La passion du secteur du luxe pour l'art ne date pas d'hier : dans les années 30, Elsa Schiaparelli réalisait déjà des imprimés, des chapeaux et des flacons de parfum en collaboration avec Salvador Dalí. Et avant même que Christian Dior ne fasse ses premiers pas dans la couture, il avait ouvert sa propre galerie, grâce à l'apport financier de son père, où il vendait notamment des Picasso. Sans parler de la collection d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé qui relève de la légende.
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La passion du secteur du luxe pour l'art ne date pas d'hier : dans les années 30, Elsa Schiaparelli réalisait déjà des imprimés, des chapeaux et des flacons de parfum en collaboration avec Salvador Dalí. Et avant même que Christian Dior ne fasse ses premiers pas dans la couture, il avait ouvert sa propre galerie, grâce à l'apport financier de son père, où il vendait notamment des Picasso. Sans parler de la collection d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé qui relève de la légende. Peintres, sculpteurs... ont souvent été une source d'inspiration pour les créateurs. Pour preuve, par exemple, la robe Mondrian d'Yves Saint Laurent, conçue en 1965, tout comme la récente collaboration entre le label japonais Undercover et le peintre belge Michaël Borremans. C'est à la chorégraphe Vanessa Beecroft que Kanye West a fait appel pour son show, lors de la dernière édition de la Fashion Week new-yorkaise, à l'instar de Tod's à Milan, au printemps dernier. Quant à la griffe Prada, elle a commandé au jeune Christophe Chemin une série de dessins destinés à être imprimés sur des chemises notamment.DONNANT DONNANT L'art, moins commercial que la mode, aide non seulement les marques à raconter une histoire mais les rend aussi plus attrayantes. L'inverse est également vrai. Artistes, galeries et musées bénéficient ainsi d'un soutien financier du secteur et atteignent généralement, grâce à ce dernier, un public plus large. Ainsi, la Japonaise Yayoi Kusama, connue depuis les années 60 dans un cercle relativement restreint, a été promue au rang de star mondiale lorsque Marc Jacobs l'a invitée à collaborer avec Louis Vuitton. Ce type de partenariat est toutefois aussi sujet à controverses. Notamment lorsque les maisons de luxe se permettent de financer des expositions sur elles-mêmes dans des lieux de culture existants. Si ce genre d'action s'apparente presque à des publicités sur papier glacé, il attire néanmoins les foules. L'époque durant laquelle les musées étaient subsidiés à 100 % étant bel et bien révolue, les fortunes des géants du sac à main leur offrent une planche de salut. Particulièrement lorsqu'il s'agit de financer des projets artistiques plus difficiles et moins évidents. Voire des monuments. Tod's a ainsi déboursé 25 millions d'euros pour la rénovation du Colisée, Diesel a dépensé 5 millions d'euros aux enchères pour le pont Rialto à Venise, Fendi 2,5 millions pour deux fontaines à Rome et Bulgari 2 millions pour les escaliers de la place d'Espagne, également dans la Ville éternelle. Mais aujourd'hui, le phénomène va plus loin et quand les magnats de la mode investissent dans des collections spectaculaires, ils entendent bien les exposer dans des infrastructures spécifiquement créées pour eux. C'est ainsi que naissent progressivement des fondations faisant à la fois office de musée et d'instrument de marketing. Tour d'horizon. FONDATION LOUIS VUITTON En octobre 2014, la Fondation Louis Vuitton est inaugurée dans le Bois de Boulogne, à Paris. L'édifice a été imaginé par l'architecte américain Frank Gehry et est voué à accueillir la collection du groupe LVMH, qui englobe entre autres les labels Louis Vuitton, Givenchy, Kenzo, Fendi et Céline. La fondation aurait coûté plus de 100 millions d'euros, ce qui représente l'investissement le plus important dans le domaine des beaux-arts pour