Il y a parfois mieux que l'original : la réplique. En V.O., Replica, collection " capsule " de Maison Martin Margiela. Ni simulacre ni plagiat, mais vêtement iconique, issu d'un vestiaire intemporel, retravaillé, repensé et reproduit de préférence dans une autre matière. Prenez cette blouse blanche portée par le personnel des ateliers de haute couture et, par ricochet, par les équipes de Martin Margiela depuis 1989, depuis le début. Originellement en coton blanc, elle existe aujourd'hui en cuir étiqueté Replica. Définition maison, par retour de mail comme de coutume avec cette entité de mode qui ne fait rien comme les autres, a toujours honni la starification, privilégié l'anonymat et le nous collectif en lieu et place du je égotiste : " Il s'agit de ...

Il y a parfois mieux que l'original : la réplique. En V.O., Replica, collection " capsule " de Maison Martin Margiela. Ni simulacre ni plagiat, mais vêtement iconique, issu d'un vestiaire intemporel, retravaillé, repensé et reproduit de préférence dans une autre matière. Prenez cette blouse blanche portée par le personnel des ateliers de haute couture et, par ricochet, par les équipes de Martin Margiela depuis 1989, depuis le début. Originellement en coton blanc, elle existe aujourd'hui en cuir étiqueté Replica. Définition maison, par retour de mail comme de coutume avec cette entité de mode qui ne fait rien comme les autres, a toujours honni la starification, privilégié l'anonymat et le nous collectif en lieu et place du je égotiste : " Il s'agit de la reproduction d'un vêtement existant, d'origine et d'époque variées. Elle est basée sur des vêtements plutôt classiques, dont la paternité n'est pas liée à une marque précise. La provenance, l'époque et l'usage d'origine sont clairement identifiés sur l'étiquette spéciale cousue dans chaque pièce 'Replica'. "Prenez donc la blouse blanche et voyez-y l'emblème de cette singularité répliquée depuis 34 saisons maintenant, puisqu'elle a vu le jour lors de la création de la collection Femme automne-hiver 94-95. L'exercice n'a rien de gratuit. Et s'est étoffé à sa guise, disséquant des pièces qui font appel à l'inconscient collectif, que tous peuvent reconnaître, pour les avoir portées ou vues sur un forgeron, un militaire, un marin, une petite main dans une maison de couture. Sur cette bonne base de départ, la maison Margiela joue l'hybridation, le glissement de matière, la réinterprétation. Il y a de l'humour parfois, des références toujours, des (ir)révérences, une réflexion et un discours jamais barbant sur le vêtement, le genre, la corporation, l'usage et l'usure, le volume différencié, l'oversize exagéré, le classicisme modernisé. C'est là toute la différence, l'intelligence, l'insolence de MMM. Qui, comme le souligne Olivier Saillard, historien de la mode, " a changé le rapport au vêtement et au processus de création ". Précisions sur la façon, l'art et la manière, toujours par retour de mail : " La sélection des 'Replica' se fait spécifiquement par rapport à la saison sur laquelle la Maison travaille et repose sur des critères précis, à savoir l'idée d'intemporalité (un vêtement du passé peut être tout à fait actuel aujourd'hui voire demain), de respect par rapport à une création originelle d'un vêtement 'juste' (où rien n'est à ajouter ou à transformer) et de liberté d'expression dans nos collections (mélangeant aussi bien des pièces radicales que des pièces classiques). Aujourd'hui, les 'Replica' s'intègrent logiquement à la ligne 4 (Garde-robe pour femme). Dans le passé, certains 'Replica' ont fait partie intégrante du défilé. Dans l'avenir, nous ne nous imposons aucun format précis. Nous nous laissons la liberté de composer selon nos envies. "L'idée, dans les pages qui suivent, et une fois établi le propos, est de l'élargir. De passer en revue les collections printemps-été 2011 des créateurs belges. Et de tenter de découvrir, chez eux, ce qui de près ou de loin a l'esprit des Replica - on sait que la réflexion sur le vêtement est le propre des couturiers du cru. La preuve de cette créativité ressourcée en huit tableaux. Avec un marcel chez Jean Paul Knott, un smoking chez Dries Van Noten, un trench chez Raf Simons, une veste militaire chez Maison Martin Margiela, une robe illusion, voire hybride chez Sofie D'Hoore, une montre symbole reconnaissable entre toutes mais gainée de cuir chez Natalia Brilli ou encore le pantalon d'homme étiré en jumpsuit-bustier chez MMM, et cela n'a rien d'une anamorphose, jugez-en. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON / PHOTO : JULIEN CLAESSENS ET THOMAS DESCHAMPS