Voici venue l'heure du rangement pour Laetitia Bica. Il va de pair avec un livre d'art, le premier, titré très logiquement First, éditions du Caïd, sortie officielle, fiesta et signature à la libraire Peinture Fraîche, à Bruxelles, le 5 novembre prochain. Elle a donc rempli l'Empty Space à elle toute seule, ses clichés compris. Dans cette petite galerie d'art saint-gilloise qui lui sert momentanément d'atelier-bureau, la photographe de 33 ans, liégeoise d'origine mais bruxelloise d'adoption, est en plein travail de sélection. Il lui faut, dans la somm...

Voici venue l'heure du rangement pour Laetitia Bica. Il va de pair avec un livre d'art, le premier, titré très logiquement First, éditions du Caïd, sortie officielle, fiesta et signature à la libraire Peinture Fraîche, à Bruxelles, le 5 novembre prochain. Elle a donc rempli l'Empty Space à elle toute seule, ses clichés compris. Dans cette petite galerie d'art saint-gilloise qui lui sert momentanément d'atelier-bureau, la photographe de 33 ans, liégeoise d'origine mais bruxelloise d'adoption, est en plein travail de sélection. Il lui faut, dans la somme de ses images, choisir ce qu'elle veut voir figurer dans cet ouvrage, l'occasion de " réfléchir " et puis d'" asseoir " son travail. " Je fais du reportage, des portraits, de la mode, de la vidéo, des photos créatives sorties de nulle part, dit-elle, il est temps de montrer que cela a une ligne et un sens. " Qui en douterait ? Il suffit d'additionner ce qu'elle a étalé ici, partout, pour décrypter la profession de foi de Laetitia. Son humour. Sa façon de cadrer. Ses compositions. Ses couleurs - jamais de noir et blanc, elle en a été " dégoûtée " durant ses études. Son obsession presque minérale, se coltiner à la matière, toucher, malaxer, enduire, pétrir avant de pétrifier. Dans ses portraits, elle préfère d'abord retrousser ses manches, mélanger des pigments dans de l'huile, emballer son sujet dans du papier aluminium, le rouler dans des paillettes, de la poussière, de l'encre, " s'impliquer ", résume-t-elle. Implication différente mais néanmoins palpable quand il s'agit de reportage, comme dans cette photo-ci, faite à Los Angeles, instantané d'une nuit de fête et de concert punk downtown, avec cet arbre surgi de nulle part et cet ami lui faisant " spontanément " l'amour dans un halo de brouillard " magnifique ". Elle fait partie d'une vaste collection intime entamée vers 2008, appelée Zombie nation - Laetitia Bica immortalise systématiquement ses soirées festives, avec en toile de fond, des questionnements, " Pourquoi la fête ? Qu'est-ce qui nous pousse à sortir, être hors de soi, nous, la génération zombie ? ". Biberonnée aux mangas et aux dessins animés, Dragon Ball Z, Les Chevaliers du Zodiac ou Ken le survivant, aux clips de MTV, aux portraits d'Annie Leibovitz, aux pubs de Jean-Paul Goude, aux installations de Paul McCarthy, au travail d'Irving Penn et de William Klein, étudiés à Saint-Luc où elle apprit avec délectation le b.a.-ba de la photo, avant de faire ses premières armes dans les pages mode du Vif Weekend, Laetitia Bica photographie comme elle rêve, " en couleurs " et " très acidulé ". Il n'est pas déraisonnable de croire que c'est pour tout cela que ses images reviennent nous hanter. First, par Laetitia Bica, éditions du Caïd, www.editionsducaid.be.PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON