Dans les années 1990, considérées par beaucoup comme "l'âge d'or" du rap américain, les femmes ont eu leur mot à dire, de Salt-N-Pepa à Foxy Brown, en passant par Lil Kim, Lauryn Hill puis Missy Elliott.

Mais petit à petit dans les années 2000 elles se sont effacées de la scène, premières victimes de la crise du disque. "L'industrie était en chute libre, quand il a fallu réduire les coûts, bien sûr que ce sont les femmes qui l'ont le plus senti", explique Kathy Iandoli, auteure d'un livre récent sur la question, "God Save The Queens".

Alors qu'auparavant on trouvait des dizaines de noms de femmes signés sur des labels, en 2010 elles n'étaient que trois à avoir un contrat avec une grosse maison de disques, rapporte le documentaire "My Mic Sounds Nice: The Truth About Women in Hip Hop".

Souvent, on les opposait les unes aux autres, comme s'il ne pouvait y avoir de place que pour une seule femme dans ce monde. Mais l'indépendance n'a pas empêché ces artistes de créer et d'innover, bien au contraire.

"Comme les garçons"

Le site Napster, qui fut l'un des pionniers du téléchargement illégal, "a rendu folles les maisons de disques", mais "il a permis de lancer des carrières comme on n'avait jamais vu auparavant, parce que les gens n'étaient plus aussi obnubilés par l'idée de décrocher un contrat avec un label", analyse Kathy Iandoli.

Entre alors en scène en 2010 la New-Yorkaise Nicki Minaj, aussi provocante en termes de style que talentueuse en terme de "flow"."C'était la première artiste hip-hop à émerger durant ce creux", poursuit Kathy Iandoli. "Nicki était la première depuis longtemps à être à la fois sexy et bonne parolière", avec un style qui parlait à la fois "aux fans de rap de rue" brut de décoffrage et "aux hommes qui veulent juste entendre des femmes parler de sexe".

Nicki Minaj, aux American Music Awards de 2011 , REUTERS
Nicki Minaj, aux American Music Awards de 2011 © REUTERS

Nicki Minaj s'est elle-même félicitée d'avoir "réintroduit la figure de la rappeuse à succès dans la pop culture".

"Quand je suis arrivée, il y avait eu une sécheresse de plusieurs années pendant laquelle aucun album fait par une femme n'avait eu une récompense de platine, pendant laquelle les femmes ne recevaient pas de budget", a-t-elle écrit sur Instagram en 2017. "J'ai montré aux gros groupes que nous étions des acteurs importants dans ce paysage, comme les garçons", a-t-elle ajouté.

Dans la foulée de Nicki Minaj, nombre de rappeuses sont arrivées dans le paysage: Cardi B, Megan Thee Stallion, Rico Nasty, City Girls, Tierra Whack... Toutes dans des registres différents.

La rappeuse de New York Dai Burger estime que les plateformes et les réseaux sociaux comme YouTube (pour les vidéos) ou SoundCloud (audio), sans parler d'Instagram qui offre un accès inédit à la vie privée de votre star préférée, ont permis à de nombreuses artistes de toucher plus facilement leur public.

Avant, "il fallait avoir ces personnes qui signaient (des contrats, ndlr) sur votre dos et il fallait avoir un certain look ou se comporter d'une certaine façon", a expliqué l'artiste à l'imposante stature à l'AFP depuis son studio de Brooklyn. "Internet nous a offert une chance à nulle autre pareille de faire ce que l'on voulait", développe-t-elle. "Je n'ai besoin de la permission de personne pour être sur le devant de la scène".

"Camaraderie"

Dai Burger est une rappeuse ouvertement homosexuelle qui célèbre le sexe sur des sonorités festives. De nos jours, "il y a plus de camaraderie entre les femmes", dans le rap, se réjouit-elle. "Il y a tellement de place pour nous toutes!", dit-elle.

Mais une ascension avec une telle liberté de ton ne s'est pas faite sans détracteurs: le rappeur et producteur d'Atlanta Jermaine Dupri, un grand nom des années 1990-2000, s'est ainsi plaint l'année dernière que le sexe soit trop présent dans les paroles des grandes stars du moment.

Ce à quoi l'ancienne strip-teaseuse Cardi B avait répondu qu'elle rappait sur sa "chatte" si elle le voulait car c'était "sa meilleure amie". "Il y a plein de rappeuses qui rappent jusqu'à l'essoufflement", s'était-elle énervée sur Instagram, en dénonçant une certaine hypocrisie. "Vous ne les soutenez pas alors que c'est de la bombe", conclut-elle.

