En septembre dernier, Bethann Hardison repartait au combat. Cette ancienne directrice d'une agence de mannequins, égérie des seventies, connue de longue date pour son plaidoyer en faveur de plus de diversité dans la mode, envoyait une lettre ouverte aux organisateurs des Fashion Weeks de New York, Londres, Milan et Paris, à quelques jours de leur coup d'envoi. En cause, la toujours trop faible représentation des " différences " sur les podiums, où le type occidental caucasien domine largement. Car, même si elle est s...

En septembre dernier, Bethann Hardison repartait au combat. Cette ancienne directrice d'une agence de mannequins, égérie des seventies, connue de longue date pour son plaidoyer en faveur de plus de diversité dans la mode, envoyait une lettre ouverte aux organisateurs des Fashion Weeks de New York, Londres, Milan et Paris, à quelques jours de leur coup d'envoi. En cause, la toujours trop faible représentation des " différences " sur les podiums, où le type occidental caucasien domine largement. Car, même si elle est soutenue par Naomi Campbell, Liya Kebede ou Imane Bowie, entre autres, l'Afro-Américaine se garde bien de jouer la carte communautaire : " L'objectif de notre organisation, expliquait-elle alors au Monde, est d'assurer une plus grande visibilité (...) des Noirs, des Asiatiques mais aussi des Indiennes ou encore des Arabes. " C'est que les " coups " dont les médias ont parlé, comme ce Vogue Italie " black issue " ou les pubs du printemps-été 2014 de Philipp Plein, optant pour un parti pris fort en ne montrant que des top models de couleur, ont certes le mérite de mettre le doigt sur le problème mais pas de le résoudre. Il reste que, malgré certains créateurs misant sur la mixité, comme Jean Paul Gaultier ou Givenchy, on est très loin d'une répartition raciale qui reflète celle de la planète. En février 2013, on recensait ainsi 82,7 % de Blanches dans les défilés, contre seulement 6 % de Noires. Quant aux Asiatiques - " ne vous cachez pas derrière elles ", mettait en garde Bethann Hardison - si elles ont vu leur présence augmenter ces dernières années pour atteindre les presque 10 %, c'est sans doute plus par stratégie commerciale, les pays dont elles sont issues représentant un marché crucial, que par souci égalitaire. Or, la vraie victoire viendra précisément avec la fin de ce marketing ethnique, basé sur le principe que l'on est plus enclin à consommer un produit quand la personne nous le vantant à la même peau que nous. Heureusement, les marques de luxe commencent à amorcer un virage qui, s'il est confirmé, pourrait s'avérer historique. En choisissant les actrices Lupita Nyong'o (12 Years a Slave - en couverture de ce Vif Weekend), Leïla Bekhti et Lucy Liu ou encore la chanteuse Alicia Keys comme visages de leurs campagnes mondiales, elles affirment que oui, la beauté n'est pas monolithique. Une jolie femme est une jolie femme, quelles que soient ses origines ou ses mensurations. C'est une évidence mais le rappeler et le défendre n'est certainement pas vain.Delphine KindermansOn compte 82,7 % de Blanches dans les défilés, contre seulement 6 % de Noires.