Cigarette à la main, Fausto Puglisi embrasse du regard la place Vendôme depuis un des balcons du Ritz, où il nous reçoit. Nous sommes début juillet et la Semaine de la haute couture bat son plein à Paris. En contre-bas, c'est un défilé de princesses qui passent les portes du palace. Des clientes venues du Moyen-Orient, de Chine, de Russie, toutes perchées sur de hauts talons et vêtues de robes féeriques. " J'étais très loin d'ici, dans un bar de South Beach, à Miami, lorsque j'ai reçu un coup de fil des responsables de Marina Rinaldi, nous confie le créateur italien. Ils voulaient me donner carte blanche pour créer une collection. Vous connaissez Ocean Drive ? C'est un paradis. J'étais entouré de filles superbes, certaines maigres, d'autres bien portantes, toutes très jolies ! Je n'ai pas hésité. Pour moi, peu importe la physionomie, du moment qu'on ait de la...

Cigarette à la main, Fausto Puglisi embrasse du regard la place Vendôme depuis un des balcons du Ritz, où il nous reçoit. Nous sommes début juillet et la Semaine de la haute couture bat son plein à Paris. En contre-bas, c'est un défilé de princesses qui passent les portes du palace. Des clientes venues du Moyen-Orient, de Chine, de Russie, toutes perchées sur de hauts talons et vêtues de robes féeriques. " J'étais très loin d'ici, dans un bar de South Beach, à Miami, lorsque j'ai reçu un coup de fil des responsables de Marina Rinaldi, nous confie le créateur italien. Ils voulaient me donner carte blanche pour créer une collection. Vous connaissez Ocean Drive ? C'est un paradis. J'étais entouré de filles superbes, certaines maigres, d'autres bien portantes, toutes très jolies ! Je n'ai pas hésité. Pour moi, peu importe la physionomie, du moment qu'on ait de la personnalité. " Derrière nous, dans une salle de réception ornée de dorures, c'est Ashley Graham, dans une tenue léopard au décolleté pigeonnant, qui donne corps à son propos. La top aux mensurations généreuses est égérie Marina Rinaldi et incarne à merveille ce label du groupe Max Mara qui s'adresse aux " plus size ". " Ma collection est inclusive, poursuit notre interlocuteur. C'est une ode aux femmes superbes, sexy et en bonne santé, mais qui ne sont pas nécessairement minces. A l'image de l'animatrice américaine Oprah Winfrey ou de l'actrice Viola Davis, par exemple. Nous avons tous un corps à célébrer et montrer. " Fausto Puglisi a grandi en Sicile, à Messine. Et très vite, il fut attiré par la mode, celle des vitrines des boutiques locales où s'affichait alors le prêt-à-porter des années 80, mais aussi celle des costumes que ses grands-parents façonnaient à la main. En 1999, rêvant d'autres horizons, il part s'installer outre-Atlantique, d'abord à New York, puis au Texas et enfin à Los Angeles. C'est là que ses premiers modèles, fabriqués par des tailleurs de Messine, sont repérés par la boutique Maxfield, mais aussi par quelques stylistes de renom telles qu'Arianne Phillips et Patti Wilson. Il faut néanmoins attendre son retour dans la Botte pour que sa griffe prenne son essor. En 2010, Domenico Dolce et Stefano Gabbana l'invitent à vendre ses pièces dans leur boutique multimarque Spiga 2, mettant en avant de jeunes designers émergents. Ses modèles sont épuisés en quelques jours. Ce qui l'incite à montrer ses créations à Milan, dans des présentations intimes, puis en 2013, lors d'un véritable défilé. Entre-temps, il deviendra également directeur créatif d'Ungaro et s'immiscera parmi les chouchous des stars : il concevra des costumes pour une performance de Michael Jackson et Whitney Houston, à l'occasion des Grammy Awards, et pour la tournée Rebel Heart de Madonna. Beyoncé, Cate Blanchett et Jennifer Lopez ont également porté ses looks. On pourrait qualifier le style de Fausto Puglisi de " molto italiano ", une sorte de lointain cousin de Versace ou de Dolce & Gabbana, mais avec un côté " clean " et sportswear provenant de son séjour en Amérique. Le quadra aime autant le baroque que les lignes épurées et trace ainsi sa propre voie. " Les tendances, c'est pour les idiots ", affirmait-il d'ailleurs dans un journal italien. " J'aime les imperfections, les imprimés, la vie. J'aime Picasso, Dalí, l'histoire des partis communistes italien et espagnol, Pasolini, Fellini. Ou encore Susan Sarandon qui se fait embarquer parce qu'elle manifeste dans la rue pour les droits de l'homme ", énumère-t-il. Autant d'influences que l'on retrouve dans sa collection pour Marina Rinaldi, faite de coupes architecturées, de motifs géométriques et de teintes vives, mais aussi d'une veste de motard en cuir, avec broderies dorées. En deux mots, une garde-robe " pour une femme qui se sent libre, qui n'a pas peur, qui n'a pas de limites ". Texte écrit par Jesse Brouns (avec F.B.Y.)