Dans son atelier situé en plein c£ur de Saint-Gilles, Nicole Callebaut s'active. Son exposition à la galerie Faider est prévue pour le 27 mai prochain, il ne s'agit pas de chômer. L'artiste plasticienne peint des £uvres abstraites et travaille le papier depuis près de trente-cinq ans. Le fait de vieillir ? Actuellement, cela ne change pas grand-chose à son quotidien. " On croit que tout d'un coup, on va se réveiller en tant que personne âgée. C'est bien plus insidieux, confie celle qui a fêté ses 76 printemps, mais estime en avoir 60 dans la tête. Je suis vieille, mais je m'en fous ! J'ai la chance de pouvoir vivre comme si je ne l'étais pas vraiment. En fait, j'ai l'impression que rien n'a changé. J'ai toujours cru qu'à 60 ans, je m'assoirais sur un banc, le long de la digue, et regarderais la vie des autres, tout en mangeant des gâteaux. Il n'en est rien. Je fais attention à mon poids. Je nage tous les jours, je marche, je fais de grands voyages. Il est vrai que j'ai une hanche artificielle, plus de thyroïde, et je dois prendre des petites pilules. Mais je suis toujours moi. "
...

Dans son atelier situé en plein c£ur de Saint-Gilles, Nicole Callebaut s'active. Son exposition à la galerie Faider est prévue pour le 27 mai prochain, il ne s'agit pas de chômer. L'artiste plasticienne peint des £uvres abstraites et travaille le papier depuis près de trente-cinq ans. Le fait de vieillir ? Actuellement, cela ne change pas grand-chose à son quotidien. " On croit que tout d'un coup, on va se réveiller en tant que personne âgée. C'est bien plus insidieux, confie celle qui a fêté ses 76 printemps, mais estime en avoir 60 dans la tête. Je suis vieille, mais je m'en fous ! J'ai la chance de pouvoir vivre comme si je ne l'étais pas vraiment. En fait, j'ai l'impression que rien n'a changé. J'ai toujours cru qu'à 60 ans, je m'assoirais sur un banc, le long de la digue, et regarderais la vie des autres, tout en mangeant des gâteaux. Il n'en est rien. Je fais attention à mon poids. Je nage tous les jours, je marche, je fais de grands voyages. Il est vrai que j'ai une hanche artificielle, plus de thyroïde, et je dois prendre des petites pilules. Mais je suis toujours moi. "Si ses mains laissent entrevoir quelques marques du temps, l'artiste a conservé le verbe et la curiosité de sa jeunesse. Une vraie personnalité, du charisme et de l'allure : telles sont les qualités recherchées par la créatrice de mode Fanny Karst, nièce de Jean-Charles de Castelbajac, 28 ans au compteur. " J'ai toujours su que je voulais concevoir des vêtements pour des femmes d'un certain âge. Cette idée m'a guidée tout au long de mes études. Si je fais de la mode, c'est pour elles et pour personne d'autre. Ces femmes m'inspirent ! " Cette Française installée à Londres, diplômée du Central Saint Martins College of Art and Design, a d'abord lancé The Old Ladies Rebellion, marque de robes sur mesure en soie imprimée. Avant de créer, en septembre dernier, Karst & Co (www.karstandco.com ), une griffe de sportswear chic (*). " Pour celles qui ne font pas de sport, sourit-elle. C'est avant tout une collection énergique, une question d'attitude. " À force de rencontres et de séances photo, les mannequins à la chevelure couleur argent sont devenues des copines de Fanny Karst. " Je les admire, leurs histoires me donnent envie, elles ont un parcours extra- ordinaire ! Malgré la différence d'âge, on se ressemble fort, au final : on partage le même style de vie, une certaine liberté. Plus que les habiller, j'essaie de les copier. Je les surnomme "mes dames". J'aime le côté chic et distingué de cette expression. " Quand elle conçoit sa ligne, la jeune femme s'inspire de ses muses Andrée Putman, Louise Bourgeois ou Jeanne Moreau. Même si Karst & Co ne s'adresse pas a priori aux moins de 60 ans, pas question pour autant de proposer des pièces vieillottes aux relents de naphtaline. " Tout se joue sur les détails, explique la créatrice. La longueur d'une manche ou d'un ourlet, des coupes flatteuses, des lignes fluides... " Pas de motifs fleuris ni de fades camaïeux comme ceux qu'affectionnaient nos aïeules, mais des teintes sobres, des imprimés légèrement décalés - un casque de radio apposé autour