L'artiste

Valérie Mannaerts est née à Bruxelles en 1974 où elle vit et travaille. Cette plasticienne tout en discrétion est projetée sur le devant de la scène de l'art contemporain en 2003. L'essayiste et théoricien de l'art Thierry de Duve la choisit alors pour représenter la Communauté française à la Biennale de Venise aux côtés de l'artiste Sylvie Eyberg. À l'époque, Valérie Mannaerts travaille surtout le dessin et les collages de formes indéfinies dégageant une poétique à la fois opaque, délicate et pudique. Des £uvres qu'elle photographie ensuite, pour " installer une distance, interroger l'aura du dessin "...

Valérie Mannaerts est née à Bruxelles en 1974 où elle vit et travaille. Cette plasticienne tout en discrétion est projetée sur le devant de la scène de l'art contemporain en 2003. L'essayiste et théoricien de l'art Thierry de Duve la choisit alors pour représenter la Communauté française à la Biennale de Venise aux côtés de l'artiste Sylvie Eyberg. À l'époque, Valérie Mannaerts travaille surtout le dessin et les collages de formes indéfinies dégageant une poétique à la fois opaque, délicate et pudique. Des £uvres qu'elle photographie ensuite, pour " installer une distance, interroger l'aura du dessin ", dit-elle. Cette réflexion sur la représentation et la monstration de l'£uvre d'art est du reste une constante chez la Bruxelloise, jusque dans son travail sculptural qui constitue depuis 2004 l'essentiel de sa production. À mille lieues de tout un pan de l'art actuel confit d'esbroufe et perverti par la spectacularisation publicitaire, le travail de Valérie Mannaerts n'emmène pas le spectateur par la main, ne lui mâche pas le regard. Il murmure en douceur des histoires à dormir debout, provoque des associations d'idées avec si peu, prend les chemins de traverse pour mieux nous perdre, nous mettre face à nous-mêmes, à notre imaginaire qui, on l'oublie trop souvent, n'a pas besoin de tout ce bruit pour s'enflammer. Il s'agit de la première collaboration de l'artiste avec la jeune galeriste bruxelloise Elisa Platteau et son associé Patrick Vanbellinghen. Une dizaine de pièces récentes composent cette exposition à considérer comme une installation en soi, un univers singulier où le mystère le dispute à une fragile étrangeté. Des céramiques matiéristes accrochées aux cimaises peuvent faire penser à l'expressionnisme informel et intimiste de Jean Fautrier. Des formes humides et poétiques que l'on retrouve flottant sur un paravent peint où l'artiste a croqué son atelier dans un style pudiquement naïf. Cet opus emblématique du travail de Mannaerts est placé à distance, derrière une grande vitrine réactivant le questionnement de la plasticienne sur la représentation de l'£uvre d'art. Un thème également traité à la faveur de deux sculptures en bronze pouvant représenter un socle, l'une imitant la texture du bois, l'autre celle du marbre. Cette volonté doucement ludique de brouiller les pistes dessine finalement les contours de toute cette installation où le spectateur peut se sentir à la marge des pensées d'une artiste qui ne donne pas les clés de son £uvre mais en laisse la porte généreusement ouverte. C'est précisément de cette tension que naît la beauté tout en retenue de ce petit théâtre raffiné. Valérie Mannaerts à la galerie Elisa Platteau, 86, rue de Laeken, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 21 mai. Tél. : 02 219 16 11. www.elisaplatteau.comChaque mois, Le Vif Weekend vous propose le décryptage d'une exposition. Parce que l'art contemporain est souvent taxé d'hermétisme, nous vous donnons les clés de lecture pour passer les portes des galeries et apprécier le meilleur de l'art vivant. Baudouin Galler