ce géant du luxe. Celui-ci n'est cependant pas novice en la matière. Ces deux dernières décennies, il a parrainé plus de quarante grandes expositions muséales et opère depuis 2006 à l'espace culturel Louis Vuitton, à deux pas de l'avenue des Champs-Elysées. Le lieu est devenu une attraction touristique en un temps record, pour ses expos, mais aussi ses concerts et ses défilés orchestrés par le directeur artistique de la maison, Nicolas Ghesquière, deux fois par an. Jusque fin août, l'endroit est placé sous le signe de la Chine.FONDATION CARTIER POUR L'ART CONTEMPORAIN Pionnier en la matière, Cartier crée déjà une fondation pour l'art contemporain dès 1984, à Jouy-en-Josas, près de Versailles. Dix ans plus tard, l'institution s'installe dans un imposant bâtiment vitré conçu par l'architecte Jean Nouvel, à Paris. Depuis, plusieurs événements y sont annuellement organisés et mettent à l'honneur tant des talents reconnus que d'autres plus jeunes ou moins connus du grand public. Ces vingt dernières années se sont déroulées d'excellentes expositions thématiques notamment sur le rock'n'roll, les oiseaux et la nuit, mais aussi sur Patti Smith ou David Lynch.FONDAZIONE PRADA Miuccia Prada et Patrizio Bertelli lancent, en 1993, PradaMilanoArte, un espace dédié à la sculpture contemporaine, avant de créer une fondation deux ans plus tard. Depuis l'année dernière, la Fondazione dispose de son propre espace dans un ancien bâtiment d'usine réhabilité, au sud de Milan. Le complexe de presque 20 000 m2 a été rénové par OMA, le bureau de Rem Koolhaas qui a déjà imaginé des décors de défilés pour la maison et un certain nombre de flagship stores. Le grand atout de l'endroit ? Un bar aménagé par le cinéaste Wes Anderson. FONDATION D'ENTREPRISE HERMÈS Autre approche du genre : celle de la Fondation d'entreprise Hermès, instaurée en 2008 et qui ne possède pas d'étincelant palais mais six espaces plus restreints répartis aux quatre coins du globe (Séoul, Singapour, New York, Tokyo, Bern et Bruxelles). La Verrière, le tout premier lieu d'expo de la griffe, se situe depuis début 2000 dans un ancien garage pourvu d'un toit en verre, dans la capitale. L'institution coordonne ces galeries, organise des workshops et des résidences d'artistes, possède son propre programme théâtral et finance également un prix du design. Elle investit par ailleurs dans l'éducation et l'environnement. PALAZZO GRASSI Kering, le groupe de luxe propriétaire de Gucci, Saint Laurent, Bottega Veneta et Balenciaga notamment, suit une stratégie semblable à celle de son rival séculaire LVMH. François Pinault, fondateur et père de l'actuel CEO, François-Henri Pinault, a investi trois sites à Venise : l'historique Palazzo Grassi, ouvert en 2006 pour des expositions temporaires souvent basées sur des oeuvres de la collection propre ; le triangle Punta Della Dogana, un ancien bâtiment douanier abritant un accrochage permanent et, depuis peu, le Teatrino, comptant un auditorium de 220 places et des salles de réception. La Fondation François Pinault fait désormais partie des attractions culturelles respectées de la Cité des Doges. COLLEZIONE MARAMOTTI La Collezione Maramotti - du nom du fondateur de MaxMara, Achille Maramotti, qui l'entama dans les années 70 - est une collection privée d'art contemporain installée dans une ancienne usine de la marque, à Reggio Emilia, dans le nord de l'Italie, depuis 2007. Parmi les noms qui y figurent, David Salle, Alex Katz ou encore Gerhard Richter. La griffe de mode entretient également des liens étroits avec le Whitney Museum, à New York, dédié en majorité aux concepteurs américains des XXe et XXIe siècles. L'institution, fondée en 1930 par la richissime artiste Gertrude Vanderbilt Whitney, a pris ses quartiers l'an dernier dans un bâtiment flambant neuf du Meatpacking District, signé par Renzo Piano et auquel MaxMara a apporté sa contribution. PAR JESSE BROUNS