du cou, un gant dessiné en dehors d'une poche... -, des cols trompe-l'£il, des slogans ironiques - not at your age... Troisième âge, aînés, inactifs, seniors, vieux, retraités... Les expressions ne manquent pas, mais sont considérées aujourd'hui comme démodées ou péjoratives, voire en décalage avec la réalité. " On assiste désormais à une confusion des générations ", considère Jean-Yves Ruaux, professeur à l'université Rennes 2 et rédacteur en chef de Seniorscopie.com. Difficile, parfois, de distinguer qui est la mère et la fille. Impossible d'affirmer que les 60 ans et plus sont scotchés à leur fauteuil massant, sans plus aucune activité professionnelle. Il suffit de feuilleter la presse people pour s'en convaincre une fois pour toutes. Juliette Gréco, 85 ans, vient de sortir un album, Ça se traverse et c'est beau..., encensé par la critique. Jane Fonda, 74 ans, clame partout qu'elle adore faire l'amour et n'a jamais eu une vie sexuelle aussi épanouie, et ce malgré un cancer du sein, une mauvaise vue, une hanche et un genou artificiels. La journaliste de TF1 Claire Chazal, 55 ans, a succombé au charme d'un ex-mannequin de près de 20 ans plus jeune qu'elle. Paul McCartney, bientôt 70 ans, repart en tournée. Tout comme Iggy Pop, 65 ans ce 21 avril, qui joue aussi les égéries pour le dernier parfum Black XS de Paco Rabanne. Les mannequins de Jean Paul Gaultier - âgées de 20 ans en moyenne - ont défilé pour la collection automne-hiver 11-12 coiffées d'un chignon gris et vêtues d'un chemisier à lavallière et d'une stricte jupe crayon. L'ex-décoratrice d'intérieur new-yorkaise et icône de mode Iris Apfel, 90 ans, vient d'être choisie comme ambassadrice de la griffe de cosmétiques M.A.C., tout en inspirant une paire de sandales vertigineuses à l'esprit ethnique chez Jimmy Choo. Et cetera, et cetera. Si les rides (souvent liftées) et les cheveux blancs (pratiquement tous teintés) aiment jouer les stars en Une des magazines, la société a longtemps vécu dans le déni, en ce qui concerne la vieillesse. " On n'en parlait pas, c'était un non-sujet, se souvient Serge Guérin, sociologue français qui a publié l'an dernier La Nouvelle Société des seniors aux Éditions Michalon. La canicule de 2003 en France, la question du financement des retraites et celle liée à l'emploi ont mis cette problématique au centre de l'attention, mais de façon négative. " Cette vision des choses est heureusement en train de changer. " Vieillir n'est pas une maladie, poursuit Serge Guérin. Les retraités sont au contraire très actifs. Ce sont eux qui font vivre le monde associatif. Par ailleurs, dès lors que nous y passerons tous, il est plus que temps d'inventer une société qui s'adapte aux personnes. Imaginer une dynamique nouvelle : une vie plus douce et agréable, un meilleur encadrement de la vieillesse, la création d'emplois supplémentaires dans le domaine du social, le seul qui ne pourra jamais être concurrencé par la Chine... " Une évolution des mentalités d'autant plus urgente que le nombre des 50 ans et plus augmente sans cesse. " Actuellement, ils sont plus de 40 % en Belgique, et constitueront la moitié de la population de notre pays en 2020, calcule Christophe Urvoy-Isaac, general manager de l'agence de marketing et communication Senioragency. Au niveau européen, un senior naît toutes les 40 secondes ! " Ce vieillissement de la population est lié à deux phénomènes concomitants : l'allongement de la durée de vie et l'arrivée des baby-boomers dans la catégorie des trois fois 20. Mais peut-on pour autant mettre dans le même panier Jacques, 91 ans, qui passe ses journées à lire La Libre Belgique, tout en ressassant ses souvenirs avec ses voisins de la maison de retraite, et Michel, retraité de 64 ans qui, rien que la semaine dernière, a gardé sa petite-fille malade, participé à deux réunions en tant que conseiller communal, assisté à un conseil d'administration, couru jusqu'à la Cour des Comptes pour y déposer la liste de ses mandats privés et publics, fait des courses pour ses parents, joué une heure au tennis, fait un saut jusqu'au parc à conteneur, loupé un déjeuner des anciens directeurs d'ING pour participer comme orateur à un colloque sur l'optimisation fiscale