C'est un spectacle inattendu qui se profile au détour d'un chemin de terre dans les montagnes de Shuiguan, à moins d'une heure de route de Pékin. Sitôt passé le site très touristique de Badaling, le tronçon le plus populaire et restauré de la Grande Muraille, dépassé les parkings de bus et doublé les lourds camions de charbon chargés jusqu'à la gueule, une bretelle d'autoroute mène à un accès plus discret de la Muraille, réservé aux initiés. Il y a un chameau du Gobi avec son maître, quelques vendeurs de souvenirs, puis le chemin reprend, après un passage sous une voûte de la Muraille. Il serpente désormais dans les collines, borde un village de briques ocre, jusqu'à une mystérieuse entrée - un portail d'acier frappé d'une grosse étoile rouge et surmonté de caméras de surveillance.
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C'est un spectacle inattendu qui se profile au détour d'un chemin de terre dans les montagnes de Shuiguan, à moins d'une heure de route de Pékin. Sitôt passé le site très touristique de Badaling, le tronçon le plus populaire et restauré de la Grande Muraille, dépassé les parkings de bus et doublé les lourds camions de charbon chargés jusqu'à la gueule, une bretelle d'autoroute mène à un accès plus discret de la Muraille, réservé aux initiés. Il y a un chameau du Gobi avec son maître, quelques vendeurs de souvenirs, puis le chemin reprend, après un passage sous une voûte de la Muraille. Il serpente désormais dans les collines, borde un village de briques ocre, jusqu'à une mystérieuse entrée - un portail d'acier frappé d'une grosse étoile rouge et surmonté de caméras de surveillance. S'agit-il d'une zone militaire, d'une ancienne Commune populaire ? Passé les gardes de sécurité, le bitume recouvre de nouveau le chemin. Et voilà que, dans un lacet de la route, apparaît une grande villa blanche, très futuriste, puis une seconde un peu plus haut, cette fois de ciment rouge, une troisième, extraordinaire, en bambous vernis... Au total, douze réalisations architecturales toutes différentes et très avant-gardistes posées comme des joyaux dans leur écrin montagneux. C'est la " Vallée des Noix ". Le fruit d'une inspiration de Zhang Xin et Pan Shiyi, un couple de milliardaires peu ordinaires qui défrayent la chronique immobilière à Pékin. Madame Zhang, arrivant d'Europe avec des idées très inspirées sur le design et l'art, a su convaincre son mari, après une grande opération à succès dans Pékin, " Soho 1 ", confiée à un architecte brésilien Antonio Ochoa, de proposer cette " Vallée des Noix ", idéalement située, à la créativité de douze architectes asiatiques. Chacun a joué le jeu avec son style propre. Et les noms des réalisations en dit long sur leur esprit novateur : " La valise " pour la maison de Gary Chang dont la structure en bois évoque celle d'un paquebot de luxe. Pour maximiser l'exposition au soleil dans cette région au climat continental et la vision de la Grande Muraille qui serpente au loin sur les crêtes, l'architecte hongkongais a conçu une maison aux multiples entrées. Le Japonais Shigeru Ban a reproduit son concept de " maison meuble ", qui peut être préfabriquée, en utilisant les bambous chinois comme support du contreplaqué de qualité. Le Chinois Cui Kai a joué sur les transparences, à grand renfort d'aluminium et de verre dans une maison " pour voir et être vu ". Rocco Yim de Hongkong a conçu une cour carrée distordue. Thaïlandais, Singapouriens, Coréens ont également proposé leur vision de l'espace. Mais la réalisation la plus remarquable reste certainement la très aérienne " Muraille de bambous " du Japonais Kengo Kuma. Tout le style apuré et serein de l'architecture nipponne transparaît dans ces entrelacs de bambous et marbre noir. Zhang Xin avait dans l'idée de vendre ces villas à de riches Chinois pour en faire leur résidence secondaire. Mais le budget demandé voilà déjà huit ans (un million de dollars par maison - soit 740 000 euros) était aussi trop avant-gardiste ! Du coup, le couple a dupliqué ces prototypes dans une vallée adjacente, " La Vallée des Rochers ", et transformé le tout en hôtel. Trente-quatre structures ont germé dans cet environnement montagneux, dont les couleurs varient du vert le plus profond en été, au blanc majestueux lors des hivers glacés. La Commune a ouvert en septembre 2006 et la gestion a été confiée au groupe Kempinski qui a apporté son service impeccable et son professionnalisme hôtelier en la personne d'un jeune Français, Yves Wencker, qui a compris tout de suite le potentiel qu'il pouvait retirer de ce lieu exceptionnel. Le spa est incontournable et une intelligente " maison des enfants " permet de passer en famille un week-end relaxant dans l'une des 236 chambres ou villas qui peuvent aussi se louer à l'unité. Acharné de travail et astucieux, notre Alsacien trentenaire a réussi à développer, à l'ombre de la Grande Muraille, un petit havre pour privilégiés, qui devient une manière insolite de faire ses premiers pas en Chine ou de se remettre de son perpétuel mouvement... Carnet d'adresses en page 104.Caroline Puel - Photos : Grégoire Gardette