"On a rencontré Johnny Depp, à Paris, sur le tournage d'un film de la Britannique Sally Potter : Johnny est tombé amoureux de la musique du Taraf de Haïdouks, les Tziganes roumains, dont je m'occupais à l'époque. Quand il a eu son étoile à Hollywood, il a invité tout le groupe à Los Angeles, notamment pour jouer dans son club, le Viper Room. Il est également venu à Londres remettre un BBC Award au Taraf... "
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"On a rencontré Johnny Depp, à Paris, sur le tournage d'un film de la Britannique Sally Potter : Johnny est tombé amoureux de la musique du Taraf de Haïdouks, les Tziganes roumains, dont je m'occupais à l'époque. Quand il a eu son étoile à Hollywood, il a invité tout le groupe à Los Angeles, notamment pour jouer dans son club, le Viper Room. Il est également venu à Londres remettre un BBC Award au Taraf... "Michel Winter fait partie de ceux qui ont un surplus de vie romanesque. Il y a donc les vingt ans de tziganeries avec le Taraf de Haïdouks qui s'arrêtent à l'automne 2009 lorsqu'il se sépare de son partenaire Stéphane Karo. Avant, le parcours est déjà vallonné : parce que ses parents ont - séparément - atterri en France pour fuir leur Hongrie natale, voilà Michel parisien de naissance mais apatride. Puis la famille, juive, immigre en Israël. " C'était un peu avant mai 1968, j'étais à l'internat à Jérusalem, je me voyais pop star mais j'aimais aussi les folklores, notamment la musique arabe, ce qui était un peu rare à l'époque (sourire). Le vendredi soir, sur l'unique chaîne de télé publique partagée entre Juifs et Arabes, j'attendais le grand film égyptien et la musique d'Abdel Wahab, le compositeur d'Oum Kalthoum. Je ne comprenais rien aux dialogues mais j'étais fasciné. " Michel a 17 ans et demi quand il part pour trois ans de service militaire au Golan, au Sinaï, près de la frontière libanaise : " C'était une période relativement calme, juste après la guerre du Kippour mais je me suis demandé ce que je foutais là, cette expérience m'a forgé une conscience politique. " Une fois démob, il regagne Paris où vivent ses deux frères. Il bosse tout-terrain - " barman, man£uvre, serveur, vendangeur " - voyage dans la marge et les squats d'Europe et s'arrête un jour pluvieux de 1980 à Bruxelles. " J'y découvre des gens un peu fous, qui préféraient la Chimay à l'héroïne, je suis resté. " Fin de décennie 80, il ouvre le Mukalo, un club en plein Matonge, le quartier black de la capitale, qui tient deux ans avant la faillite. Prémices métisses des aventures congolaises qui suivront plus tard : entre-temps, il apprend son métier de manager avec le Taraf, conglomérat de musiciens roms débusqués dans la Roumanie finissante de Ceaucescu. Avec eux, il parcourt le monde et se forge une ligne de conduite intuitive, " travailler avec les musiciens les moins commerciaux mais qui ont quelque chose d'universel à donner ". Quand il se sépare de son associé fin 2009, Michel recueille la branche africaine de l'affaire. Bonne pioche : Konono n°1, qui a joué avec Björk et Herbie Hancock, fait frémir les branchouillés par son association Congotronics vs Rockers, caravane afro-indé-rock bourlinguant pendant l'été 2011, entre autres, à Couleur Café et Glastonbury. Plus fort encore, Winter se lance dans le management de musiciens de rues kinois, la plupart handicapés par la polio : le Staff Benda Bilili triomphe, donne 200 concerts en deux ans, et se retrouve à Cannes 2010, vedettes d'un doc qui raconte son irrésistible ascension. " Oui, cela m'amusait de voir le Staff habillé par Agnès b., les gens qui les reconnaissent dans la rue, les jeunes beurs leur demandant des autographes, mais au-delà de tout cela, c'est leur musique qui m'a séduit. Aujourd'hui, ils ont des maisons au Congo, font des affaires, ont créé une fondation pour les enfants des rues. " Parfois aussi, c'est moins idyllique, comme à l'été 2008 quand la tournée internationale de Konono est annulée en dernière minute pour des embrouilles de passeports : " J'ai pris un gros bouillon financier sans pour autant penser arrêter. " Prochaine étape début 2012 : un second album du Staff et d'autres aventures musicales au Congo et ailleurs... www.mukaloprod.com PAR PHILIPPE CORNET" JE ME VOYAIS POP STAR MAIS J'AIMAIS AUSSI LES FOLKLORES. "