En général, l'association des mots " mode " et " recyclage " évoque spontanément de petites marques écoresponsables, pas forcément à la pointe de la tendance. Ou les géants de la fast fashion, qui ont désormais intégré que réduire leur impact environnemental est devenu une urgence - y compris en termes d'image.
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En général, l'association des mots " mode " et " recyclage " évoque spontanément de petites marques écoresponsables, pas forcément à la pointe de la tendance. Ou les géants de la fast fashion, qui ont désormais intégré que réduire leur impact environnemental est devenu une urgence - y compris en termes d'image. Par contre, que le luxe puisse se piquer d'offrir une seconde vie à d'anciennes collections est loin d'être une évidence aux yeux du grand public, pour qui haut de gamme et récup' restent antithétiques. Or, l'incompatibilité n'est qu'apparente. C'est que la démarche est ici totalement différente : vu les faibles volumes produits, elle ne s'inscrit pas dans une volonté de minimiser une quelconque empreinte carbone mais plutôt de proposer des vêtements uniques, en lien avec les archives d'une griffe. Plus confidentielles, les initiatives allant dans ce sens sont pourtant bien réelles. A titre d'exemple, on peut citer le parti pris de la ligne Artisanal de Maison Margiela, qui mise sur le détournement de l'existant. Chez Hermès, les accessoires qui sortent de l'atelier Petit h sont strictement fabriqués à partir de chutes de cuir ou de tissus. Quant à Viktor & Rolf, ils en ont fait leur leitmotiv, depuis le Festival d'Hyères où ils remportèrent tous les prix en 1993 jusqu'à leur haute couture, sans oublier la capsule signée l'an dernier avec Zalando, pour laquelle le duo avait puisé dans le stock d'invendus du site. Souvent, en valorisant ce qu'ils ont à portée de main, les créateurs perpétuent également une forme de transmission, celle de savoir-faire ancestraux qui sans eux seraient voués à disparaître. C'est ainsi qu'Olivier Theyskens, dont les pièces réalisées depuis 1999 s'emparent, dès ce 15 juin, de la Cité de la dentelle et de la mode de Calais, a acquis la technique du biais. Un apprentissage qui s'est déroulé aux côtés d'une " dame qui avait travaillé chez Montana " et lui a " donné les clés ". En entrant en résonance avec les oeuvres et outils des XIXe et XXe siècles conservés par le musée, la somme de ce que Belge a dessiné au cours des vingt années écoulées " nous permet de comprendre en quoi la mémoire des gestes est importante à préserver ", résume Lydia Kamitsis, commissaire de l'exposition si justement nommée In praesentia. Parce qu'elle n'a rien de passéiste et démontre au contraire la modernité qui peut naître de cette " matrice dynamique " qu'est l'histoire.