C'est une drôle de tribu. Une communauté discrète et incomprise, mais qui conquiert, chaque jour, son lot de sympathisants. Sur le site fondateur www.asexuality.org lancé timidement aux Etats-Unis en 2002, on compte aujourd'hui plus de 9 000 membres. Inaugurée beaucoup plus récemment, l'antenne française de ce " Réseau pour l'Entraide et la Visibilité Asexuelle " ne recense, quant à elle, " que " 650 adhérents, mais enregistre quotidiennement de nouveaux arrivants. En Belgique, aucune structure fédératrice n'existe encore à ce jour, mais certains membres actifs ont déjà parié leur virginité qu'une association d'asexuels noir-jaune-rouge verra bien le jour avant l'avènement de l'année 2007.
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C'est une drôle de tribu. Une communauté discrète et incomprise, mais qui conquiert, chaque jour, son lot de sympathisants. Sur le site fondateur www.asexuality.org lancé timidement aux Etats-Unis en 2002, on compte aujourd'hui plus de 9 000 membres. Inaugurée beaucoup plus récemment, l'antenne française de ce " Réseau pour l'Entraide et la Visibilité Asexuelle " ne recense, quant à elle, " que " 650 adhérents, mais enregistre quotidiennement de nouveaux arrivants. En Belgique, aucune structure fédératrice n'existe encore à ce jour, mais certains membres actifs ont déjà parié leur virginité qu'une association d'asexuels noir-jaune-rouge verra bien le jour avant l'avènement de l'année 2007. " Asexuel(le) : personne qui ne ressent pas d'attirance sexuelle pour les autres. " Oui, ça existe. La définition ne figure pas encore dans la dernière édition du Petit Larousse, mais trône déjà fièrement sur la page d'accueil de www.asexuality.org/fr. Pas de désir, pas de pulsion, pas de libido. Ce qui n'exclut nullement l'altruisme et la tendresse entre les membres de cette nouvelle tribu qui ne connaît pas et ne veut pas connaître le plaisir de la chair. La devise des asexuels ? " Sans sexe, la vie ne perd pas son sens. " Clair comme l'eau fraîche... sans amour physique. Face à l'émergence de cette nouvelle tendance comportementale, les spéculations vont bon train quant à l'origine du phénomène. Première hypothèse : les " A " (diminutif branché pour asexuels) réagiraient de manière radicale à la surmédiatisation du sexe. Banalisée à l'extrême, la " chose " est en effet partout : constamment suggérée dans les pubs et les séries télé (" Sex and The City "), parfois plus explicite au théâtre (" Les Monologues du vagin ", actuellement à l'affiche) et dans les magazines féminins (qui n'a pas parlé des sextoys ?), voire carrément omniprésente sur Internet et dans les pharmacies (ah, ce précieux Viagra !) Bref, la dictature du sexe-roi encouragerait donc une dissidence asexuelle. D'autant plus que - deuxième hypothèse où ceci est évidemment lié à cela - le puritanisme revient en force dans les sociétés occidentales. A l'heure où certains évangélistes américains prônent l'abstinence avant le mariage et invitent les accros du sexe à suivre des cures de désintoxication en la matière ( www.slafws.org), ce relent de conservatisme intégriste pousserait donc la jeune génération à faire preuve de retenue au rayon galipettes. Pourtant, le jeune David Jay (23 ans), gourou-fondateur du site communautaire www.asexuality.org, s'en défend. Certes, l'hypothèse puritaine, boostée par la surexposition du sexe et le triomphe du porno, a probablement guidé l'un ou l'autre déboussolé vers le mouvement asexuel, mais le gros des troupes serait, selon lui, totalement hermétique à ces considérations actuelles. A vrai dire, le phénomène de l'asexualité - si phénomène il y a - aurait toujours existé mais n'aurait jamais été assumé par ses adeptes, faute de soutien extérieur. Rien à voir avec l'époque, donc. Juste une question de timidité et d'absence d'esprit de groupe solidaire. Mais aujourd'hui, grâce à la puissance du Web et à la prise en considération des minorités en tout genre, les " A " passent à l'attaque. Portés par leur site et leur plate-forme de discussion, ils se confient, se serrent les coudes et font enfin leur coming out. Mieux, ils assument leur différence et revendiquent leur identité sexuelle comme une nouvelle voie (la " quatrième " après celles des hétéros, des homos et des bis) à explorer joyeusement dans le pavillon obscur des passions humaines. Il ne nous reste plus qu'à leur conseiller un tee-shirt belge comme emblème coloré de leur choix de vie asexuelle : celui du groupe électrorock Soldout avec la chanson-slogan " I don't want to have sex with you " ( www.soldout.be). Déjà un collector ! Frédéric Brébant