Pour une soeur !
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Pour une soeur !On prétend que derrière chaque grand homme se cache une femme. Chez les Madani, derrière la femme se cache pourtant... une soeur. Nabila est l'aînée de Nawell, l'humoriste et danseuse belge dont le côté franc du collier a conquis le public. La jeune mère de quatre enfants, originaire de Bruxelles, a toujours eu un pied dans le milieu artistique, puisqu'elle est maquilleuse pro et styliste. Omniprésente dans la carrière de sa frangine, elle avoue quand même avoir beaucoup de mal avec la célébrité : "C'est fait pour elle ; moi, je préfère rester dans l'ombre." Hors des projecteurs, ses conseils ont toutefois une influence directe sur le succès de la star : "On a une relation fusionnelle. Dès qu'elle a une idée, elle me demande mon avis." Une complicité qui a encouragé le tandem à développer des projets communs. Le premier porte le nom d'Erebya, leur marque de prêt-à-porter : "Je me suis toujours occupée du look de Nawell. Je faisais son shopping et lui concevais des vêtements. Il y avait un intérêt pour ses tenues et on a répondu à cette demande." Le deuxième est plus personnel puisqu'il concerne le fils trisomique de Nabila, Dalil, pour qui elle va créer l'association Dalilou - "Je veux permettre à Dalil et aux autres d'avoir un assistant scolaire et d'aller à l'école comme tout le monde." Nawell sera marraine de cette cause et "s'impliquera comme une tante pour son neveu". Car la famille est très unie : actuellement, elle soutient à 100 % l'artiste, désormais réalisatrice, pour la promo de son filmC'est tout pour moi (en salle ce 29 novembre). Le résultat d'un travail acharné où Nabila a été engagée à toutes les étapes. "Dès la rédaction du scénario, elle me faisait relire. Elle a bossé à la sueur de son front." Une présence et une fierté que l'on retrouvera à l'écran puisque la styliste a accepté un "tout petit" rôle de figuration.C.M.À deux c'est mieuxCela fera bientôt dix ans que Kevin Lejeune seconde David Martin à La Paix, à Anderlecht. Il n'était là que depuis quelques mois quand le chef, aujourd'hui multi-étoilé, l'a fait passer du poste "entrées froides et desserts" à la place qu'il occupe désormais. Ici, un mets n'arrive à la carte que "lorsqu'il est carré". Autrement dit, pensé, goûté, testé jusqu'à ce qu'il frise la perfection. C'est en duo qu'ils établissent de nouvelles recettes, l'inspiration venant tant des légumes et herbes rares du potager que des trouvailles de leurs fournisseurs ou de ce que le chef rapporte de ses allers-retours au Japon, autant de découvertes qui infusent les menus. Ce métier, Kevin y est pourtant venu presque par hasard, une chance quand on y pense. Il a mis ses pas dans ceux de son grand frère, élève à l'école hôtelière de la province de Namur. C'est l'envie d'une "vie plus citadine" qui l'amènera vers Bruxelles, une fois diplômé. Une annonce pour un poste de commis attire alors son attention, le voilà à La Paix, le restaurant est en route vers sa première étoile. Alors qu'il diversifie ses activités - on pense à Bozar Brasserie, à l'émissionMartin Bonheursur RTL-TVI, aux Ateliers de la Mer à Neufchâteau et au Lieu, ouvert depuis peu à Baisy-Thy -, David Martin délègue progressivement la gestion quotidienne de La Paix à son jeune second. "Grâce à lui, j'ai reçu une formation accélérée en gérance, se réjouit-il. Je m'occupe des commandes, de la préparation des postes et de la mise en place avec trois coéquipiers. Le chef nous rejoint pour le service." Une fois celui-ci terminé, la brigade partage son repas de midi sur place, sauf le vendredi, car on ne remet pas le couvert le soir. "Ça laisse du temps pour l'échange, la transmission", conclut Kevin Lejeune. Car ce qu'il aime aussi dans ce métier-passion, c'est de voir éclore de nouveaux talents.I.W.Un