Plus que quelques semaines de patience avant le début de la Gamescom, ce salon international du jeu vidéo qui se tiendra, dès le 21 août prochain, à Cologne. L'occasion pour les adeptes du gaming de vivre leur passion à fond les manettes. Projections sur écrans géants, conférences, nouveautés présentées en exclusivité... Tout y est mis en place pour faire du monde virtuel une réalité. L'année dernière, l'événement, lancé en 2009, avait atteint son paroxysme avec un nombre record de 350 000 personnes sur cinq jours. Une foule sans précédent grouillant de cosplayers, ces visiteurs métamorphosés en avatars de héros de fiction. Car, s'il a fait une arrivée tardive en Europe, le phénomène est aujourd'hui en pleine expansion.
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Plus que quelques semaines de patience avant le début de la Gamescom, ce salon international du jeu vidéo qui se tiendra, dès le 21 août prochain, à Cologne. L'occasion pour les adeptes du gaming de vivre leur passion à fond les manettes. Projections sur écrans géants, conférences, nouveautés présentées en exclusivité... Tout y est mis en place pour faire du monde virtuel une réalité. L'année dernière, l'événement, lancé en 2009, avait atteint son paroxysme avec un nombre record de 350 000 personnes sur cinq jours. Une foule sans précédent grouillant de cosplayers, ces visiteurs métamorphosés en avatars de héros de fiction. Car, s'il a fait une arrivée tardive en Europe, le phénomène est aujourd'hui en pleine expansion. D'inspiration japonaise, c'est pourtant dans les conventions américaines de science-fiction, dans les années 60 et 70, que le mouvement tire ses origines, avec une effusion lors des succès de Star Trek et Star Wars. Le mot " cosplay ", contraction des termes " costume " et " play ", doit sa provenance à un journaliste nippon, de passage à l'une de ces manifestations US. La tendance s'exportera par la suite dans l'empire du Soleil levant, où elle prendra une ampleur démesurée, avant de continuer son parcours chez nous, au milieu des années 90. Désormais, même s'il est l'un des derniers à s'en être imprégné, notre continent se démarque en donnant à ce courant une dimension particulière. Au-delà du costume, une importance est accordée aux accessoires, permettant une véracité sans limites et des mises en scène spectaculaires reproduisant les combats, les dialogues ou les scènes cultes des icônes imitées. " C'est assez marrant d'incarner un personnage. Tu essayes de lui ressembler un maximum, aussi bien au niveau du caractère, que des vêtements. Pendant toute une journée, tu peux te faire passer pour quelqu'un d'autre ", raconte celui qui se fait appeler Koyo Didi. Ce jeune homme de 27 ans, installé depuis presque toujours à Bruxelles, s'est lancé dans cette pratique, en 2015, sur un coup de tête, à l'occasion de la Japan Expo de Paris. " Ce jour-là, j'avais envie de devenir l'avatar que j'incarnais dans un jeu vidéo et c'était parti... J'ai gagné le concours qui y était organisé, avec un premier costume fait main... Depuis, je suis vraiment passionné. Si tu ne l'es pas, tu ne peux pas faire le truc à fond. "Une ferveur que partage Domino, un photographe adepte des mangas et qui participe depuis deux ans au salon belge Made in Asia : " Je suis tombé amoureux du cosplay quand j'ai vu le travail réalisé pour confectionner les costumes artisanalement. Je suis fasciné. Il y a une âme dans ce qui est fait et c'est ce que j'essaye de montrer à travers mes clichés. La première fois que j'ai participé à Made in Asia, il y a eu 60 000 visiteurs. Cette année, ils ont passé la barre des 100 000 ! " Face à la demande de plus en plus importante dans le secteur, notamment en Belgique, de nouveaux concepts ouvrent leurs portes. C'est le cas de Cosplay Corner, une petite manufacture bruxelloise d'objets en mousse. Baptistine Smets, la gérante, a lancé son projet en 2016, après dix ans d'implication personnelle dans cet univers, et y propose des workshops pour permettre à ses participants de prendre part à tout le processus de création de leurdéguisement." Il n'y a pas de formation cosplay, il y a l'apprentissage sur le tas, insiste-t-elle. Personnellement, j'ai dû me mettre à la couture et je suis allée voir ma maman, parce qu'au départ, je n'avais ni machine, ni compétences. Maintenant, j'ai déjà plusieurs costumes à mon actif, c'est pourquoi je me permets d'organiser ces ateliers. