Carnet d'adresses en page 97.
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Carnet d'adresses en page 97.S ituée à cheval entre le xixe et le xxe siècle, l'£uvre du Danois Georg Jensen est fortement marquée par l'Art nouveau, aussi bien dans ses pièces d'orfèvrerie que dans les bijoux. Plus tard, la maison basée à Conpenhague a fait appel à des designers, souvent scandinaves, qui n'ont cessé d'épurer le style du fondateur, allant à l'essentiel et le débarrassant de toute anecdote. Vivianna Torun, avec son esprit minimaliste poussé à l'extrême, est sans doute sa plus célèbre complice. Sa dernière création s'appelle Continuity. Un simple ruban d'argent tourne sur lui-même à l'infini, pour former un c£ur (le plus ancien symbole de l'amour dans le monde) très stylisé. D'une perfection absolue, ce bel objet se décline en pendentif, monté sur un lien en caoutchouc, en boucles d'oreille et en bague. La designer Nanna Ditzel, elle, a imaginé Surf. La surface lisse de l'argent imite admirablement le mouvement inlassable des vagues. Elles ondulent, au choix, aux doigts, aux oreilles ou au poignet. Lina Falkesgaard, fascinée par les petits galets, rencontrés sur des plages, en a fait son thème fétiche dans la collection Pebbles (cailloux). Superbement stylisés, ils rythment des chaînettes sobres et minimalistes et subliment les oreilles ou les poignets. A l'instar des grandes marques de mode, Calvin Klein lance une très belle gamme de bijoux en acier inoxydable, aussi pure qu'élégante, aussi nette qu'intemporelle. Elle se décompose en quatre thèmes. Yo-yo interprète la forme la plus évidente et la plus familière : le cercle parfait. A la fois simple et dynamique, Yo-yo évoque une symétrie en mouvement. La ligne Liquid met en scène des gouttes rondes et lisses, de différents diamètres. Souples, fluides et liquides, elles glissent en cascade sur la peau. La ligne Precious, la plus minimaliste et aérienne, accroche à des chaînettes délicates des pastilles miniatures, parfois serties de diamants. Les formes de la ligne Ellipse, qui inclut le cristal, sont asymétriques et ses lignes fluctuent dans un mouvement insaisissable. L'élégante courbure de l'acier décrit la perfection du rythme. Dans les quatre thèmes, on trouve boucles d'oreille, bracelets, bagues et pendentifs. L'Italien Mattioli combine avec talent la plus pure tradition et une touche contemporaine. Année après année, il demeure fidèle à ses lignes asymétriques, savamment agencées pour faire éclater la couleur de la nacre, l'une de ses matières fétiches. La ligne Vertigo en est un bon exemple avec ces boucles d'oreille et ces pendentifs qui mêlent l'or et la nacre dans un mouvement souple et dynamique. Plus élaborée, la ligne Jaipur fait appel aux matériaux traditionnels des artisans indiens et s'inspire des arabesques qui ornent les somptueuses demeures du Rajasthan. La griffe Gianfranco Bigli brouille les repères avec des bijoux androgynes. Ces créations masculin/féminin, très contemporaines, interprètent à l'infini des lignes simples et essentielles qui vont de soi. La nouvelle gamme, baptisée Quadra est très architecturale et jongle en souplesse avec des courbes et des carrés. L'éclat du diamant est très bien mis en valeur par des contours stricts et rigoureux. Les opus de Caroline Swolfs tournent obsessionnellement autour d'un même motif : la goutte. Un sujet apparemment inépuisable, car la jeune créa- trice ne cesse de nous surprendre à chaque nouveauté. La bague en argent " La Goutte de Lune " illustre admirablement les métamorphoses de l'astre de nuit, intégrant à la fois le croissant et la pleine Lune. La boucle d'oreille " La Goutte féerique " est plus festive. Une longue tige en or, stylisée en goutte, se termine par une goutte de citrine, très joliment taillée. Annick Tapernoux revisite le scoubidou, le bracelet porte-bonheur de notre enfance. Des cordons de coton de toutes les couleurs ont remplacé les fils de plastique d'autrefois. Le fermoir est agrémenté de deux boules en argent, matière préférée de la jeune créatrice. Carré Copenhagen, créé en 1991 par une jeune femme éprise de parures romantiques, est une sorte de caverne d'Ali Baba où l'on trouve des bijoux qui mettent en scène des pièces de jadis sans faire de passéisme. Ils marient formes anciennes et nouvelles, Orient et Occident, sobriété et exubérance. Pierres précieuses et semi-précieuses, perles et le pink shell (une imitation de camée) forment des compositions très élaborées où chaque élément est magnifiquement valorisé. La collection conjugue chaînes et pendentifs, bracelets et boucles d'oreille. Derrière la griffe danoise Dyrberg/Kern se cache le couple de designers Gitte Dyrberg et Henning Kern. Glamour et show of, la nouvelle collection surfe sur trois thèmes. Avenue s'inspire des Années folles et propose des broches en cristal, des bracelets à breloques et des colliers interminables, confectionnés avec des pierres colorées, des perles de verre et des boules de résine. Avec leurs formes légèrement torturées, irrégulières, organiques et leurs pierres sombres, les parures de la collection Park évoquent les bourgeoises chics et oisives qui déambulaient dans Central Park à New York, dans les années 1960. La collection Street signe la rencontre du punk et du disco dans les années 1980. Crucifix, c£urs, symboles pacifistes et féministes se croisent dans des pièces audacieuses, agrémentées de faux brillants aux couleurs éclatantes. Christian Lacroix a choisi l'argent rhodié et les pierres fines pour sa collection de bijoux, à mi-chemin entre la fantaisie et la joaillerie. Sa particularité est de proposer des pièces " uniques " car chaque monture de bague et de pendentif est adaptée manuellement en fonction de la forme de la pierre mise en valeur. Une quarantaine de modèles ont ainsi été imaginés par le couturier. Parmi ces pièces, des croix, naturellement, des broches, des pendentifs, des bagues, dont les gemmes choisies sont " habités " (certaines sont voilées, d'autres présentent des givres ou des inclusions) et viennent apporter une touche supplémentaire d'originalité. Terminons par les nouveautés d'Ilona Chale. Au-delà de toutes les modes et tendances, la créatrice bruxelloise explore un monde onirique, personnel et plein de poésie. En fouillant dans ses boîtes à trésors, elle assemble des pierres anciennes, des boutons, des perles baroques ou des fragments de nacre. Puis elle s'empare d'un fil d'or et, sans dessin préalable, imagine des parures exubérantes, délicates et précieuses, mais surtout extrêmement féminines. Barbara Witkowska