L'endroit n'est pas particulièrement charmant. Un zoning non loin du centre de Louvain-la-Neuve, où poussent des halls d'entreprises, façon boîte à chaussures. Certes, il règne en ces terres brabançonnes un petit air de campagne mais la voie rapide qui cerne la cité universitaire a vite fait de nous le faire oublier. Pourtant, à l'arrière du bâtiment de la société Yellow Events, qui gère des événements en tout genre, une chèvre paît calmement en évitant les poules qui picorent autour d'elle. Juste à côté, en ce début de printemps, quelques tiges pointent déjà le bout de leur nez dans les allées du jardinet.
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L'endroit n'est pas particulièrement charmant. Un zoning non loin du centre de Louvain-la-Neuve, où poussent des halls d'entreprises, façon boîte à chaussures. Certes, il règne en ces terres brabançonnes un petit air de campagne mais la voie rapide qui cerne la cité universitaire a vite fait de nous le faire oublier. Pourtant, à l'arrière du bâtiment de la société Yellow Events, qui gère des événements en tout genre, une chèvre paît calmement en évitant les poules qui picorent autour d'elle. Juste à côté, en ce début de printemps, quelques tiges pointent déjà le bout de leur nez dans les allées du jardinet. La promesse de juteuses tomates et de salades croquantes à souhait d'ici quelques semaines. Pour peu, on se croirait en vacances. " Dans notre agence, nous essayons de bosser dans le respect de l'environnement, que ce soit pour la mise en place de nos organisations pour les clients ou dans la gestion interne de la boîte. C'est pourquoi nous avons lancé, il y a trois ans, ce potager d'entreprise que nous agrandissons progressivement ", expliquent en coeur Pierre Lebrun et Tania Laupie, les associés derrière cette société aux idées green. Concrètement, les collaborateurs sont libres de participer ou non au projet ; tous mettent cependant la main à la pâte. " Du temps, on n'en a pas forcément... Mais il est toujours possible d'en dégager un peu, il suffit de le vouloir. Dans notre système économique, on peut avoir l'impression que c'est un loisir, et donc pas une priorité. Mais cela devrait le devenir. Cette activité permet de déstresser en se reconnectant à la terre, c'est tout bénéfice pour le travail. " Certains y vont dès lors quelques minutes pour décompresser ; d'autres y passent leurs coups de fil en arrachant les mauvaises herbes ; y fixent une réunion ou même y bûchent le week-end ou en soirée, n'ayant pas la chance d'avoir de telles plantations à domicile. Ceux qui ne désirent pas semer et bêcher, quant à eux, cueillent les légumes et préparent des soupes ou des salades pour le lunch de la communauté. " Nous mangeons toujours ensemble, soit les produits de notre récolte, soit des aliments achetés dans une logique de circuit court ", précise le duo. Persuadé du bien-fondé de son projet, Yellow Events a fait germer la fibre jardinière chez ses voisins, IBA, et espère motiver à terme tout le zoning. " On pourrait alors mettre nos espaces verts en commun. Je rêve même d'un berger qui irait avec son troupeau d'une société à l'autre... " imagine le directeur. Portée par cette envie de partager son expérience, l'agence louvaniste vient de mettre sur pied, avec d'autres convaincus, la coopérative Incredible Company, qui a pour but d'aider les entreprises à installer des bacs à cultiver, chez elles. Elle propose aussi, pour ceux qui ne disposent pas de l'espace ou des finances nécessaires, des activités mensuelles de " reconnexion à la terre " : fabrication d'un pesto, installation d'un hôtel à insectes ou cueillette de fraises sur le temps de midi, en équipe évidemment... Une sorte de " slow team building ", comme le surnomme Vincent Vandoorne, qui chapeaute l'initiative. Issu du monde des start-up et du Web, il s'est un jour dit, en voyant le documentaire Les Liberterres sur des agriculteurs passés au bio, qu'il devait agir. L'ancien expert en