"Non mais, attends, t'as pas acheté de chips ?", ce reproche du mari d'Elvira résume la vie de cette mère de famille, entièrement dévouée à son foyer et sa famille qui ne lui témoignent aucune reconnaissance.

Pour se faire remarquer, se faire plaindre un peu, se faire bichonner, Elvira (jouée par Marina Hands) invente un mensonge terrible : voilà le pitch de Mytho, une série française d'Arte en compétition (6 x 45 minutes) qui sera diffusée à l'automne. "Ce qui m'a plu dans le personnage c'est le fait qu'on puisse penser que c'est une mauvaise femme. C'est compliqué dans la fiction de trouver un personnage féminin avec des aspérités, on va juger très vite les femmes avec des zones d'ombre et j'ai tout de suite envie de les défendre", explique Marina Hands (couronnée par un César pour Lady Chatterley).

La scénariste Anne Berest, qui s'est inspirée de son entourage pour écrire les personnages, a fait appel à Fabrice Gobert (créateur des Revenants) pour la réalisation de cette "dramédie" jouissive à l'esthétique irréprochable.

Mytho, série Arte © DR

Autre registre dans Soupçons, où Julie Gayet joue une "femme amoureuse", "blonde hitchcockienne" dans ce thriller français sur fond d'adultère bientôt diffusé par France 3 et la RTBF (6 x 52 minutes).

L'idée était de raconter une histoire d'amour "très particulière, puisque c'est un amour d'enfance" ce qui permet de garder de l'empathie pour la femme infidèle, selon le scénariste Yann Le Gal.

Et ce personnage n'est ni une menteuse ni une manipulatrice, souligne Julie Gayet qui précise que c'est un personnage complexe qui "va faire un vrai voyage entre le premier et le dernier épisode".

Julie Gayet, dans Soupçons, qui sera diffusée sur Arte © DR

Toutes les facettes

C'est aussi la complexité de son personnage qui a séduit Anna Paquin (True Blood, X-Men) dans sa nouvelle série Flack.

Présentée hors compétition à Séries Mania, cette série britannique (6x42 minutes) raconte les déboires de Robyn, une experte en relations publiques cocaïnomane qui aide les stars dans les situations de crise. "Robyn est un personnage dysfonctionnel, hautement qualifié, qui fait des erreurs, des choix intéressants et des choix stupides. Et on ne la culpabilise pas, on ne la punit pas, on ne dit pas pardon pour les choix qu'elle fait", apprécie la star, également productrice de cette série. "Il y a des dizaines de séries avec des personnages masculins exécrables et on y prête pas attention plus que ça, pourtant on est encore surpris quand on tombe sur quelqu'un comme Robyn, compliquée et imparfaite. Je l'aime bien parce que les gens compliqués peuvent aussi être attachants", poursuit-elle.

Autre invitée d'honneur du festival, Uma Thurman a également confié qu'elle appréciait "l'énergie féminine" de sa série, Chambers.

Et parmi le jury "volontairement féminin" du festival, la présidente Marti Noxon, est une créatrice de séries (Sharp Objects, Dietland, Unreal) dont l'ambition était de "mettre des femmes en colère à l'écran". "Avant à la télé je ne voyais que des femmes dont on se moquait ou des femmes parfaites, je ne me retrouvais pas", explique-t-elle. "Il y a beaucoup à faire quand on voit les effets de la culture sur notre image. C'est enthousiasmant de pouvoir écrire des personnages féminins avec toutes leurs facettes, de ne pas se sentir obligé de les rendre attachantes ou de leur faire désirer des enfants", se réjouit-elle.

Sous contrat pour Netflix, elle travaille à l'adaptation en série d'un livre sur des sorcières "avec du voyage dans le temps et des fantômes", un sujet particulièrement dans l'air du temps. "Pour moi le plus magique, c'est qu'aujourd'hui j'ai l'impression qu'on peut dépasser la phase des personnages féminins forts, pour passer à l'humain", estime-t-elle. La prochaine étape?