Agé de 52 ans, "Keqi", a quitté l'Albanie à 18 ans, quelques mois après le décès en avril 1985 du dictateur communiste Enver Hoxha, qui en quatre décennies de pouvoir avait hérissé son petit pays de 750.000 de ces structures de béton armé.

Répondant à sa vision paranoïaque du monde, elles étaient destinées à répondre aux agressions à venir, qu'elles soient soviétique, occidentale ou yougoslave.

A New York, Keqi ("Méchant" en albanais, surnom donné par son grand-père) fait des pizzas, mais appartient aussi à une bande dont les activités le conduiront douze ans en prison. "J'étais au mauvais endroit au mauvais moment", résume-t-il.

En détention, il apprend l'art du tatouage dont il décide de faire son métier à son retour au pays en 1997, après son expulsion.

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Il retrouve alors son village de Koplik, au bord du lac de Shkodra, dans le nord de l'Albanie, zone frontalière avec le Monténégro riche en "bunkers" abandonnés.

Il achète une terre. "Puisque le bunker était là, j'ai décidé de lui trouver une utilité. On m'a offert quelques outils et j'ai ouvert une sorte de salon de tatouage, au début pour des amis", se souvient Keqi, père de quatre enfants, Pjeter Gjekaj de son vrai nom qu'il répugne à donner.

La structure de béton est surmontée d'une enseigne frappée d'un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. A l'intérieur, il décore les murs de ses peintures. Et attire vite de nombreux amateurs de tatouage albanais, se bâtissant une réputation nationale dans ce secteur particulièrement florissant dans les Balkans. Il assure que des amateurs viennent désormais de l'étranger. Le prix d'un tatouage est d'environ 30 euros, mais il dit accepter ce que ses clients lui donnent.