Certaines maisons en enfilade semblent tout droit sorties d'un conte de Grimm et exercent sur ceux qui la découvrent une attirance inexpliquée. La Hoogstraat de Nieuport est de ces rues au charme certain. Avec quelques artères voisines, elle forme un échiquier de constructions de style néo-Renaissance flamande, rappelant des maisons en pain d'épice des histoires pour enfants. La ville a subi d'importants bombardements durant la Première Guerre mondiale et, au lendemain du conflit, ses rues et ses édifices ont été reconstruits dans un style " ancien " et uniforme, grâce aux façades couvertes de brique jaune pâle venant de la région. Un ensemble coquet qui sied parfaitement à l'ambiance vacances. " Ce sont souvent de très petites habitations, mais pour passer le week-end, cela suffit ", reconnaît l'architecte Bart Lens, qui a noué un lien étroit avec cette bourgade et y a réalisé plusieurs projets.
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Certaines maisons en enfilade semblent tout droit sorties d'un conte de Grimm et exercent sur ceux qui la découvrent une attirance inexpliquée. La Hoogstraat de Nieuport est de ces rues au charme certain. Avec quelques artères voisines, elle forme un échiquier de constructions de style néo-Renaissance flamande, rappelant des maisons en pain d'épice des histoires pour enfants. La ville a subi d'importants bombardements durant la Première Guerre mondiale et, au lendemain du conflit, ses rues et ses édifices ont été reconstruits dans un style " ancien " et uniforme, grâce aux façades couvertes de brique jaune pâle venant de la région. Un ensemble coquet qui sied parfaitement à l'ambiance vacances. " Ce sont souvent de très petites habitations, mais pour passer le week-end, cela suffit ", reconnaît l'architecte Bart Lens, qui a noué un lien étroit avec cette bourgade et y a réalisé plusieurs projets. Lorsqu'il a vu pour la première fois cette ancienne fermette sise dans la Hoogstraat, le concepteur a immédiatement senti le potentiel de l'endroit. " C'est une maison qui a une belle histoire. La dernière habitante était une dénommée Paula. Tout bébé, elle a survécu au bombardement de la ville, qui a tué ses parents. Par la suite, elle a été élevée ici, dans cette ferme, par son oncle et sa tante. Voilà le genre de récit qui m'émeut. " Ainsi, le jour où il aperçut un notaire en train d'accrocher une affiche sur la maison, il sauta sur l'occasion : la vente fut conclue en moins de 24 heures ! Mais le bâtiment était en triste état et le budget de la rénovation devait rester raisonnable. D'aucuns auraient choisi d'abattre le logement, mais pas Bart Lens. " J'aime les endroits qui ont une âme et au fil des ans j'ai acquis une certaine expérience pour y ré-insuffler de la vie. L'administration communale voulait tout détruire pour construire à la place un parking, mais il n'en était pas question. Comment imaginer d'abattre tout un pan d'histoire ? " Ignorant les conseils des instances publiques, Bart a donc lifté l'ensemble du bâtiment, l'a divisé en quatre unités d'habitation et en a gardé une pour lui. " Finalement, nous avons dû payer une solide amende à la ville, vous le croyez, ça ? ", lance-t-il. Aujourd'hui, la façade est ornée d'une très belle enseigne de bienvenue marquée " vis-a-vis ". " C'est le petit nom de la maison ", explique le créateur. Dès qu'on pousse la porte, on comprend le jeu de mots : " vis " renvoie au mot " poisson " en néerlandais et au thème de la mer en général. Dans le couloir, une impressionnante sculpture de poisson semble flotter dans les airs, une trouvaille chinée chez l'antiquaire De 10 Geboden à Dixmude. Les chambres à coucher, elles, sont décorées de murs en noyer, avec en finition un vernis rappelant les placages en bois des cabines de yachts. L'acoustique, elle aussi, évoque l'ambiance à bord d'un bateau : les voix et les bruits sont étouffés, comme s'ils filtraient depuis les ponts et les coursives. Bart et son compagnon passent la majeure partie de leurs week-ends ici. " Nous venons quasi tous les vendredis. On prend l'apéritif et on reçoit des amis. " Même ces moments conviviaux obéissent au thème marin ambiant ! La table basse est en forme d'arête et le vin est servi dans une carafe poisson. " La grande majorité des objets ont été chinés en seconde main. Nous écumons régulièrement les marchés aux puces. Une fois le thème défini, nous avons vu des poissons partout ! Nos amis font des recherches de leur côté. Parfois, quelqu'un nous rend visite et nous apporte un petit cadeau thématique ", s'amuse l'architecte. Hameçons, assiettes, rideaux, vaisselle... Ici, tout tourne autour du sujet. Au point de virer au mauvais goût ? " L'astuce, c'est de cumuler tout ce kitsch, afin que ça devienne too much, et donc cohérent ", rétorque le propriétaire, fier de ce lieu atypique, où il peut prendre le large.