Milan, 21 février dernier. Deux jours après le décès de Karl Lagerfeld, le défilé posthume de Fendi - le dernier réalisé sous la direction du créateur allemand - se clôture sur l'emblématique Heroes de David Bowie. Derrière ce choix symbolique, Michel Gaubert, illustrateur sonore et ami de longue date du Kaiser de la mode.
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Milan, 21 février dernier. Deux jours après le décès de Karl Lagerfeld, le défilé posthume de Fendi - le dernier réalisé sous la direction du créateur allemand - se clôture sur l'emblématique Heroes de David Bowie. Derrière ce choix symbolique, Michel Gaubert, illustrateur sonore et ami de longue date du Kaiser de la mode. Depuis plus de trente ans, il imagine les bandes-son des shows les plus prestigieux (Chanel, Dior, Raf Simons et Celine, entre autres) pour les " habiller ". DJ au Palace, à Paris, dans les années 80, il se retrouve sollicité par de grandes maisons pour orchestrer la musique de leur présentations. Sans le savoir, il est en train de créer son métier. Aujourd'hui, il est le plus célèbre dans son créneau, son compte Instagram dépasse les 315 000 followers et il signe, en moyenne, une trentaine de soundtracks par saison. Comment concevez-vous votre métier ?Je suis le lien entre les agences de mannequins et les maisons de mode ou les créateurs. Je sélectionne pour eux les visages susceptibles d'incarner leur marque et de la faire vivre, pour le défilé ou les photos. Je joue également le rôle du scout (NDLR : celui qui déniche les modèles potentiels) et d'agent car malheureusement il y a peu de diversité dans les propositions des agences. Quel chemin avez-vous emprunté ?A 18 ans, j'ai été scouté dans la rue, à Liège. J'étais novice et pas vraiment partant. J'ai fait des photos et défilé pour Comme des Garçons, voyagé en Asie, à Milan, à Paris et me suis rendu compte que je préférais le métier d'agent. J'ai eu la chance d'entrer chez Hakim Model Management, une agence très pointue basée à Bruxelles, cela m'a permis de développer mon oeil et d'apprendre à accompagner les mannequins dans leur carrière. C'est plus compliqué qu'il n'y paraît, d'autant qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Avoir été mannequin, est-ce un atout ?Je sais à quel point c'est difficile de se présenter devant un casting director, cela m'a donné un côté très humain. Mais cela m'a également desservi, certains ont pensé que j'étais " juste " un mannequin qui ne savait pas comment se recycler... Il y a trois saisons, Marine Serre cherchait un casting director, j'ai fait un bout d'essai pour son premier défilé, elle a directement signé pour les suivants. Et j'ai enchaîné avec d'autres clients, avec Sterling Ruby notamment qui, depuis Los Angeles, avait entendu UNE DÉFINITION. " Le métier d'attaché de presse est d'accompagner un créateur dans ses démarches médiatiques, mais pas seulement. Cela pourrait être aussi un peu une nounou qui le protège. En tout cas, nos conseils peuvent l'aider à évoluer dans le milieu et à grandir. Une partie de notre travail consiste également à établir un plan " média ", c'est-à-dire choisir avec le créateur les magazines qui correspondent à sa clientèle pour communiquer et/ou pour acheter de l'espace publicitaire. Car on peut décider de faire de la pub, un défilé, ouvrir une boutique éphémère... Le budget alloué à l'image est différent suivant le développement voulu par la marque. " UN PARCOURS. " Mon école ? Les couturiers. J'ai été formée sur le tas, le métier d'attaché de presse n'existait pas vraiment lorsque j'ai débuté en 1968. J'assistais alors aux essayages, je donnais mon avis quand on me le demandait, je m'occupais du casting et de la production du défilé. J'ai ainsi accompagné John Galliano, depuis sa sortie de l'école à son entrée chez Dior, Vivienne Westwood pendant quinze ans, Felipe Oliveira Baptista, Viktor&Rolf... Et ce, pendant les meilleures années de leur création. " UN CONSEIL. " Etre à l'écoute du créateur. Entrer dans sa mode, aimer son projet. Et être "habitée" par son sujet pour pouvoir convaincre qu'il faut absolument le découvrir. " LEUR CHAMP D'ACTION. Elles sont spécialistes en scénographie, aménagement d'espaces et réalisation de décors événementiels. Mais elles préfèrent se définir comme " metteuses en matières ". A elles, la traduction concrète de concepts en jouant avec les volumes, les objets, les textures et les matériaux pour faire naître une histoire. Action+Service fabrique en quelque sorte un écrin. " Notre part de créativité est révélée par la transformation des matières premières. Notre volonté est de relayer le plus justement possible les envies