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un réel partage des connaissances. " Cette année, la cosplayer participe à pas moins de sept conventions. Un moyen de se faire connaître dans un domaine qui évolue, puisqu'en 2017, elle n'en avait que trois prévues à l'agenda. Et peu à peu, sa clientèle s'étoffe, sortant du petit milieu spécialisé des tout débuts : " Quelqu'un est venu acheter de la mousse pour des accessoires destinés à un spectacle de patinage artistique, parce que c'est un matériau léger, mais néanmoins solide. Ce sont aussi ces gens que je vise pour pouvoir m'étendre à d'autres créneaux. " Une diversification d'adeptes, confirmée par Kimberley Piccolo, vice-présidente de l'ASBL Becosplay, qui s'occupe de mettre sur pied les concours de déguisements dans les événements belges. " C'est beaucoup plus fréquenté maintenant, c'est devenu plus populaire et mainstream. Il y a aussi des gens qui ne sont pas du tout cosplayers, ni experts en mangas qui s'y intéressent. " Quand en 2010, les organisateurs comptaient une petite dizaine d'inscrits par manifestation, ils en accueillent aujourd'hui une septantaine par jour de convention : " On voit l'intérêt, rien qu'en faisant les concours. Ils sont complets à chaque fois. " Même son de cloche du côté des initiateurs du FACTS (Fantasy Anime Comics Toys Space) qui se tient, chaque année, depuis maintenant vingt-cinq ans, à Gand. La convention a dû ouvrir une deuxième date en avril, en parallèle à celle de septembre qui accueillait déjà 45 000 personnes. " En 2015, on a constaté l'énorme succès et la demande du marché qui explosait. On a donc créé un deuxième événement qui atteint déjà le beau volume de 31 000 visiteurs. Par ailleurs, au départ, on avait un public très masculin. En 2015, on était encore à 63 % d'hommes par rapport à 37 % de femmes. Maintenant, on se rapproche vraiment des 50-50 ", explique Alexis Leplat, directeur. Si les cosplayers peaufinent leur costumes, parfois durant des centaines d'heures, dans l'unique but de se constituer une seconde peau pour briller dans ces mondes parallèles que sont les conventions, leur travail se rapproche néanmoins de celui des créateurs de mode... Un secteur qui d'ailleurs lorgne lui aussi du côté des mangas, pour donner à ses collections des airs enfantins et oniriques . Dans les années 70, le look kawaii - cet adjectif signifiant " mignon " ou encore " adorable " - faisait son apparition dans le paysage du prêt-à-porter en se popularisant d'abord au Japon. Les incontournables ? Manches bouffantes, dentelle, couleur rose, superposition de matières et excès d'accessoires. Un accoutrement doublé d'une attitude : les adeptes, devenues de véritables poupées de cire, se doivent de marcher les pieds légèrement rentrés vers l'intérieur, la tête plutôt basse et le signe V toujours à portée de main. Depuis, ce vestiaire juvénile a fait des émules dans nos contrées également, au point de se retrouver jusque sur les podiums des grandes griffes. La conseillère et spécialiste en images et tendances Elena Van Ginderdeuren explique que le kawaii fonctionne surtout chez les jeunes adultes issus des premières générations de gamers, celles qui ont grandi avec l'ascension des jeux vidéo. Si les marques se les réapproprient aujourd'hui, c'est parce que " les stylistes qui sont dans les bureaux de création ont une trentaine d'années. Ce sont ceux qui ont regardé les premiers mangas à la télévision. Cette mouvance permet aussi de pallier la morosité qu'on est en train de vivre depuis dix ans. Cette influence permet d'avoir une certaine légèreté. Si on observe bien, dans Sailor Moon par exemple, ce sont des jeunes filles mignonnes, naïves et innocentes, mais qui ont un combat et un caractère fort. "Un univers en total accord avec les revendications sociétales actuelles, qui semble également permettre une certaine évasion dans un contexte économique qui ne laisse plus aucune place à la rêverie.