Daniël Ost a conquis la planète. Ce créateur belge, qui a réussi à faire reculer les frontières de l'art floral classique, travaille sur des projets prestigieux et pour des clients fortunés dans le monde entier. C'est aussi lui qui a réalisé les somptueuses décorations florales des mariages des princes Philippe et Laurent. Un nouveau défi ? Ce 3 septembre, Daniël Ost inaugure une boutique au c£ur de Bruxelles : dans le magasin Art nouveau conçu, en 1896, par le célèbre architecte Paul Hankar pour la chemiserie Niguet (il a aussi longtemps abrité " Les Fleurs d'Isabelle De Backer ") et entièrement restauré d'après les plans d'origine.
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Daniël Ost a conquis la planète. Ce créateur belge, qui a réussi à faire reculer les frontières de l'art floral classique, travaille sur des projets prestigieux et pour des clients fortunés dans le monde entier. C'est aussi lui qui a réalisé les somptueuses décorations florales des mariages des princes Philippe et Laurent. Un nouveau défi ? Ce 3 septembre, Daniël Ost inaugure une boutique au c£ur de Bruxelles : dans le magasin Art nouveau conçu, en 1896, par le célèbre architecte Paul Hankar pour la chemiserie Niguet (il a aussi longtemps abrité " Les Fleurs d'Isabelle De Backer ") et entièrement restauré d'après les plans d'origine. La vitrine du 13, rue Royale sera un véritable enchantement. " J'ai spécialement réservé des fleurs au Japon, d'une qualité et d'un raffinement fantastiques, qu'il n'est pas possible d'atteindre hors de ce pays. Il y aura aussi une composition à base de potirons de couleurs très particulières. Un de mes amis ( NDLR : l'ancien commissaire européen Karel Van Miert), passionné de jardinage biologique, les a cultivés et choyés pour qu'ils soient prêts à cette date. " Rien n'a donc été laissé au hasard, à commencer par les trente mois de travaux qui ont été nécessaires pour rendre au lieu son aspect originel, tel que Paul Hankar l'avait dessiné. " J'ai pu compter sur le soutien sans failles de la Ville de Bruxelles, souligne Daniël Ost. L'échevin Dallemagne, responsable des propriétés privées de la Ville, a immédiatement été séduit par l'idée de dédier cet espace à une boutique de fleurs. Les architectes du patrimoine sont intervenus pas à pas, garants de la fidélité aux plans et dessins de Paul Hankar. La devanture était intacte. Mais, avec le temps, toutes ces boiseries si délicates s'étaient déformées. Il a donc fallu démonter entièrement la devanture, puis la refaire à l'identique. " Pour l'intérieur, les travaux ont été bien plus importants. Pour des raisons qu'on s'explique mal û si ce n'est l'antériorité au classement û, les armoires du chemisier, les balustrades, les lambris de l'étage avaient été détruits, comme le sol dont il ne reste aucune trace. Fort heureusement, trois couches de peintures successives n'ont pas eu raison des frises du plafond à l'entrée. Un patient décapage a permis de les restituer aussi belles qu'au premier jour. Daniël Ost témoigne de sa satisfaction pour l'£uvre accomplie. " On peut à nouveau se rendre compte de la modernité d'Hankar et des in-fluences qu'il subit alors ", s'enthousiasme-t-il. La fin du XIXe siècle marque l'ouverture du Japon au monde. L'Europe découvre le japonisme comme les influences chinoises. C'est ce qui explique le dessin particulier de la paroi vitrée de la mezzanine. Hankar est mort trop tôt (en 1901, à l'âge de 41 ans), mais il amorce déjà dans ce projet la transition vers l'Art déco. Daniël Ost a déjà une boutique en Flandre. " Il y a souvent des gens qui font spécialement le déplacement jusqu'à Saint-Nicolas pour venir voir la vitrine : celle de Noël ou de la Saint-Valentin, confie-t-il. Comme je travaille beaucoup en Extrême-Orient, des touristes font aussi le déplacement. Aujourd'hui, avec le 13, rue Royale, ils auront la même attraction au centre de Bruxelles. C'était d'ailleurs un des objectifs des autorités de la Ville, lorsqu'elles m'ont confié la location de cet espace. " Rendez-vous est donc déjà pris : après la décoration d'automne, viendra, début novembre, celle de Noël, suivie, fin décembre, de celle de la Saint-Sylvestre. Dès la mi-janvier, on fêtera la Saint-Valentin et, fin février, l'arrivée du printemps. Un bien joli parcours pour ce créateur belge amoureux des fleurs depuis sa plus tendre enfance. Daniël Ost a, en effet, commencé sa carrière à l'âge de 21 ans en tant que simple apprenti chez un fleuriste réputé de Saint-Nicolas avant de partir étudier l'art du bouquet aux Pays-Bas. En 1983, le jeune fleuriste fait un voyage qui changera le cours de son existence. En effet, il se rend au Japon où il fait la connaissance de Noboru Kurisaki, un maître de la cérémonie du thé qui a également publié un livre sur les arrangements floraux. Une rencontre capitale qui marquera à jamais son travail. Depuis, Daniël Ost accumule les prix et les distinctions, élabore des décorations florales somptueuses que l'on se dispute aux quatre coins de la planète et publie de superbes ouvrages de photos de ses £uvres les plus marquantes. Mais là, tout de suite, que nous réserve donc Daniël Ost dans sa merveilleuse boutique bruxelloise d'art floral ? En exclusivité pour Weekend Le Vif/L'Express, il esquisse les tendances de l'automne 2003. On y retrouve son style percutant : pour lui, la fleur n'est qu'un élément du bouquet, au même titre que les feuilles, les branches ou, c'est de saison, les fruits. Passé maître dans l'art de l'abstraction, Daniël Ost signe deux compositions dans des vases-objets en verre signés du collectif anversois l'Anverre. L'une est une interprétation du jardin japonais : elle est " simplement " plantée de tiges de Scirpus, elles-mêmes taillées comme un paysage. L'autre met en scène des fruits colorés de Diplocyclos palmatus, une plante d'Afrique tropicale. Daniel Ost propose aussi une vasque en bois débordant de fruits... de platane. Dans ses créations, souvent, contenant et contenu dialoguent. Pour preuve : ce vase gris bleu prolongé par un empilement de feuilles de Stachys byzantina, surmontées d'un capitule de tournesol. Mais l'artiste floral ne renie pas pour autant les bouquets. Ils sont parfois évanescents, à l'image des graminées qu'il utilise. Les opulentes Biedermeier ont aussi droit de cité. Mais, quel que soit l'effet d'abondance obtenu, celui-ci n'est jamais gratuit ou superflu. C'est l'art de l'essentiel. Texte et photos :