des créateurs, scénographes, agences et architectes avec un réel souci du détail et de la finition. Le challenge, désormais, c'est la durabilité. Un thème essentiel dans notre métier qui nous pousse à trouver de nouveaux matériaux et des solutions environnementales saines. " LEUR OBJECTIF. " Produire de l'exceptionnel en repoussant sans cesse les limites du possible. " Pari tenu, à arpenter les salles du Musée Mode & Dentelle, à Bruxelles, magnifiées par l'exposition Reflection by Jean-Paul Lespagnard, à déambuler dans le tout nouveau musée Delvaux in situ (lire par ailleurs), à découvrir dans la réalisation des décors pour la société Villa Eugénie lors de la Fashion Week parisienne, Hermès Benelux ou Bob Verhelst. Elle rêvait d'être styliste. mais elle est modéliste, et c'est tant mieux. Sarah Henken a pour elle des études à l'Institut Bischoffsheim, Bruxelles, qu'elle termine au milieu des années 90 et qui la font entrer de plein pied dans la création du volume. D'autant qu'elle décroche un stage chez Véronique Leroy, dont elle avait vu un défilé qui l'avait ébahie - elle travaillera à ses côtés dix ans durant, c'est elle qui lui fera apprécier viscéralement la beauté du métier. " Elle m'a fait comprendre combien le modélisme était important, que j'étais douée pour ça, que je participais ainsi à la création du vêtement et que je pouvais bonifier dans ma carrière. Parce qu'au début, techniquement, on rame, on ne peut apprendre qu'en faisant des erreurs et en trouvant des solutions. Car il y a une logique dans le modélisme, une sensibilité. Il faut comprendre la pièce, comment elle tombe, regarder le corps dedans et que tout s'emboîte parfaitement. " D'une main très sûre, elle donne vie au vêtement sur une envie, une idée d'un directeur artistique. Dans son chef, le mot binôme prend tout son sens - elle a fait équipe avec Lutz, Bless, Mélodie Wolf ou encore son mari, le tatoueur Rude, quand ils lancèrent avec succès leur label, de 2005 à 2010, qu'ils avaient baptisé If I... et qui entendait proposer un vestiaire confortable que pourraient s'échanger les filles et les garçons. Dans le même temps, elle était devenue la modéliste de Martine Sitbon, sept ans de bons et loyaux services, jusqu'en 2013 où elle entrera chez Balenciaga, période Alexander Wang. Depuis, elle fait équipe avec Demna Gvasalia, directeur artistique de cette maison singulière fondée par le couturier espagnol qui savait mieux que quiconque honorer l'architecture d'une pièce. " Demna sait ce qu'il veut et il comprend le vêtement, il a conscience du travail qui s'y trouve. Techniquement, c'est intéressant, on pousse les recherches toujours plus loin. " S'il lui fallait ne donner qu'un conseil à un ou une jeune modéliste, il aurait cette forme-là : " Ne pas laisser tomber à la première catastrophe, tenir bon, faire des stages, entrer dans une maison où on vous donne votre chance. " Sur votre carte de visite, qu'est-il mentionné comme titre ?Rien, je suis en charge de notre petite entreprise depuis nos débuts, en 1993, mais nous n'avons jamais attribué de nom à ma fonction. J'organise la vente et la sélection des clients, je veille à équilibrer les budgets et je suis attentive à minimiser le stress. A quoi ressemble votre parcours ?Il est atypique. J'ai étudié l'histoire de l'art et je connaissais très peu ce métier quand j'ai commencé avec Sofie. Après ses études en dentisterie, elle avait ajouté deux années à l'Académie royale d'Anvers. Nous avons avancé très lentement, soucieuses de faire le moins d'erreurs possible, et voulions un produit d'une grande qualité. Dans les collections Sofie D'Hoore, il y a une recherche immense au niveau des tissus et un travail de patronage invraisemblable. La marque n'a jamais défilé. Pourquoi ce choix ?Nous ne sommes pas dans l'image. Pour nous, la valeur ajoutée est dans le vêtement, nous avons toujours le souci que l'acheteuse finale acquière une pièce qu'elle portera longtemps et qui deviendra encore plus belle avec le temps. Cela dit, ne pas défiler à Paris est aussi un handicap en termes de visibilité internationale. Et pour beaucoup de magasins susceptibles de vendre nos collections, c'est presque une condition sine qua non afin d'être pris au sérieux. Ce n'est pas pour autant une assurance de réussite, d'autant que le budget d'un show est énorme.Quel est votre parcours ?Je suis entré à La Cambre Mode(s) à l'âge de 16 ans et j'ai parcouru le cursus de cinq années. Ensuite, je suis directement parti travailler à Paris. J'étais assistant styliste - en tant que stagiaire - pour le magazine Citizen K, qui jouissait d'une belle influence à l'époque. Jusqu'à mes 30 ans, j'ai exercé le