capital confianceLeur "couple" n'a pas trois ans, mais c'est comme s'il avait toujours existé. Bruno de Veth le savait d'ailleurs depuis longtemps ; il voulait travailler aux côtés de l'architecte Julien De Smedt, dont les bâtiments l'inspiraient, étudiant. Aujourd'hui, le fondateur du bureau JDS Architects ne vit plus en Belgique et c'est son bras droit qui fait tourner l'antenne de la capitale, la plus importante de l'agence. Flash-back : diplômé de La Cambre, Bruno de Veth décide d'élargir son champ et se fait embaucher dans une société qui organise des événements internationaux, puis par une créatrice à New York, Sophie Theallet. Après une incursion en Chine, il décide de rentrer au pays "pour construire quelque chose de solide". Via un ami, il rencontre Julien : "On a des caractères affirmés. Ça a tout de suite matché." Vite, "des connexions se font", le globe-trotteur dans l'âme prend des responsabilités, l'affaire roule. Chaque jour, les partenaires s'entendent, à défaut de se voir, et esquissent les bases des dossiers. "On a une vision optimiste de l'architecture en Belgique, mais on rêve qu'il y ait de grands promoteurs prêts à prendre des risques pour Bruxelles, qu'on aime." Julien, l'aîné de six ans, gère le design ; Bruno, le contact client et la programmation. Parfois, les opinions divergent mais "c'est indispensable". Le tandem délègue ensuite le suivi parce que "le capital confiance", qui facilite la vie de ces deux-là, marche aussi envers les collaborateurs. Travailler dans l'ombre ? "C'est mal vécu si on doute de soi. Moi, je sais que Julien ne serait pas ce qu'il est sans moi et vice versa. JDS Architects est une marque ; l'architecture est un service et il faut une tête de pont, en termes de communication." Aujourd'hui, le trentenaire n'envisage pas sa vie ailleurs : "Ce n'est pas un passage, c'est mon métier, ma passion, et ça le restera."F.BY.Une collaboration naturelleSon élégance incarne l'esprit de Natan. C'est donc tout naturellement que Gloria Barudy-Vasquez a commencé à seconder Edouard Vermeulen. "Gloria s'est mise sur mon chemin et la collaboration s'est construite au fur et à mesure", raconte le fondateur de la griffe belge. En 2005, la Bruxelloise, qui a fait ses armes auprès de l'agent Benelux de Thierry Mugler et de diverses lignes italiennes en Allemagne, entre dans la maison de l'avenue Louise. Elle y est responsable des relations commerciales avec les boutiques multimarques et gestionnaire de la ligne Edition 5, plus accessible. Après deux saisons, celui qui habille (aussi) les princesses lui demande de participer au processus créatif. "Progressivement, j'ai eu de plus en plus de responsabilités. Le but est que Monsieur Vermeulen délégue des tâches, afin de se concentrer sur ce qu'il aime, la création, le relationnel", explique celle qui continue de le vouvoyer et de l'appeler Monsieur en public, une question de valeurs et de respect par rapport aux équipes. Et puis, c'est l'usage dans la couture. Ce partage du travail ne rend pas pour autant Edouard Vermeulen moins accessible auprès des employés, l'ambiance familiale de l'entreprise perdurant. Epauler le créateur, préparer le terrain en amont et lui présenter les options possibles, s'occuper du management journalier... Telles sont désormais les missions confiées à la quadra. "Cela me plaît d'être behind the scene. Cela correspond à ma personnalité." Le duo se croise chaque jour et communique en fonction des besoins et urgences. "Nous sommes complémentaires. Il nous arrive de ne pas avoir le même avis. Mais ces échanges se font dans le respect . Pas question d'ego", confient-ils séparément, à dix minutes d'intervalle. Quand ils nous disent qu'ils sont complices et d'accord sur l'essentiel, on les croit volontiers.C.PL.La pudeur en partageElle aurait préféré rester dans l'ombre mais elle a