Si les marques commencent à repenser tout doucement leur offre en faveur des personnes handicapées - un marché trop souvent ignoré jusqu'à présent -, on voit se développer une autre tendance dans le domaine de la mode et de la beauté : des égéries atteintes de trisomie 21, autrement appelé syndrome de Down, défilent sur les podiums.
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Si les marques commencent à repenser tout doucement leur offre en faveur des personnes handicapées - un marché trop souvent ignoré jusqu'à présent -, on voit se développer une autre tendance dans le domaine de la mode et de la beauté : des égéries atteintes de trisomie 21, autrement appelé syndrome de Down, défilent sur les podiums.Parmi elles, Kate Grant, mannequin de 20 ans originaire du nord de l'Irlande, récemment désignée ambassadrice des produits Benefit Cosmetics. En août 2018, la jeune femme est devenue la première femme porteuse du syndrome de Down à gagner un concours de beauté prônant la diversité, le Team Ultimate Beauty Of The World. "Mon rêve est devenu réalité, avait-elle alors déclaré. Et ce rêve est d'avoir l'opportunité d'inspirer les plus jeunes porteurs de la trisomie 21 ou à besoins spécifiques de croire en eux-mêmes". Depuis, sa notoriété ne fait que grandir et sa communauté de fans a bondi.C'est l'Australienne Madeline Stuart qui ouvre le bal de l'inclusion. À 18 ans, elle est la première personne atteinte de trisomie à fouler le catwalk. Contactée en 2015 par FTL Moda, un collectif de jeunes créateurs italiens, elle fait ses premiers pas dans le Vanderbilt Hall à l'occasion de la Fashion Week de New York. Main sur la hanche, menton relevé, la jeune fille alors âgée de 18 ans prend la pose, telle une pro. C'est même elle qui a eu la lourde tâche de clôturer le défilé avec la traditionnelle robe de mariée.Le mannequinat représente pour Madeline Stuart un mode d'expression. Elle utilise sa profession comme une manière d'offrir un regard nouveau sur les personnes qui sont, comme elle, atteintes de trisomie 21. Elle souhaite ainsi encourager leur insertion dans la société actuelle. "C'est formidable qu'on lui offre cette opportunité. C'est une plateforme fantastique pour faire passer nos idées sur l'intégration et le handicap", explique Rosanna Stuart, la mère de la jeune mannequin.Deux ans plus tard, la voilà de retour à la Fashion Week non pas en tant que mannequin, mais en tant que créatrice cette fois. Pour les débuts de sa marque "21 reasons why" (NDLR : une référence au 21e chromosome à l'origine de la maladie et peut-être aussi à la série à succès 13 reasons why ), l'Australienne présente une ligne sport en lycra composée de collants, de jupes et hauts barrés de messages tels que "supermannequin".Dans l'industrie de la mode, les questions de l'apparence et de la visibilité sont essentielles et très épineuses. Elle renforce souvent un idéal fantasmé qui impose des normes patriarcales et de minceur. Bref, la vision d'un corps (trop) bien sculpté qui défierait toutes attentes. Mais ces dernières années, les moeurs commencent tout doucement à changer. Le débat actuel sur ces mannequins "photoshopés", trop parfaits pour être vrais, en est d'ailleurs la preuve. Le prestigieux syndicat américain de la mode a même, en ce début d'année, appelé à plus de diversité, et notamment à la plus grande présence de mannequins grandes tailles, sur les podiums.Cette nouvelle tendance pourrait donc bien être le résultat d'une prise de conscience égalitaire et d'une oppression souvent ignorée. "Les personnes handicapées font face à un nombre incroyable d'injonctions, dont, notamment, l'idée qu'elles devraient être dépossédées de leurs choix, ne pas choisir l'heure à laquelle elles se lèvent, ne pas avoir de considération vestimentaire autre que pratique, ne pas avoir le droit de gérer leur propre vie et leurs choix les plus intimes", explique Zig Blanquer, militant français.En février 2018, deux marques pour enfants ont suivi la tendance. River Island a notamment lancé une campagne de pub présentant six nouvelles égéries : des enfants atteints de trisomie 21 ou de paralysie cérébrale. "Les modèles ont été sélectionnés pour cette campagne afin de refléter la diversité de notre clientèle et célébrer une éthique qui a autant de sens dans notre société que dans notre garde-robe ", a expliqué l'un des porte-paroles de River Island. Pour cette occasion, le groupe s'est même associé à l'organisme Ditch The Label, qui prône l'idée que "les étiquettes sont faites pour les vêtements, pas pour les enfants".De son côté, la marque de produits alimentaires pour bébé Gerber a désigné Lucas, un nourrisson géorgien lui aussi atteint du syndrome de Down, comme nouvel ambassadeur. Leur campagne de publicité avait pour objectif de faire évoluer les mentalités. "Chaque année, nous choisissons le bébé qui illustre le mieux l'héritage de longue date de Gerber: reconnaître que chaque bébé est un bébé Gerber", a expliqué Bill Partyka, président de la marque. "Cette année, Lucas correspond parfaitement ".Face à ces initiatives, qui a force pourrait prendre la forme d'un mouvement, nombreux sont ceux à s'interroger quant aux raisons et objectifs de ces choix encore considérés comme audacieux. Coup de pub, opportunité des marketers pour faire parler de leur marque, ou réelles préoccupations sociales ? La question divise et reste en suspens...