Enzo, l'homme derrière le nom


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L'un des grands mérites de l'expo qui se tient actuellement au Design Museum de Londres est certainement d'offrir un éclairage inédit sur le visionnaire Enzo Ferrari, grâce à de nombreux documents d'archives, plans tracés de sa main, photos et objets divers - montres, permis de conduire... Né à Modène en 1898, ce fils de mécanicien est contaminé par le virus de la vitesse dès l'âge de 10 ans, alors qu'il assiste à une course avec son père. Devenu pilote au lendemain de la Première Guerre mondiale, c'est au volant d'une Alfa Romeo qu'il décroche ses premiers podiums. Il sera ensuite promu directeur sportif de l'écurie à la vouivre, qu'il quittera en 1939. Désormais libre de mettre en pratique ses idées révolutionnaires, " Il Commendatore ", comme on le surnomme, sort la Ferrari 125 S en 1947, il y a sept décennies. Ce bolide originel remporte le Grand Prix de Rome deux semaines après ses débuts à Plaisance, en Emilie-Romagne. La légende est en route, lancée à 170 km/h. Si l'expo s'intitule Ferrari : Under the Skin, c'est aussi parce qu'elle s'attarde largement sur la conception des véhicules, dont chaque élément technique est décortiqué. Outre les moteurs déboulonnés en détail qui raviront les amateurs de belles mécaniques, c'est le travail sur les carrosseries qui captive les visiteurs, avec ses incroyables prototypes à l'échelle 1/1 réalisés en bois - la méthode italienne, par opposition aux modélisations en argile chères aux Anglo-Saxons. " On dirait une sculpture de Léonard de Vinci ", résume parfaitement le directeur du Design Museum, Deyan Sudjic. On pouvait s'y attendre, l'événement s'avère généreux en pièces d'exception. Dès l'atrium du musée, on est accueilli par la légendaire Daytona, la Ferrari 365 engagée aux 24 Heures du Mans, en 1973, par l'Ecurie Francorchamps. Ensuite, c'est le défilé des véhicules emblématiques de la société au cheval cabré : après la 125 S, des classiques, comme la 275 GTB - " peut-être la plus belle jamais créée " - et plusieurs versions de la superbe 250 GT, précèdent les modèles-phares des années 80 : une Testarossa et une F40, propriété de Nick Mason, le batteur de Pink Floyd. En fin de parcours, moment d'émotion devant la Formule 1 de Michael Schumacher, accompagnée du casque et de la combinaison de l'ancien champion... Ce qui rappelle d'ailleurs l'importance de la compétition pour la marque - la vente de voiture n'était au départ qu'un moyen de financer la course sur circuit. La visite se clôt par la rutilante LaFerrari Aperta, supercar limitée à 209 exemplaires et célébrant l'anniversaire du constructeur. De tout temps, les grands de ce monde ont été les meilleurs ambassadeurs du label, qui n'a jamais eu recours à la publicité. Si les exploits de Fangio assurèrent à la Scuderia sa notoriété dans le domaine de la course automobile, Under the Skin revient aussi sur les célébrités qui contribuèrent à la légende : Steve McQueen, évidemment, mais aussi Paul Newman, Clint Eastwood, Peter Sellers, Alain Delon, ainsi que la Spider California achetée par Roger Vadim pour Brigitte Bardot... Dans un autre registre, on retiendra Miles Davis, Herbert von Karajan et même le Shah d'Iran - mais pas de trace de notre famille royale. Fantasme sur roues, les Ferrari fascinent un public qui s'étend par-delà les fanatiques de grosses cylindrées, et il n'est heureusement pas nécessaire d'être un as de la mécanique, du volant ou de l'histoire automobile pour apprécier les nombreux trésors de l'expo. Avec Under the Skin, c'est toute la seconde moitié du xxe siècle que l'on parcourt à bord des plus iconiques voitures de sport jamais construites, en prenant le temps d'examiner l'impact de ces innovations technologiques et esthétiques sur notre imaginaire collectif. Soit, " du glamour et de la substance ", comme le conclut Deyan Sudjic.