accepté de déroger à la règle rigide qu'elle s'était fixée. Car lui est apparue l'impérieuse nécessité de partager la beauté de son métier, de dire la réalité de ce monde de la mode souvent falsifiée et, en pointillé, de rendre hommage à Dries Van Noten. Cela fait plus de dix-huit ans qu'elle l'a rencontré par le biais d'un défilé Homme, "sublime". Elle qui avait étudié les langues puis travaillé douze ans dans la pub s'était senti pousser des ailes, prête à tout recommencer à 35 ans pour entrer dans cet univers non fantasmé - sa grand-mère fut petite main pour la haute couture. Pour la société Villa Eugénie, cornaquée par Etienne Russo, metteur en scène de la mode et de ses événements, elle s'est donc muée en chef de projet, un job où "le mot impossible ne peut pas exister". C'est cela qu'elle aime, veiller avec l'équipe aux plus infimes aspects pratiques d'un show, trouver le lieu, jouer à la "chef d'orchestre avec tous les ingrédients, le son, la lumière, le décor, faire que tout le monde soit prêt, dans le budget et le timing prévus". Ce boulot, elle l'a appris sur le tas, débutant "discrète comme une petite souris", faisant preuve de pugnacité et d'une rare propension à voir la magie là où elle pourrait naître. En parfaite cheville ouvrière, elle "concrétise les rêves de Dries". Après 72 shows, il leur suffit d'un regard pour se comprendre, les mots n'ont plus cours quand on est en symbiose. Que le créateur belge lui ait confié en sus la difficile tâche de dénicher sa boutique parisienne n'est guère accidentel, qu'elle ait décidé de coproduire le documentaireDries que Reiner Holzemer lui a consacré, non plus. Qu'elle parle de "famille" encore moins. Comment mettre des mots sur l'admiration qui l'habite, l'émotion vibrante qui s'éternise ? Se taire, simplement, la pudeur comme lien fraternel.A.-F.M.Au service de l'oeuvreEn ouvrant le discret portique du QG d'Arne Quinze, Dave Bruel nous prévient : "Tout commence ici." A l'intérieur, les maquettes s'étalent sous nos yeux : "Le monde tient sur une table", s'amuse-t-il, devant les modélisations d'oeuvres destinées à Los Angeles, Séoul ou Mexico. A quelques mètres, absorbé par son travail, le maestro ne nous interrompra pas. Ami, assistant et curateur de la nouvelle Fondation Arne Quinze, Dave a d'abord eu comme job de documenter et raconter les à-côtés de la création, "Making the invisible visible", dit-il, paraphrasant Hillman Curtis. "On est tous au service d'Arne. Notre boulot, c'est de lui permettre de ne penser qu'au sien. Nous devons cultiver un environnement créatif pour accueillir ses idées", et accessoirement, gérer quelque dix-huit projets éparpillés sur la planète. "Ça implique des sacrifices, on voyage énormément. L'art contemporain demande souvent une explication, donc j'espère que mes photos, films ou textes sont une valeur ajoutée. Avec Arne, on discute beaucoup, mais la décision finale lui appartient. Quand il emprunte des chemins bizarres, je me dis "Ouille", puis je vois qu'il avait raison. Il a un truc en plus, mais sans des gens pour l'entourer, il ne pourrait rien faire. Quand on bosse en groupe, on n'est jamais seul face à un problème." Ce fut le cas, lors de Mons 2015, quand son installation The Passenger s'effondra à Noël. "Vu la vie qu'on mène, les moments en famille sont importants. J'étais à table, j'ai reçu un SMS. Une heure plus tard, j'étais sur place, et une petite partie seulement était à terre." Après dix jours de tornade médiatique, on apprendra que le dommage fut causé par une voiture, trop tard pour disculper le concepteur et ses collaborateurs. "C'était chaud, mais ça nous a donné du courage, on a grandi en tant qu'équipe", conclut le fidèle associé.M.N.Par FANNY BOUVRY, CHARLOTTE MÉDOT, ANNE-FRANÇOISE MOYSON, MATHIEU NGUYEN, CATHERINE PLEECK, ISABELLE WILLOT / PHOTOS : FRÉDÉRIC RAEVENS