Reuters
© Reuters
Dans les années 1990, considérées par beaucoup comme "l'âge d'or" du rap américain, les femmes ont eu leur mot à dire, de Salt-N-Pepa à Foxy Brown, en passant par Lil Kim, Lauryn Hill puis Missy Elliott. Mais petit à petit dans les années 2000 elles se sont effacées de la scène, premières victimes de la crise du disque. "L'industrie était en chute libre, quand il a fallu réduire les coûts, bien sûr que ce sont les femmes qui l'ont le plus senti", explique Kathy Iandoli, auteure d'un livre récent sur la question, "God Save The Queens". Alors qu'auparavant on trouvait des dizaines de noms de femmes signés sur des labels, en 2010 elles n'étaient que trois à avoir un contrat avec une grosse maison de disques, rapporte le documentaire "My Mic Sounds Nice: The Truth About Women in Hip Hop". Souvent, on les opposait les unes aux autres, comme s'il ne pouvait y avoir de place que pour une seule femme dans ce monde. Mais l'indépendance n'a pas empêché ces artistes de créer et d'innover, bien au contraire. "Comme les garçons" Le site Napster, qui fut l'un des pionniers du téléchargement illégal, "a rendu folles les maisons de disques", mais "il a permis de lancer des carrières comme on n'avait jamais vu auparavant, parce que les gens n'étaient plus aussi obnubilés par l'idée de décrocher un contrat avec un label", analyse Kathy Iandoli. Entre alors en scène en 2010 la New-Yorkaise Nicki Minaj, aussi provocante en termes de style que talentueuse en terme de "flow"."C'était la première artiste hip-hop à émerger durant ce creux", poursuit Kathy Iandoli. "Nicki était la première depuis longtemps à être à la fois sexy et bonne parolière", avec un style qui parlait à la fois "aux fans de rap de rue" brut de décoffrage et "aux hommes qui veulent juste entendre des femmes parler de sexe". Nicki Minaj s'est elle-même félicitée d'avoir "réintroduit la figure de la rappeuse à succès dans la pop culture"."Quand je suis arrivée, il y avait eu une sécheresse de plusieurs années pendant laquelle aucun album fait par une femme n'avait eu une récompense de platine, pendant laquelle les femmes ne recevaient pas de budget", a-t-elle écrit sur Instagram en 2017. "J'ai montré aux gros groupes que nous étions des acteurs importants dans ce paysage, comme les garçons", a-t-elle ajouté. Dans la foulée de Nicki Minaj, nombre de rappeuses sont arrivées dans le paysage: Cardi B, Megan Thee Stallion, Rico Nasty, City Girls, Tierra Whack... Toutes dans des registres différents. La rappeuse de New York Dai Burger estime que les plateformes et les réseaux sociaux comme YouTube (pour les vidéos) ou SoundCloud (audio), sans parler d'Instagram qui offre un accès inédit à la vie privée de votre star préférée, ont permis à de nombreuses artistes de toucher plus facilement leur public.Avant, "il fallait avoir ces personnes qui signaient (des contrats, ndlr) sur votre dos et il fallait avoir un certain look ou se comporter d'une certaine façon", a expliqué l'artiste à l'imposante stature à l'AFP depuis son studio de Brooklyn. "Internet nous a offert une chance à nulle autre pareille de faire ce que l'on voulait", développe-t-elle. "Je n'ai besoin de la permission de personne pour être sur le devant de la scène". "Camaraderie" Dai Burger est une rappeuse ouvertement homosexuelle qui célèbre le sexe sur des sonorités festives. De nos jours, "il y a plus de camaraderie entre les femmes", dans le rap, se réjouit-elle. "Il y a tellement de place pour nous toutes!", dit-elle.Mais une ascension avec une telle liberté de ton ne s'est pas faite sans détracteurs: le rappeur et producteur d'Atlanta Jermaine Dupri, un grand nom des années 1990-2000, s'est ainsi plaint l'année dernière que le sexe soit trop présent dans les paroles des grandes stars du moment. Ce à quoi l'ancienne strip-teaseuse Cardi B avait répondu qu'elle rappait sur sa "chatte" si elle le voulait car c'était "sa meilleure amie". "Il y a plein de rappeuses qui rappent jusqu'à l'essoufflement", s'était-elle énervée sur Instagram, en dénonçant une certaine hypocrisie. "Vous ne les soutenez pas alors que c'est de la bombe", conclut-elle.