En flânant à Venise le long du Grand Canal on remarque, sur la façade d'un palais proche de l'Academia, une peinture en mosaïque de verre XIXe soulignée, en lettres dorées également en mosaïque de verre, du nom de Salviati. Passionné d'art, avec un sens aigu du marché et des relations publiques, Antonio Salviati, avocat à Vicenza, entreprend au XIXe siècle, de relancer l'art du verre à Venise. L'émigration des maîtres verriers, l'engouement pour le verre de Bohême et le cristal taillé anglais, très en vogue à l'époque, avaient tendance à l'évincer.
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En flânant à Venise le long du Grand Canal on remarque, sur la façade d'un palais proche de l'Academia, une peinture en mosaïque de verre XIXe soulignée, en lettres dorées également en mosaïque de verre, du nom de Salviati. Passionné d'art, avec un sens aigu du marché et des relations publiques, Antonio Salviati, avocat à Vicenza, entreprend au XIXe siècle, de relancer l'art du verre à Venise. L'émigration des maîtres verriers, l'engouement pour le verre de Bohême et le cristal taillé anglais, très en vogue à l'époque, avaient tendance à l'évincer. L'aventure d'Antonio Salviati commence en 1859 avec la mosaïque de verre. En 1860, plus de deux cents artisans travaillent à la manufacture, dans un studio de mosaïque dirigé par son associé et maître mosaïste Lorenzo Radi. Celui-ci a découvert les secrets byzantins de la transformation en pâte de verre de pierres telles que l'aventurine, l'onyx, la malachite ou la calcédoine. Un an plus tard, un chantier cher à Salviati vient couronner son succès : ses pièces émaillées ont été choisies pour la restauration de la basilique San Marco. En même temps, à Murano, fondé par le maire de la ville, désireux de stimuler, lui aussi, l'industrie du verre, un musée voit le jour. Le musée Vetrario accueillera des pièces datant de l'Empire romain, exhumées de fouilles archéologiques, ainsi que des joyaux de la Renaissance, donations des familles vénitiennes. Dans ses archives, des documents retracent l'art du verre au fil du temps. Pour Antonio Salviati, c'est l'occasion rêvée. En complément du musée, il crée une école de design gratuite, destinée aux jeunes artistes. Ils sont autorisés à y copier les pièces anciennes tout en étudiant les principes de la décoration sur verre et peaufinant leur art. Parallèlement, il ouvre un four et, avec les maîtres verriers qui ont survécu au déclin, commence à produire de petites quantités de pièces en verre soufflé, d'après les originaux d'époque romaine et de la Renaissance. Lors des multiples expositions internationales, la qualité Salviati est louée par la presse étrangère - qui alerte cependant les collectionneurs sur leur fidélité à l'original. Très vite, des boutiques s'ouvrent à Paris, Londres et New York. Entouré des très talentueux frères Barovier, maîtres souffleurs hors pair, Antonio Salviati développe une collection de gobelets, de verres à pied, de coupes, de chandeliers et de vases, incisés et décorés à l'or fin, ainsi que quelques pièces uniques. Après sa mort, la manufacture poursuit son essor avec Maurizio Camerino. Celui-ci privilégie la création de pièces d'envergure, comme les luminaires et les chandeliers, abandonnant peu à peu l'activité de mosaïque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la manufacture suspend sa production et est sérieusement endommagée. La famille Camerino, toujours décisionnaire, choisit de la reconstruire. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Luciano Gaspari comme directeur artistique qu'elle connaît un nouvel essor. Celui-ci fait appel aux architectes d'intérieur Romano Chirivi et Sergio Asti pour la conception de nouvelles pièces. Les objets Salviati jouent sur le contraste, celui des couleurs, des types de verre, transparent et opaque, ou des finitions, brillantes ou mates. Ils reflètent aussi le savoir-faire vénitien, par l'utilisation de nombreuses techniques traditionnelles : " sommerso ", immersion de la boule de verre dans les moules contenant la couleur ; " incarmiciato ", du verre transparent de couleur sur du verre blanc opaque ; " cana ", décor de fines baguettes de verre ; " battuto ", entailles décoratives ; " pulegoso ", inclusion de bulles dans la masse. Avec le dynamisme insufflé par Luciano Gaspari, la collaboration avec les designers et architectes est renforcée et, à partir de 1995, la nouvelle aventure de Salviati commence. Johanna Grawunder, Marie-Christine Hamel, Piero Gaeta et Giovanni Levanti collaborent à plusieurs reprises. En 1999, Simon Moore devient directeur artistique. Le designer du verre anglais organise une exposition " Salviati Meets London ", en collaboration avec la galerie Vessel de Londres. Tom Dixon, Nigel Coates, Tordj Boontje, Anish Kapoor et Simon Moore lui-même réalisent des pièces uniques, chacun à sa manière réinterprétant le verre vénitien. L'expérience s'est renouvelée depuis lors à Milan, New York ou Londres, avec notamment la participation des designers Ingo Maurer, Ted Muehling et Johanna Grawunder. Reflets à suivre... Milu Cachat