Depuis toujours, depuis qu'il est petit, Philibert Delecluse dresse un inventaire fantastique fait de démesures, de folles terreurs et d'incandescentes illuminations. A lui Chronos, Sisyphe, Narcisse, le fils prodigue, les forces vives et telluriques, les tempêtes, les inondations, le courroux des dieux, son chien, Joseph Bruyère, un randonneur et l'homme à la cravate, son alter ego. Dans son atelier, il peint assis, ou debout, selon le format de son châssis, parfois rond, parfois rectangulaire, parfois XXL, parfois XXS.
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Depuis toujours, depuis qu'il est petit, Philibert Delecluse dresse un inventaire fantastique fait de démesures, de folles terreurs et d'incandescentes illuminations. A lui Chronos, Sisyphe, Narcisse, le fils prodigue, les forces vives et telluriques, les tempêtes, les inondations, le courroux des dieux, son chien, Joseph Bruyère, un randonneur et l'homme à la cravate, son alter ego. Dans son atelier, il peint assis, ou debout, selon le format de son châssis, parfois rond, parfois rectangulaire, parfois XXL, parfois XXS.Depuis toujours, ce peintre belge né à Mouscron en 1962 revisite les mythes, tous les mythes, si bien que trouvent grâce à ses yeux même ceux qui ont trait au cyclisme, Grande Boucle en tête et Cannibale couronné.Pour l'heure, il vient de mettre la dernière main à cinquante portraits d'Eddy, 50 Nuances de Merckx (Meessel-Kiezegem, 1945) et à un retable hors normes qui trouve sa source dans L'agneau Mystique de Hubert et Jan Van Eyck (Gand, 1432), échelle oe, baptisé Le retable de l'Eddy mythique.Philibert Delecluse n'avait plus guère envie de " tourner autour du pot ", Eddy est son héros, comme pour beaucoup, sauf que chez lui " cela a pris un peu plus de place que chez d'autres ". Il avait 7 ans en 1969, faisait les moissons chez son parrain, à Herseaux, au coeur de l'après-midi, tous descendaient du tracteur, coupaient le moteur, s'installaient religieusement devant un poste de télévision afin de suivre l'étape du Tour de France. Sur la carte épinglée au mur, il plantait de minuscules drapeaux qui ne flottaient pas au vent mais marquaient les étapes victorieuses. Les passions enchaînent les enfants bienheureux qui savent distinguer les suceurs de roues et les autres - Philibert est de ceux-là.Il faudra pourtant attendre 1997 et sa première exposition pour le voir s'emparer du sujet à bras le corps. Avec Les vélos dans la tête, à la Galerie Work Bench à Kortenberg, Philibert Delecluse puise dans son imaginaire fougueux tout en ancrant son travail à l'huile, en couches et sous-couches, dans le glacis des Vénitiens et leur précieux sfumato. Depuis, il a rendu hommage à Pino Cerami (2002), exposé son Podium, tour de France (2009), peint Le Grand Braquet pour une Doyenne (2011) et pensé très fort à son héros le dieu du vélo qui méritait mieux - un polyptique pourquoi pas ?Et le voilà. Sa trinité sur fond doré porte les maillots de ses victoires tandis que ses équipiers chantent ses louanges sous le regard d'Adam et Eve dûment casquettés, nus comme au premier matin du monde et cependant tannés par le soleil - il n'est pas dit qu'ils n'enfilèrent pas un jour la panoplie qui colle à la peau du pédaleur professionnel. Au centre du retable, il est question d'une attaque au Tourmalet qui encourage si besoin était les lignes de force menant à l'icône.Quant aux 50 Nuances de Merckx, ils ont pu éclore parce que sa belle-mère lui avait offert des châssis 40X50 dont elle ne savait que faire. Le format, l'anniversaire des cinquante ans de la première victoire d'Eddy, la collection de maillots rose, jaune, Solo, Peugeot, Faema, Faemino, Molteni, Fiat et C&A, bref la belle coïncidence des chiffres lui a alors donné l'idée d'additionner les portraits en buste de son héros. Un nuancier tout en transparence qui dit sans se répéter son goût viscéral pour une peinture narrative - et quelle peinture.50 nuances de Merckx, exposition de peintures, Philibert Delecluse, à la maison des Randonneurs, Enclus du haut, 30A à 7750 Mont de l'Enclus. Du 20 avril au 8 juillet 2019.