1. L'OBJET QUE J'EMPORTE TOUJOURS DANS MA VALISE

Un livre, ou plutôt des livres. Le voyage est fait de beaucoup d'ennui et de solitude, si on est seul ou très isolé, quand personne ne parle votre langue. Les livres, ce sont des amis. A l'étranger, je les emporte souvent dans les jardins publics, pour me ressourcer près des arbres. Je ne lis que des romans, qui n'ont pas nécessairement de lien avec mon voyage. J'ai un livre d'évasion de prédilection : L'Epouse hollandaise d'Eric McCormack, l'histoire d'une femme qui attend son mari, parti depuis des mois à la guerre. Un homme sonne à sa porte, qui prétend être ce mari et porte même son nom. D'où un grand récit délirant et très érudit qui lie l'aventure au voyage, entre les Etats-Unis et la Polynésie, avec des personnages en quête de lieux où personne n'est allé avant. C'est le livre de tous les voyages.
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Un livre, ou plutôt des livres. Le voyage est fait de beaucoup d'ennui et de solitude, si on est seul ou très isolé, quand personne ne parle votre langue. Les livres, ce sont des amis. A l'étranger, je les emporte souvent dans les jardins publics, pour me ressourcer près des arbres. Je ne lis que des romans, qui n'ont pas nécessairement de lien avec mon voyage. J'ai un livre d'évasion de prédilection : L'Epouse hollandaise d'Eric McCormack, l'histoire d'une femme qui attend son mari, parti depuis des mois à la guerre. Un homme sonne à sa porte, qui prétend être ce mari et porte même son nom. D'où un grand récit délirant et très érudit qui lie l'aventure au voyage, entre les Etats-Unis et la Polynésie, avec des personnages en quête de lieux où personne n'est allé avant. C'est le livre de tous les voyages. Il se trouve à Ajaccio. C'est un petit appartement dans le quartier des Etrangers, où les rues sont truffées de palaces effondrés. Il ne m'appartient pas, mais j'y vais depuis dix ans pour écrire et passer l'été avec mes enfants. Pour travailler, j'ai besoin de chaleur et de littoraux. Une île, c'est encore mieux, je m'y sens isolée, protégée. Je n'ai pas d'attaches familiales en Corse. J'ai tendance à préférer les lieux que je choisis à ceux de mon enfance. Notre suggestion : Hôtel Les Mouettes, un petit palace face aux îles Sanguinaires. www.hotellesmouettes.fr Capo di Feno, en Corse. C'est la plage des Ajacciens. Celle dont ils disent, quand il est question de baignade, " Tu vas à Capo ?" Pour la trouver, il faut traverser le maquis et les eucalyptus bruissants pendant l'été. Cette plage est secrète, pas très bien indiquée, les pancartes qui montrent le chemin ayant été détruites. Quand vous sortez du maquis, vous voyez une anse de sable entourée par les montagnes et la végétation, il n'y a pas de constructions. La plage est très grande, avec juste une paillote toute simple, où manger un sandwich et boire un Coca, rien de plus. Il n'y a jamais grand monde. C'est un endroit très doux, où j'ai vu mes plus beaux couchers de soleil. Notre suggestion : Le Pirate, une paillote les pieds dans l'eau. Tél. : +33 4 95 52 03 68. J'aimerais vivre au Grand Hôtel de Cabourg. D'abord parce que la plage y est très belle. A cet endroit de la Normandie, la mer est grise, pas très accueillante, mais très vivifiante. L'hôtel se trouve tout au bout de la ville, comme au bout du monde. Ce lieu symbolise bien sûr un mythe littéraire à cause de Proust. Il a gardé un charme décadent et désinvolte, un charme fou à l'ancienne. Vous n'y êtes pas submergé par le luxe, il y fait simplement bon vivre et boire des cocktails. www.accorhotels.com Celle de Hongkong, la nuit. J'y suis allée une fois, il y a huit ans, et cette ville m'a bouleversée. Je n'avais jamais vu d'endroit qui ressemble à cela. Du haut de la tour où je logeais, dans les Nouveaux Territoires, la vue sur les milliers de fenêtres illuminées des autres tours était irréelle. J'aurais pu être dans un film d'anticipation, et c'est cette étrangeté que j'ai adorée. Le Chili. L'Amérique latine en général, et surtout le Chili. A plusieurs reprises, j'ai prévu d'y aller, mais j'ai dû y renoncer au dernier moment. Je me dis que quelque chose me retient encore. Ce voyage, je dois le faire, je pense y aller l'année prochaine. Raison parmi d'autres : c'est la patrie de Roberto Bolaño, un écrivain chilien placé très haut dans mon panthéon personnel. L'Amérique latine me fascine - deux de mes romans se passent là-bas, et je n'y suis pourtant jamais allée. Peut-être que ce continent m'impressionne parce que certains de mes ancêtres au Pays basque ont émigré jadis en Argentine. Il y a en moi cette idée que, si j'y vais, je ne reviendrai pas. La Grâce des brigands (éditions L'Olivier) se situe en Californie et au Canada, où je suis allée bien avant d'avoir ce projet de livre. La Californie est un bout du monde entre désert et océan, où la faille de San Andreas fait planer une idée romanesque de danger, de précarité. Le personnage principal du livre est né à Lapérouse. Ce lieu n'existe pas, mais il pourrait se trouver quelque part au Québec. NATHALIE CHAHINE