, une gamme de pigments et de textures qui nous permet d'imaginer sur place des fards qui font l'objet ensuite d'une édition limitée. Mais sur le défilé Privé, j'ai choisi de mettre en avant des nouveautés, comme le rouge Lip Magnet, que j'ai utilisé tant sur les lèvres que sur les joues ou la palette yeux pour les fêtes (lire par ailleurs). C'est un maquillage classique et très couture à la fois : dans toutes mes mises en beauté, il y a toujours un twist Armani, comme l'attention portée aux sourcils, la peau très naturelle et glowy. " " Je ne me lasse pas de travailler sur les défilés. J'y vais toujours avec le même plaisir, la même excitation. C'est un challenge à chaque fois bien sûr, car il faut trouver ce petit détail qui fera la différence. Je ne sais pas expliquer comment je fais, ça se passe, c'est tout, c'est d'ailleurs sans doute pour cette raison que je suis depuis si longtemps dans ce métier. J'aime surtout le moment où toutes les filles sont alignées, prêtes à partir sur le catwalk. Tout fait sens soudainement, un peu comme les pièces d'un puzzle qui s'emboîtent parfaitement. On a comme le sentiment du devoir accompli. " PAR ISABELLE WILLOT" LE MAQUILLAGE, UN ACCESSOIRE AU SERVICE DES FEMMES. " " JE COMPRENDS DE MIEUX EN MIEUX L'ESTHÉTIQUE DE MONSIEUR ARMANI. "