QUI ?

D'Eli Lotar - de son vrai nom Eliazar Lotar Teodorescu -, on ne sait hélas pas grand-chose. Au contraire d'un Man Ray se racontant à la faveur d'un Autoportrait en 1963, ce photographe d'origine roumaine n'a laissé aucun commentaire sur son oeuvre, c'est à peine s'il avait conscience d'en laisser une derrière lui. Indéniablement, cette dimension humble et instinctive contribue à fai...

D'Eli Lotar - de son vrai nom Eliazar Lotar Teodorescu -, on ne sait hélas pas grand-chose. Au contraire d'un Man Ray se racontant à la faveur d'un Autoportrait en 1963, ce photographe d'origine roumaine n'a laissé aucun commentaire sur son oeuvre, c'est à peine s'il avait conscience d'en laisser une derrière lui. Indéniablement, cette dimension humble et instinctive contribue à faire de son regard l'un des plus intéressants qui fut posé sur le siècle précédent. Né à Paris, Lotar a suivi ses études à Bucarest. Ce n'est qu'en 1924 qu'il s'installe définitivement dans la capitale française. Sa carrière, si ce mot a un sens dans son cas, a débuté en 1927 en compagnie de la photographe allemande Germaine Krull avec laquelle il eut une liaison. Tout au long de son existence, il a fréquenté de nombreux artistes, d'Alberto Giacometti - qui réalisa trois sublimes bustes de lui, dont l'un est présenté à la fin de l'accrochage que lui consacre le Jeu de Paume, à Paris - à Jacques Prévert, en passant par Antonin Artaud. Le corpus esthétique de Lotar n'a cessé de se transformer au fil du temps. Très graphiques au départ, ses images ont progressivement évolué vers la narration et le documentaire. Il faut également souligner une forte dimension d'engagement politique et social chez lui. Découpée en quatre sections, l'exposition examine en profondeur l'univers visuel d'un artiste qui peut être légitimement considéré comme " à l'avant-poste du modernisme ". Pour ne pas manquer une miette d'une série telle que La Villette, qui plonge le spectateur au coeur des abattoirs du même nom. Dures, les images témoignent d'un réalisme cru d'où surgit le beau, comme par magie. Même fascination pour ses clichés d'Aubervilliers en 1946, époque où la ville se partageait entre taudis et déglingue. Eli Lotar (1905-1969), Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, à 75008 Paris. www.jeudepaume.org Jusqu'au 28 mai prochain. M.V.