métier de rédacteur mode et, petit à petit, j'ai dévié vers la direction d'image pour des marques. Maintenant, je réalise aussi de la photo. En quoi consiste la direction d'image ?Il s'agit de comprendre une marque, son univers et ses valeurs. Je suis également chargé de rationaliser les différentes expressions qu'elle prendra, tout en restant le plus créatif possible. Je parle ici des campagnes, des défilés ou de l'identité des showrooms, par exemple. Je suis avant tout un gardien de la cohérence. Je me dois d'offrir un message aussi clair que désirable. Dans certains cas, je participe également à l'élaboration d'une collection : choix des couleurs, des tissus ou des modèles. Ce qui me plaît énormément ! Comment collaborez-vous avec les directeurs artistiques ? N'imaginent-ils pas eux-mêmes les looks ?Selon les D.A. et leur méthode de travail, cela peut varier énormément. Parfois, il est demandé au consultant de proposer entièrement la silhouette de la saison mais c'est devenu plus rare. Principalement, je participe à de longues discussions avec eux, des sortes de ping-pongs créatifs où les idées fusent, s'enchaînent, se contredisent jusqu'à trouver la formule idéale, l'équilibre " presque " parfait... même si je ne suis pas un fan de la perfection. J'aime qu'on laisse la porte ouverte à l'évolution. Il suffit parfois d'un petit concert à Anvers et d'un Anglais magicien qui sait comment placer les sources, jongler chromatiquement et privilégier la narration pour changer le cours d'une vie. A 14 ans, Koert Vermeulen découvre, subjugué, que la lumière peut faire des miracles. A 20 ans, il pose les bases de sa société de location lumières et son, il n'a pas eu besoin de faire d'études, mises à part quelques années d'architecture à Saint-Luc, à Bruxelles. Il travaille alors avec Walter Van Beirendonck et l'Académie d'Anvers, signe les premiers défilés de Christophe Coppens. Très vite, il élargit son champ d'action, fonde son agence et se met à éclairer tous azimuts : l'opéra urbain Décrocher la lune de Franco Dragone à La Louvière, la cathédrale de Strasbourg, des boutiques de luxe, les spectacles du parc de loisirs du Puy du fou, la 29e finale mondiale du concours d'Elite Model Look à Shanghai, The King's Cup final à Riyad... Entre temps, de 2004 à 2008, il partagera son savoir et enseignera à l'Académie - il y proposait alors à ses étudiants de regarder " vraiment " la lumière, puis les mettait face à un Vermeer, La jeune fille à la perle, par exemple, et leur demandait de recréer la façon dont l'artiste avait joué avec les ombres et les lueurs. Les ondes électromagnétiques, les effets, le soleil, les réflecteurs, les diffuseurs et tout ce qui va avec l'art du " lighting design " n'ont aucun secret pour lui - il a mené à bien 768 projets, il les a comptés. Aujourd'hui, il cornaque à Bruxelles une équipe de vingt personnes et figure dans le top 15 des plus grands bureaux de design de lumière de la planète. UN PARCOURS SCOLAIRE. A 14 ans, Alexandra Sebbag s'était promis de tester tous les métiers liés à la mode. Depuis, elle a tenu parole, cumulé les cursus, de son lycée professionnel à Toulouse en passant par l'ESA le 75 et Saint-Luc à Bruxelles. Une trajectoire qui fait d'elle une " creative designer " férue de graphisme, d'architecture du vêtement et d'imprimés flamboyants qui s'emparent désormais des silhouettes de Cédric Charlier. Et comme elle est du genre super active, elle ajoute à cela l'enseignement - elle est professeur à La Cambre mode(s) en première année, après l'avoir été dans l'école qui la forma - et signe des costumes pour les arts vivants. DES IMPRIMÉS. Depuis le printemps-été 19, Alexandra Sebbag conçoit les prints de la collection du Belge Cédric Charlier. " J'avoue que j'ai le luxe de pouvoir " m'emballer " dans sa thématique. Je fais une recherche, je passe quinze jours à la Bibliothèque royale et à la bibliothèque flamande à côté de la Monnaie, très fournie en livres d'art. J'archive les images puis je lui explique ce que j'imagine. Pour cet automne-hiver, son envie était très simple : les oiseaux. Il connaît mon univers, il sait que j'arrive à sortir du cadre conventionnel de l'imprimé. Je compose les saynètes sur ordinateur, en vectoriel, puis directement sur les pièces de patronage. Ensuite je les analyse pour comprendre comment la robe a été pensée par Cédric et comment, avec le motif, je peux mettre en exergue telle ou telle partie. C'est un peu étrange de travailler à l'aveugle, sans connaître l'entièreté de la collection et quand je vois le défilé, je suis émerveillée... Mais ne l'est-on pas toujours quand on regarde le show d'un créateur que l'on aime ? "