et financière de l'investissement immobilier, assisté à la passation de l'acte de vente du Westland Shopping Center, et fait une heure de kiné, avant de partir pour quinze jours de vélo sur le Chemin de Compostelle ? " Ce groupe social est effectivement très hétérogène ", confirme Serge Guérin, qui a d'ailleurs dressé une typologie des aînés composée de quatre représentations : " Premièrement, les SeTra, pour seniors traditionnels. Ce sont les vieux d'avant. Avec l'âge, ils ont tendance à devenir conservateurs et à se replier sur eux. " Ensuite, on trouve les SeFra, les seniors fragilisés. " Ils ont souvent plus de 75 ans, et présentent une fragilité physique, mentale, morale et/ou économique. " Ces deux catégories laissent cependant de plus en plus la place aux BooBo et BooFra. " Le terme de boomer bohème qualifie les nouveaux pensionnés. Ce n'est pas parce qu'ils ont 60 ans et un jour qu'ils sont devenus vieux. Il n'y a pas de date de péremption ! Ils sont engagés dans la société, s'intéressent au monde qui les entoure. Quant aux boomers fragilisés, ce sont les mêmes, avec quelques années de plus... "Ces citoyens nés entre 1946 et 1964 représentent une génération à part. Ils n'ont pas connu la guerre et ont profité des Trente Glorieuses, une période optimiste qui leur a donné confiance en eux. Ils ont assisté aux grands changements de société, se sont rebellés contre les modèles en place... " Ils rejettent automatiquement ce que leurs parents ont vécu - les voyages en car, les gaines et le tricot Damart - et font tout pour ne pas leur ressembler, pour ne pas vieillir comme eux, explique Christophe Urvoy-Isaac. Pas question de subir l'avancée en âge, mais bien d'en profiter de la meilleure façon qui soit. En outre, ceux que nous avons baptisés les happy boomers entretiennent des rapports de proximité avec leurs enfants, principalement en tant que conseillers. On a affaire à une génération pivot. "Cependant, ce n'est pas parce que ces 50 ans et plus commencent à accumuler les bougies d'anniversaire, qu'ils acceptent d'être traités de vieux (schnocks). " Ils refusent même tout ce qui leur rappelle qu'ils vont vieillir et préfèrent à la place la nouveauté ", constate Jean-Yves Ruaux. Plutôt que d'acheter un ordinateur spécialement conçu pour eux (avec grosses touches et interface simplifiée), ils craqueront pour l'iPad. Il y a quelques années, ils étaient également nombreux à adopter la Twingo, initialement pensée pour la jeune génération, " vu ses couleurs fun et sa modularité ", explique le rédacteur en chef de Seniorscopie.com. À ce sujet, il faut dire que le monde publicitaire fait souvent chou blanc, quand il s'agit d'interpeller les boomers. " Plus de 80 % d'entre eux, par exemple, ne se sentent pas concernés par la pub, regrette Christophe Urvoy-Isaac. Soit elle s'adresse à une cible bien plus jeune. Soit à des gens qu'ils considèrent comme plus âgés qu'eux. " Les messages des annonceurs n'atteignent dès lors pas leurs objectifs, ce qui est d'autant plus dommageable que cette catégorie de consommateurs représentait en 2010 la moitié du pouvoir d'achat global. Quelque 60 % des voitures neuves sont par exemple achetées par eux, tout comme 70 % des camping-cars. " Il est bien plus important de communiquer en épousant leurs valeurs, sans pour autant les cibler explicitement ", conseille Jean-Yves Ruaux. Pas besoin de choisir un acteur aux cheveux blancs, par exemple, des tempes grises suffisent amplement. " Ils vivent selon un âge subjectif. Ils ont le sentiment d'être plus jeunes que ce qu'ils ne sont réellement. " D'où l'importance de mettre l'accent sur l'aspect cognitif : " Montrer des personnes en pleine force de l'âge, avec des besoins propres, conclut Christophe Urvoy-Isaac. Mais sans les prendre pour des grabataires ou sans leur rappeler constamment qu'ils appartiennent désormais au troisième âge. " Les responsables pub devraient peut-être relire Cocteau, qui disait que la jeunesse vient avec l'âge... (*) Pour son défilé à Bruxelles, le 2 mai prochain, Karst & Co recherche une top-modèle avec forte personnalité. Pour recevoir une invitation ou proposer votre candidature, écrire à studio@karstandco.com. PAR CATHERINE PLEECK