e-marketing, qui s'apprête à lancer en juin prochain un appel à coopérateurs pour élargir le noyau de formateurs d'Incredible Company, énumère les points positifs de l'activité qu'il développe : renforcement de la cohésion d'équipe, détente les mains dans le terreau, sensibilisation du public à la permaculture en général... " Avec nos potagers, nous démontrons également qu'il est possible de gérer des projets autrement, via la sociocratie ", ajoute-t-il. C'est que, devant une rangée de salades, les compétences se redistribuent et cadres et ouvriers se retrouvent sur le même pied. Mais ce pro-jardinage entrevoit un autre argument, qui devrait faire mouche pour convaincre les réticents : cette activité participe à l'image que renvoie l'entreprise au monde extérieur, se positionnant comme novatrice et écolo, dans un monde en quête de sens. Un avantage que souligne également Augustin Nourissier, qui a cofondé, à Bruxelles, Skyfarms, une société qui encourage les firmes de la capitale à se lancer dans les cultures de légumes, notamment en toiture, et propose un suivi global du projet. " Les potagers d'entreprises s'inscrivent dans le développement de l'agriculture urbaine en général, note-t-il. Nous ne remplacerons pas les agriculteurs de campagne, nous ne serons jamais éleveurs ou céréaliers, mais certaines productions, notamment maraîchères, se prêtent bien à la ville. " Et les entreprises bruxelloises qui accrochent à l'idée se multiplient l'air de rien. Une quarantaine de bacs ont été installés sur le toit de Vivaqua et quatre au pied de l'hôtel Pullman, à la gare du Midi. Et l'agence d'e-marketing Emakina, dont le siège belge compte 180 travailleurs, s'apprête à se lancer dans l'aventure, avec l'aide d'Incredible Company. Une enquête réalisée parmi les employés a révélé que 50 % d'entre eux étaient enthousiastes, 25 % marquaient leur intérêt et 25 % ne s'investiraient pas, même s'ils reconnaissaient le bien-fondé du concept. " Il ne faut pas espérer que tout le monde s'engage mais cela va aussi permettre de faire de petits événements autour du potager, un barbecue par exemple, qui renforcera la convivialité ", se réjouit Aline Durand, la responsable de département à l'origine de cette activité. Tendance passagère ou lame de fond ? Ceux qui portent les projets affirment qu'on se trouve à un tournant, qui va de pair avec l'évolution de notre rapport au travail, avec focus sur le bien-être. " De plus en plus de firmes ont en leur sein quelqu'un qui travaille sur la RSE, la Responsabilité sociétale des entreprises, et s'interrogent sur l'impact de leur activité sur l'environnement et sur les gens, avance Vincent Vandoorne. Elles ont constaté que nombre d'employés démissionnent car ils ne trouvent plus de sens à leur job. Les sociétés doivent trouver d'autres choses à offrir, notamment pour conserver ces cadres malins, tentés de tout lâcher pour voler de leurs propres ailes. " Par ailleurs, comme le note Romain Balmary, qui a créé les bacs à plantes Ciel, mon radis ! (lire par ailleurs), " les salariés étant plus mobiles et ne travaillant pas toujours au bureau, ce potager est un repaire entre collègues... " Il faudra néanmoins encore quelques années avant que ces plantations collectives ne se généralisent, celles-ci apparaissant encore comme des " ovnis " de l'aveu de Vincent Vandoorne. Les gens doivent oser proposer l'idée à leurs collègues, sans avoir peur du ridicule. Au travail, on n'est pas censé déterrer des carottes ! Il faut par ailleurs convaincre les responsables techniques, qui n'ont pas toujours envie de se retrousser les manches pour rendre le projet possible, en sécurisant une toiture par exemple... Mais l'expérience nous montre qu'une fois que le sujet est abordé, les retours sont très positifs. " D'après une étude datant de 2011 et réalisée aux Etats-Unis, dans l'Oregon, travailler dans un lieu connecté à la nature améliorerait d'ailleurs la performance des salariés de 10 %... Alors, on plante ?