L'avenue respire le chic cossu, typique du début du XXe siècle. En vis-à-vis ? Un magnifique parc, calme et majestueux. Il n'est donc pas étonnant que Patrick Lefebure a craqué, en 1988, pour cet hôtel particulier, ainsi que sa situation exceptionnelle, tout en sachant qu'il devrait s'attaquer à un chantier titanesque. "Il était abandonné depuis très longtemps, explique l'architecte. Dans les années 1960, une communauté hippie l'a squatté. Vous pouvez imaginer son triste état. Rien ne fonctionnait !"
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L'avenue respire le chic cossu, typique du début du XXe siècle. En vis-à-vis ? Un magnifique parc, calme et majestueux. Il n'est donc pas étonnant que Patrick Lefebure a craqué, en 1988, pour cet hôtel particulier, ainsi que sa situation exceptionnelle, tout en sachant qu'il devrait s'attaquer à un chantier titanesque. "Il était abandonné depuis très longtemps, explique l'architecte. Dans les années 1960, une communauté hippie l'a squatté. Vous pouvez imaginer son triste état. Rien ne fonctionnait !"De plus, l'aménagement des volumes et la disposition des pièces reflètent l'esprit et le confort en cours au XIXe siècle: complètement obsolètes à l'aube du IIIe millénaire! L'architecte casse tout. Il en profite pour construire, côté jardin, une extension de 7 mètres de profondeur et de multiplier ainsi, quasi par deux, la surface habitable de la maison. La façade arrière a été abattue. En lieu et place, Patrick Lefebure a dessiné un corps de bâtiment de la même hauteur que celui d'origine, mais avec un étage supplémentaire. Les différences de niveaux ainsi créées entre les deux constructions dynamisent la structure de l'ensemble. La nouvelle construction, complètement indépendante de la maison, accueille les bureaux de l'architecte. Patrick Lefébure a voulu quitter les sentiers battus. En effet, dans les maisons associant le privé et le professionnel, on a l'habitude d'installer les bureaux au rez-de-chaussée et l'habitation aux étages. Ici, c'est le contraire. " Les architectes aiment voir la ville et "dominer", par conséquent nous avons investi les hauteurs, poursuit Patrick Lefebure avec humour. En revanche, le sous-sol et le bel étage sont réservés à la vie de famille ce qui nous permet, également, de profiter du jardin. " Un immense escalier, inspiré du style Art déco des années 1920, déroule ses courbes blanches sur une hauteur de 5 mètres. C'est le point nerveux de l'espace. Il relie admirablement les deux parties. Ce qui frappe en premier lieu ? Une ambiance extrêmement chaleureuse et accueillante. Dans cette maison construite en demi-niveaux, extravertie, transparente, ouverte au visiteur, murets, portes vitrées et balustrades cloisonnent discrètement l'espace tout en le dilatant. Un " esprit loft " règne dans la partie dédiée à la famille. Pas de murs, pas de séparations. Le regard se balade en toute liberté et embrasse toutes les pièces à vivre. La cuisine et la salle à manger occupent la construction nouvelle, située à l'arrière. Une immense baie vitrée coule sur pratiquement tout le long de la façade et apporte une luminosité extraordinaire. La cuisine, prolongée par une véranda en demi-cercle, est avant tout très fonctionnelle. C'est un endroit stratégique permettant à la maîtresse des lieux de surveiller ses trois petits enfants dans leur " royaume ", une salle de jeux située à droite, légèrement en contrebas. Le plan de travail en U, comprenant l'évier et les plaques de cuisson, est réalisé sur mesure. L'ensemble, peint de gris clair et ponctué d'accents rouge vif, est judicieusement dissimulé derrière un muret. Sa fonction est double : séparer la cuisine de la salle à manger, tout en servant de rangement. Ses quatre tiroirs, spacieux et profonds, permettent de dresser la table aisément. On accède au salon, en montant quelques marches. Situé vraiment au coeur de la maison, il est très intime, offre néanmoins une belle perspective sur le jardin. Ici, on ressent le mieux l'association réussie des goûts opposés de l'architecte et de sa femme. Patrick Lefebure apprécie une architecture forte et rigoureuse, mais sobre et dépouillée, Lieve aime des ambiances chaudes et douces, les couleurs épicées et l'art ethnique. Ces deux " philosophies " se fondent dans une osmose parfaite. La cheminée ancienne, préservée, est un clin d'oeil au passé. Un kilim, un canapé corail, des tissus ethniques, des fauteuils en osier Lloyd Loom, un revêtement de sol en merbau (un bois exotique) teinté acajou, la table en cerisier, autant d'éléments cocooning qui invitent à la douceur de vivre. Ils s'associent harmonieusement et sans le moindre faux plis à une architecture vigoureuse, à des objets et des meubles design. Derrière le salon, situé au niveau du bel étage, le bureau " d'apparat " de Patrick Lefebure, où il reçoit ses clients, offre une vue magnifique sur le parc. Cette belle armoire à archives, pour les rangements, est son point fort incontestable. Les quatre chambres sont installées à l'étage, dans la partie ancienne de la maison. Meublées dans un esprit minimaliste, elles mettent en évidence des lits modulables, conçus par Patrick Lefebure. Réalisés en érable américain, un bois clair, ils se caractérisent par un cadre, percé, à intervalles réguliers, de petits orifices ronds. Dans ces orifices, on peut ficher librement, un ou plusieurs dossiers. Le lit se transforme, ainsi, en une méridienne ou un canapé. L'architecte a également dessiné un lampadaire et une mini-bibliothèque. Munis de tiges, ils se fichent, selon le même principe, dans le cadre du lit. La chambre des parents, située au premier étage côté rue, est agrémentée d'un sympathique bow-window 1900. Petit inconvénient ? Malgré le double vitrage, on perçoit le bruit. " Pour résoudre ce souci, précise Patrick Lefebure, j'ai placé des volets intérieurs en bois de poirier. Lorsqu'ils sont fermés, on entend, enfin, le silence. En revanche, j'ai fait effectuer quelques petites découpes verticales. Elles nous permettent de profiter de la vue sur les arbres ! " Changement d'ambiance dans la nouvelle construction, dédiée aux bureaux. L'ensemble est sobre et dépouillé. Ici, aussi, les différents espaces communiquent, mais l'indépendance de chacun est préservé grâce à des rampes métalliques et des balustrades vitrées. Quinze personnes travaillent ici dans des conditions optimales : on ne dérange personne, mais on ne se sent pas seul. Tout récemment, Patrick Lefebure a aménagé, sous le toit, une bibliothèque et une salle de réunion. Ici, les perspectives sont admirables, on domine toute la ville. "J'ai essayé de concevoir cette dernière partie comme un espace évolutif, conclut l'architecte. Si, un jour, je n'ai plus besoin de salle de réunion, l'espace peut être rapidement reconverti en un mini-appartement. Les installations électriques, les arrivées d'eau ont été prévues. Les pièces sont indépendantes des bureaux et du reste de la maison et on y accède par ascenseur."Carnet d'adresses en page 128.Barbara Witkowska Photos : Sven Everaert