Gamine déjà, le petit-déjeuner était son repas préféré. Peut-être parce qu'il autorisait tous les mélanges de genre et le mariage de mets improbables ? Comme pour une fête de non-anniversaire quotidienne, Lili Barbery aimait préparer la table avant que le reste de la famille ne déboule dans la cuisine, aligner les bols, les pots de confiture, le beurre breton salé comme il faut et les paquets de céréales. Pas étonnant, finalement, que ce qui n'était alors qu'un jeu d'enfant ait fini par se transformer en rendez-vous chronique sur son compte Instagram. " Un jour, mon petit-déjeuner avait vraiment de la gueule ; j'ai décidé de le prendre en photo en me disant que si j'étais dans un palace, c'est de cette manière que je voudrais être reçue, raconte l'ex-journaliste devenue blogueuse à plein temps. J'ai ajouté le hashtag " PimpMyBreakfast " qui très vite a été repris par ma communauté. " De la Toile...

Gamine déjà, le petit-déjeuner était son repas préféré. Peut-être parce qu'il autorisait tous les mélanges de genre et le mariage de mets improbables ? Comme pour une fête de non-anniversaire quotidienne, Lili Barbery aimait préparer la table avant que le reste de la famille ne déboule dans la cuisine, aligner les bols, les pots de confiture, le beurre breton salé comme il faut et les paquets de céréales. Pas étonnant, finalement, que ce qui n'était alors qu'un jeu d'enfant ait fini par se transformer en rendez-vous chronique sur son compte Instagram. " Un jour, mon petit-déjeuner avait vraiment de la gueule ; j'ai décidé de le prendre en photo en me disant que si j'étais dans un palace, c'est de cette manière que je voudrais être reçue, raconte l'ex-journaliste devenue blogueuse à plein temps. J'ai ajouté le hashtag " PimpMyBreakfast " qui très vite a été repris par ma communauté. " De la Toile à l'édition, le pas est désormais franchi : le livre, paru chez Marabout, donne l'eau à la bouche à chaque page. Et surtout l'envie de s'y mettre aussi. Pourtant, entre Lili et le contenu de son assiette, les choses n'ont pas toujours été aussi fluides, loin de là, l'adolescence était passée par là. Et les diktats imposés par une certaine idée de la beauté bien normée en ont remis une couche. " Pendant des années, je me suis débattue avec mon corps, rappelle-t-elle. J'alternais les phases où " j'allais bien ", traduction, j'étais mince, avec les autres où je grossissais. " En mars 2016, la jeune femme qui s'était remise à manger de " manière vorace " après les attentats de novembre, à Paris, décide de partager sa détresse sur son blog. Ce post émouvant qui engendre des réactions par centaines va bouleverser sa vie. Le blog, jusque-là très peu incarné, n'est encore qu'un passe-temps pour celle qui gère alors la rubrique " art de vivre " du supplément M du journal Le Monde. " Ma Récréation, c'était son nom, je l'avais lancé en 2010 lorsque j'étais journaliste chez Vogue, poursuit Lili Barbery. C'était un moment pour moi sans contrainte d'annonceurs, de limite de longueurs. J'étais vraiment libre et je pouvais signer des articles sur des sujets - le voyage, la gastronomie, les enfants... - qui sortaient de la rubrique parfum à laquelle j'étais dédiée. " Il lui faudra du temps, pourtant, pour se " décoincer " par rapport au selfie. " Rester cachée, c'est finalement plus narcissique que de se montrer, ironise-t-elle. On se donne une importance que l'on n'a pas car on est juste une image perdue au milieu de toutes celles que les gens absorbent aujourd'hui en une journée. " Quelques mois après son " coming out pas du tout prémédité ", Lili décide de créer sa société et de faire de son blog et de son compte Instagram - qui tous deux portent désormais son nom - son activité principale. On y découvre aussi sa passion pour le yoga kundalini qui rythme ses stories quotidiennes. " Pourtant je reviens de loin, sourit-elle. Il y a deux ans encore, je ne faisais pas de sport ! Je ne me serais jamais levée tôt, même pas en rêve, pour pratiquer le matin dans ma salle de bains. " Même si elle a, comme tout le monde, ses jours avec et ses jours sans, Lili ne partage pourtant que ses bons moments, sans pour autant déguiser la vérité à tout prix, à grand renfort de filtres et de photos ultracadrées. Et si ce trop-plein d'optimisme en agace certain·e·s, tant pis ! " Les injonctions ont toujours existé, pointe-t-elle. Elles sont davantage présentes aujourd'hui parce qu'elles sont relayées par tout un tas de biais différents. Chacun est libre d'y puiser ce qui lui fait du bien. " D'ailleurs, elle l'assure : tous ses petits-déjeuners n'ont pas le chic des photos de son livre, prises par son mari Bastien Coulon qui sort ainsi de la transparence souvent réservée aux " Instagram Husbands ". " Ce rendez-vous que je donne sur mon compte, ce n'est pas un nouveau snobisme, conclut-elle. Plutôt l'envie de dire à ceux et celles qui me suivent : " Et si on prenait soin de nous ? " Nous méritons le meilleur. Il n'y a pas plus efficace pour influencer les choix de la journée. " On en prend le pari.